Du lesbianisme chez Alcman poète spartiate du VIIe siècle avant Jésus-Christ    

 

Dans son ouvrage Homosexualité grecque, Kenneth J. Dover nous apprend :

" Ce n'est pas seulement dans la poésie de Sappho qu'une femme éprouve une émotion forte, apparemment de nature érotique, devant la beauté d'une autre femme. Ce phénomène apparaît aussi dans quelques partheneia, " chants pour des chœurs de vierges " composés par des poètes de sexe masculin et exécutés dans divers festivals en plusieurs parties du monde grec. Pindare , dans la première moitié du Ve siècle en a composé quelques uns. Nous en possédons deux fragments étendus et quelques bribes, mais pour nous ce genre est d'abord associé au poète spartiate Alcman, qui appartient à l'époque archaïque ; (...) "

En France, le poète spartiate Alcman fut étudié dans un ouvrage de 1870 intitulé Fragment du Parthénée d'Alcman pour la fête des Dioscures restauré, commenté et traduit par Marco Antonio Canini. Cet helléniste français du XIXe siècle, étudia :

" le papyrus fortement détérioré trouvé en Egypte dans un tombeau, près de la seconde pyramide de Sakkarah. Ce manuscrit datant vraisemblablement du Ier siècle apr. J.-C. contient aussi des scholies, d'une autre écriture (...) presque toutes illisibles.(...) Il contenait cent un vers en trois colonnes (...) en dialecte dorien. "

Canini offre un commentaire érudit et une traduction " où les mots compris entre deux lignes verticales servent à mieux interpréter, à compléter le texte ". Notre professeur émérite Marco Antonio Canini du XIXe siècle commente le fragment sans y apporter aucune coloration saphique :

" Je crois que l'on ne saurait louer une femme, surtout en louer deux à la fois, d'une manière aussi noble et plus gracieuse. Alcman a été bien surnommé par l'orateur Aristide " le louangeur des femmes " (...) Suidas lui attribue l'invention de la poésie érotique(...). Le fragment, à partir de la quatrième strophe, contient les louanges de deux jeunes spartiates, qui formaient partie du chœur, Agide et Agésichore. Elles étaient peut-être filles d'Agésidas, le protecteur d'Alcman. La transition du récit d'un combat à un chant en honneur de deux charmantes spartiates est très bien amenée : " Il est une vengeance des dieux (dit le chœur), heureux celui qui passe ses jours sans l'encourir, dans la joie. Moi, je chante, etc. ". D'après la scholie placée en bas de la troisième colonne, le chœur était composé tantôt de dix, tantôt de onze jeunes filles. C'est que probablement, Agido se taisait lorsqu'on chantait en son honneur, et Agésichore en faisait de même pendant que ses jeunes compagnes la comblaient d'éloges. "

Un siècle plus tard les tabous sont passablement tombés et les commentaires des érudits se veulent plus critiques et plus ouverts à la sexualité et à l'homosexualité, tout en demeurant prudents et circonspects. Pour mieux comprendre les choeurs de jeunes filles et l'oeuvre d'Alcman, lire le professeur Claude Calame. En attendant voici :

 

FRAGMENT DU PARTHÉNÉE D'ALCMAN POUR LA FÊTE DES DIOSCURES

traduit par Marco Antonio Canini (1870) Ed. Dramard-Baudry, successeur

I. Je ne chante pas parmi les morts Lycèthe, Enarsphore, Sébrus aux-pieds-rapides, le fort Alcime, Hippothous le bon écuyer, le brave prince Eutychès, le plus illustre de ces demi-dieux.
II. Mais nous ne laisserons pas sans les célébrer le grand Scéus, chef d'armée, et Eurytus aussi vaillant que les meilleurs |guerriers| dans la mêlée pleine de deuil...... Poros, Aisa et Alka aux-belles-formes (l'Amour, le Sort et la Force) sont les dieux les plus anciens. Que la voix des humains s'élève au ciel en honneur de Mars, à qui il a été donné d'épouser la reine Vénus ou la fille de Glaucus combattant-à-cheval, aussi belle qu'une déesse ! Les Grâces aux-grands-sourcils entrèrent tout à coup dans la maison de Jupiter.
III. Les plus heureux des mortels sont ceux à qui la divinité.......
accorda les beaux et aimables dons des Grâces.............................................
.........................................................L'un périt |frappé| par une flèche et l'autre en même temps par une pierre meulière : tous deux devinrent la proie de Pluton ..... Ils perdirent la vie par volonté de Jupiter : ils subirent des maux affreux en châtiment des crimes qu'ils avaient commis.
IV. Il est une vengeance divine !... Heureux celui qui passe des jours sans pleurs, joyeux ! .... Moi, je chante Agido éblouissante |de beauté|. Il me semble voir un soleil, dont elle nous montre l'éclat. La charmante chorége ne me laisse pas la célébrer par mes louanges..... Elle paraît s'élever |parmi ses compagnes|, de même qu'un coursier vigoureux, vainqueur aux courses, au sabot retentissant, qu'on placerait à la tête d'un troupeau, tel |que l'on en voit| dans les rêves ailés.
V. Ne l'aperçois-tu pas ? C'est un coursier énétique. La chevelure de ma cousine Agésichore est aussi reluisante que l'or pur : son visage est d'une blancheur argentine. Je vais proclamer hautement une chose. Agésichore, qui vient après Adigo en beauté, |peut-être comparé avec le| divin coursier compagnon du chien - Les pléiades matinales, astres qui ramènent le printemps, se levant au milieu de la nuit obscure, rivalisent |avec les mêmes étoiles| ramenant la saison du labourage.
VI. On n'est jamais dégoûté de la pourpre au point de la changer...... Ni un bracelet ciselé, tout-en-or, ni une écharpe lydienne, ornement des jeunes filles à la riche parure, ni des chevelures parfumées, ni une boucle |sur laquelle sont gravées| des images des dieux, ni des braies |élégantes, ni un collier| de fils d'or entrelacés| en spirale, ni les bandelettes que l'on attache à une couronne de laurier pour en joindre |les bouts|, ni des raisins mûrs, ni des narcisses chers aux jeunes filles, ni l'aimable violette, rien n'a pour moi autant d'attrait qu'Agésichore.
VII Mais Agésichore aux-beaux-pieds n'est plus ici. Elle est près d'Adigo et chante avec elle les chansons du banquet. Moi aussi me tenant à son côté, je dirais " que les dieux (Dioscures) veuillent bien agréer nos voeux, les exaucer, les accomplir bientôt. " Nous chanterions les mêmes |vers|... Moi, jeune fille, j'ai vainement poussé dans les airs des cris de chouettes ! Ce que je désire surtout, c'est d'être agréable à cette cousine. Avec elle, il y a pour nous remède à tout mal. C'est par Agésichore que les jeunes filles obtinrent peut-être l'aimable louange.
VIII Les Sirènes chantent avec une telle douceur, qu'elles attirent le timonier et le font, dans son navire, tomber en démence. Mais le chant de cette jeune fille est plus mélodieux que celui des Sirènes. Les dieux (Dioscures) mêmes se plaisent à l'entendre mieux chanter que les dix autres jeunes filles, comme un cygne le long des courants du Xanthe, comme un rossignol dans un vert bocage. "

 

 


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Bibliographie partielle sur Alcman :

- Homosexualité grecque par Kenneth J. Dover, Ed. La pensée sauvage, 1982 traduit de l'américain par Suzanne Saïd (Première publication aux U.S.A. 1978).
- Fragment du parthénée d'Alcman restauré, commenté et traduit par Marco Antonio Canini, Paris, 1870, Dramard-Baudry Successeur.
- ALCMAN. Introduction, texte critique, témoignages, traduction et commentaire par Claude Calame, 1983
- Les choeurs de jeunes filles en Grèce archaïque I : Morphologie, fonction religieuse et sociale, Claude Calame,1977.
- Etypologicum Genuinum. Les citations des poètes lyriques, Claude Calame, 1970.

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