Sapho de Lesbos dans l'Anthologie Grecque
ou du sapphisme dans l'Anthologie Palatine et l'Anthologie de Planude

 

Sapphique : qui a pour dénominateur commun Sappho de Lesbos, saphique (un seul p) qui a pour dénominateur commun la sexualité entre femmes ; en terme contemporain l’homosexualité féminine ou le lesbianisme. Selon notre principe orthographique "le vers saphique" - créé ou utilisé par Sappho de Lesbos devrait s'écrire "vers sapphique", saphisme.com conserve néanmoins l'orthographe conventionnelle avec un seul p. Ci-dessous sont regroupées les expressions du corpus sapphique et lesbien - c'est à dire de la plus glorieuse des habitantes de l'île de Lesbos- de l’Anthologie grecque selon notre numérotation et ordre d'apparition dans l'Anthologie.

 

1-…Elle n’est qu’une Flora, elle ne chante pas les vers de Sapphô –
2- Les Samiennes Bittô et Nannion se refusent à fréquenter l’empire d’Aphrodite –
3- Doux en vérité sont les baisers de Sapphô –
4- Ta prêtresse, souveraine des femmes ; aime-la –
5- Elle s’est donnée moitié à la déesse de Paphos, mais moitié aussi à Athéna –
6- C’est Sappho que tu recouvres, terre d’Eolie –
7- Mon nom est Sappho : j’ai autant surpassé les chants des femmes que le Méonide –
8- Des os, un nom muet, c’est ce que contient la sépulture de Sappho –
9- Il n’y aura point de soleil où Sappho la lyrique ne soit nommée –
10 -Sappho, avec les Muses , dont tu partages l’inspiration –
11- Ci-gît la cendre de Timas –
12- Sur la tombe du pêcheur Pélagon –
13- Avec Sappho vit se consumer la fleur des Charites –
14- L’Homère des femmes, Sappho, parure des lesbiennes aux belles boucles, Erinna –
15- Sappho aux accents de miel –
16- et vous, grâces éoliennes de Sappho, soyez-moi propice –
17- Sappho vous conduira –
18- Sappho est supérieure à Erinna dans les vers lyriques –
19- Voici encore Sappho de Lesbos la dixième Muse –
20- Tu vis la lumière du soleil, ô Sappho –
21- Quant à Sappho elle n’est pas la neuvième parmi les hommes –
22- Nature elle-même, cette créatrice, t’a donné à reproduire, ô peintre, la Piéride de Mytilène.

Du grec « anthos » fleur, et du grec « légô » « je dis, je choisis » des mots, l’Anthologie grecque regroupe l’Anthologie Palatine suivie de l’Anthologie de Planude. L’Anthologie Palatine est le plus grand recueil d’épigrammes d’auteurs depuis l’époque archaïque jusqu’au Moyen-Age, trouvé à Heildelberg dans la bibliothèque du conte Palatin. Elle fut composée à Constantinople vers la fin du Xe siècle et suit de près le recueil d’épigrammes perdu vers l’an 900 et établi par le moine byzantin Constantin Kephalas ou Cephalas. Ce recueil reprenait lui-même plusieurs ouvrages : la Couronne (Stephanos en grec) ou la Guirlande de Méléagre de Gardara (130-70 av. J.-C.) , la Guirlande de Philippe de Thessalonique (vers 40 apr. J.-C.), la collection d’une centaine de pièces d’Agathias le Scolastique, avocat à Constantinople (530-580 env.). Planude, moine érudit byzantin (1255-1305) compila, quant à lui, l’Anthologie de Planude. Les pièces de l’Anthologie grecque sont souvent classées par type d’épigrammes : votives, funéraires, érotiques, démonstratives. Ainsi l’Anthologie Palatine suivie de l’Anthologie de Planude. constitue l’Anthologie Grecque publiée en 13 tomes aux éditions des Belles Lettres.

Sauf erreur de ma part, le corpus sapphique de l’Anthologie grecque compte vingt-deux pièces. Deux épigrammes érotiques de l’Anthologie Palatine, l’une sur « Les deux Samiennes » d’Asclépiade (A.P. V, 207) ; l’autre de Paul le Silentiaire sur « la vierge donnée à Aphrodite et à l’Athéna » (A.P. V, 272) semblent évoquer de manière allusive ou douteuse l’homosexualité féminine. Ici reproduits, ces poèmes seront toutefois discutés dans les pages consacrées à leurs auteurs. Outre ces deux pièces lesbiennes, l’Anthologie palatine comptent dix-neuf épigrammes aux colorations sapphiques. Tout d’abord, trois pièces sont attribuées à Sappho mais sans doute apocryphes, elles sont publiées cependant dans les éditions alexandrines et modernes de la poésie de Sappho. Ensuite, l’épigramme la plus célèbre (A.P. 506) est celle du philosophe Platon (IVe - IIIe siècle av. J.-C.) qui sans doute le premier qualifia Sappho de dixième Muse. Antipater de Sidon (IIe siècle av. J.-C.) honorent trois fois la poétesse (VII, 14 et VII, 15) dont une fois (IX, 66) avec cet attribut encomiastique de Platon. Ce qualificatif de dixième Muse est répété également à l’épigramme 571 de Philodème de Gadara (Ier siècle avant J.-C.). Six auteurs complètent enfin ce corpus palatin sapphique.
- Pinytos, auteur inconnu de cette unique épigramme palatine,
- Tullius Lauréa, affranchi de Cicéron du Ier siècle av. J.-C.,
- Dioscoride (fin du IIIe siècle av. J.-C),
- Nossis de Locres (IV-IIIe siècle av. J.-C.),
- Alcée de Messénie (IIIe-IIe siècle av. J.-C.) à ne pas confondre avec Alcée de Lesbos contemporain et compatriote de Sappho.

Quelques auteurs anonymes sont également des laudateurs de Sappho. Enfin, l’Anthologie de Planude cite Démocharis qui loue Sappho parmi les muses lyriques.

Ci-dessous, l’ensemble des pièces lesbiennes et sapphiques de l’Anthologie Palatine et de l’Anthologie de Planude soit de l’Anthologie Grecque (éd. Les Belles Lettres) agrémenté d’une numérotation personnelle suit l’ordre de l’Anthologie Grecque. Vous pourrez retrouver une page spécifique pour chacun de ses auteurs. Contrairement à la plupart des autres éditions modernes de Sappho, « Sapho poèmes et fragments » de Philipe Brunet (L’âge d’Homme 1996) et l’édition britannique de David A. Campbell (Loeb, 1982) distinguent et présentent avec très grande clarté ces « témoignages » sapphiques de l’Anthologie grecque.

 

 
	  

Première épigramme sapphique de l'Anthologie Palatine : V, 132 - Philomède de Gadara

Nous retrouvons un fragment de cette épigramme dans l'édition de Sappho (55, David A. Campbell)

A. P. V, 132 épigramme érotique sapphique de Philomède de Gadara (Ier siècle av. J.-C. Couronne de Phillipe) :

O ce pied, cette jambe, ces cuisses pour lesquelles je me meurs avec tant de raison, ces fesses, cette frange, ces hanches, ces épaules, ces seins, ce cou délié, ces bras, ces yeux dont je suis fou, cette démarche savamment ondulée, ces incomparables baisers de la langue, ces petits cris qui m’affolent ! Elle est des pays des Opiques (1), elle n’est qu’une Flora (2), elle ne chante pas les vers de Sapphô ? Mais Persée ne fut-il pas amoureux de l’Indienne Andromède ?

(1) Dans la bouche d’un Grec, terme de mépris pour désigner les Romains.

(2) C’est-à-dire une courtisane italienne (cf. Plutarque, Pompée, II, 3-5).

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).

 


2- épigramme lesbien (? le doute est permis) de l'Anthologie Palatine :

Sur la page d'Asclépiade lire notre introduction à cette épigramme vouée à discussions.

Livre V, 207 épigramme érotique – lesbien ? - d’Asclépiade de Samos (IIIe siècle av. J.-C.)

Les Samiennes Bittô et Nannion se refusent à fréquenter l’empire d’Aphrodite (1) et à respecter ses lois ; elles les désertent pour d’autres rites sans beauté. Puissante Cypris, poursuis de ta haine les transfuges de la couche où tu règnes.

(1) Il ne saurait être question ici d’un « temple d’Aphrodite », ainsi que le pensaient la plupart des anciens commentateurs. Il s’agit de « tribades », comme il y en avait beaucoup à Samos. Cf. Willamowitz, Sappho und Simonides, p. 72.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).


 

3 - épigramme saphique de l'Anthologie Palatine : V, 246 Paul le Silentiaire

Cas unique me semble-t-il (?) dans l'Anthologie Grecque (Palatine et de Planude), le nom de Sapphô n'est ici qu’une antonomase. Paul le Silentiaire a écrit plusieurs dizaines d’épigrammes où il interpelle plusieurs femmes imaginaires ou d’auto-fiction (?) aux prénoms traditionnels dans la littérature érotique comme Laïs.

A.P. V, 246 épigramme saphique érotique de Paul le Silentiaire (= huissier à la cour de l’empereur Justinien (527-565))

Doux en vérité sont les baisers de Sapphô, douce est l’étreinte de ses bras de neige, doux son corps entier ; mais son âme est d’un acier inflexible ! L’amour ne dépasse pas ses lèvres, tout le reste appartient à la virginité. Y a-t-il un homme qui le supporte ? Peut-être celui qui l’endurerait endurera-t-il sans peine la soif de Tantale.(1)

(1) Dans A. P., V, 236 Paul le Silentiaire écrit : « …c’est sans raison que Tantale versait des larmes. Il a peur du rocher suspendu sur sa tête, mais il ne saurait mourir deux fois… ». Critique traditionnelle contre la légende de Tantale : « Que lui importait d’avoir toujours soif ? Pouvait-il craindre de mourir une seconde fois ? ». C’est l’objection que lui adressait déjà Ménippe chez Lucien, Dial. Morts, 17, 2. Cf. à ce sujet A.-M. Desrousseaux, Rev. Phil. 1885, p. 42.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).

 


4 - épigramme sapphique votive de l'Anthologie Palatine VI, 269 dans le goût de Sappho

Correspond au fragment apocryphe 203 de Sapho dans l'édition Reinach ou (118 Bergk, 157D David A. Campbell)

 

A. P. VI, 269 épigramme votive dans le goût de Sappho

Enfant (1), quoique sans voix, je réponds quand on m’interroge ; car j’ai devant mes pieds une voix qui ne se lasse jamais (2) : « Celle qui m’a, moi, Arista (3), consacrée à la vierge au visage resplendissant, fille de Lêto, c’est Hermè, fille de Cleitagoras, fils de Saünaïdès, ta prêtresse, souveraine des femmes (4) ; aime-la, sois nous propice et fais prospérer notre race. »

(1) On a donné de ce terme (paides) diverses interprétations. Il est probable (voir la note complémentaire) que ce vocatif s’adresse à des jeunes-filles représentées sur un bas-relief autour de Sappho.
(2) L’inscription gravée sur la base de la statue qui parle ici et que reproduisent les vers 3-6.
(3) Ou Aristê divinité mal connue, parfois identifiée, de même que sa compagne Callistê, avec Artémis (cf. Pausanias, I, 29, 2)
(4) On connaît la corrélation que les anciens avaient établie entre les phases de la lune et les périodes menstruelles ; Artémis loxeia était en outre la patronne des femmes en couches (VI, 200-202, etc.)

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).

 


5 - épigramme érotique (lesbien ?) de l'Anthologie Palatine :

 

Livre V, 272 épigramme érotique (lesbien ?) de Paul le Silentiaire (VIe siècle ap. J.-C.)

J’ai ses seins dans mes mains, contre ses lèvres mes lèvres et, dans ma rage forcenée, je dévore tout son cou d’une éclatante blancheur. Mais je n’ai pas encore eu mon Aphrodite tout entière et je m’évertue toujours à poursuivre une vierge qui me refuse son lit. C’est qu’elle s’est donnée moitié à la déesse de Paphos, mais moitié aussi à Athéna ; et moi, entre les deux, je me dessèche.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).


6 - épigramme sapphique funéraire de l'Anthologie Palatine VII, 14

A.P. Livre VII, 14 épigr. funéraire d’Antipater de Sidon (IIe s. av. J.-C.)

C’est Sappho (1) que tu recouvres, terre d’Eolie (2), qu’entre les Muses immortelles on chante comme Muse mortelle (3), que Cypris et qu’Eros ensemble avaient nourrie, avec qui la Persuasion tressait la couronne toujours vivace des Piérides (4), sujet de joie pour la Grèce, pour toi de gloire. O Parques qui tordez le triple fil (5) tourné sur la quenouille, comment n’avez-vous pas filé le jour sans fin à la poétesse qui moissonna les dons sans fin des filles de l’Hélicon ?

(1) Faut-il noter, que des quatre pièces relatives à Sappho qui se suivent ici, aucune ne témoigne d’une impression causée par la lecture directe ? C’est caractériser les auteurs.
(2) L’île de Lesbos, où le dialecte est en effet éolien.
(3) C’est dire que les Muses elles-mêmes admettent la poétesse parmi elles comme sœurs.
(4) Le bagout poétique de cet Antipater n’est pas assujetti à de strictes règles de clarté. Peut-être l’association Cyrpis-Eros veut-elle dire que par l’un elle aimait, par l’autre elle était aimée ? Quant à Peithô, « la Persuasion », elle n’est ici qu’une façon de désigner le talent d’exprimer les sentiments.
(5) Des philologues pensent que le fil est triple parce que les Parques (ou les Grâces) sont trois. C’est négliger la division du travail de la mythologie convenue. Il est vrai qu’Ovide dit : triplicesque deae tua fila resoluent (Métamorphoses, II, 654). Peut-être ne faut-il pas chercher si loin.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).

 


7 - épigramme funéraire sapphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre VII, 15 épigramme funéraire sapphique d’Antipater de Sidon (IIe siècle av. J.-C.)

Mon nom est Sappho : j’ai autant surpassé les chants des femmes que le Méonide (1) ceux des hommes. (2)

(1) Homère. Même idée IX, 26. (La Méonie est l’ancien nom d’une partie de la Lydie – vallée de l’Hermos - d’où Homère passait pour être originaire).
(2) Cette épigramme est l’inscription sur la base d’une statue à Pergame. Elle est perdue mais elle avait été lue et recopiée par Cyriaque d’Ancôme et Giocondo de Vérone (Corpus, n° 3555). La traduction latine faite par Nicolas Heinsius est élégante, sinon prosodiquement irréprochable :
Tantum ego carminibus superaui Sappho puellas
Maeonides quantum uicerat ante uiros.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Les Belles Lettres).


8 - épigramme saphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre VII, 16 épigramme funéraire sapphique de Pinytos (1)

Des os, un nom muet, c’est ce que contient la sépulture de Sappho ; mais les doctes paroles de la poétesse ne meurent pas.

(1) Ni dans l’Anthologie ni ailleurs on ne retrouve rien d’autre de Pinytos. Le lexique d’Etienne de Byzance, au mot Bithunion, mentionne un grammairien de ce nom, affranchi d’Epaphrodite, vivant à Rome. Peut-être est-ce lui qui aura versifié ce lieu commun.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre VII) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (Les Belles Lettres).


9 - épigramme saphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre VII, 17 épigramme funéraire sapphique de Tullius Lauréa (affranchi de Cicéron, Ier siècle av. J.-C.) témoignage 43 Brunet

Passant devant cette tombe éolienne (1), étranger, ne me dis pas morte, moi qui chantait dans Mytilène. Ce que tu vois c’est le travail de mains d’hommes, et des œuvres de mortels comme celle-ci s’en vont au rapide oubli. Mais si tu me juges pour l’amour des Muses, moi qui de chacune ai mis une fleur dans ma Neuvaine (2), tu connaîtras que j’échappe aux ténèbres de l’Hadès (3) et qu’il n’y aura point de soleil (4) où Sappho la lyrique ne soit nommée.

(1) Les Mytiléniens tiraient gloire de la gloire de Sappho, quoique née à Erésos, et ils mettaient sa figure sur leurs monnaies. Il est donc fort possible qu’ils lui aient élevé un monument plus ou moins considérable dans leur ville et que l’affranchi de Cicéron qui a écrit cette pièce ait vu celui-ci dans un voyage en Grèce. Il fait parler Sappho elle-même, tour fréquent dans les épitaphes les plus anciennes.
(2) Les poésies de Sappho avaient été rassemblées, dans l’édition alexandrine, en neuf livres, nombre égal au chiffre convenu des Muses à l’époque où fut composé l’épigramme. Ce n’est pas à dire, loin de là, que le grammairien d’Alexandrie ai pensé à ce rapprochement mythologique. Les poèmes étaient en effet, dans cette édition, classés par genre de mètres.
(3) O Maria Félicia ! le peintre et le poète
Laissent en expirant d’immortels héritiers.
On rencontre ici, comme dans la pièce précédente, des variations, parfois ingénieuses, du lieu commun ainsi exprimé dans les fameuses stances A la Malibran.
(4) C’est-à-dire « de jour ».

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).


10 - épigramme funéraire sapphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre VII, 407 épigramme funéraire sapphique de Dioscoride : (fin du IIIe siècle av. J.-C., Couronne de Méléagre) Témoignage 41 Brunet

O toi pour qui les jeunes amantes le plus doux appui de leur passion, Sappho, avec les Muses, certes, dont tu partages l’inspiration, la Piérie ou l’Hélicon au beau lierre t’honorent, Muse de l’éolienne Erésos (1); ou Hymen Hyménée, la torche lumineuse en main, se tient avec toi au-dessus des couches nuptiales ; ou bien, associée aux larmes d’Aphrodite qui pleure le jeune fils de Cynaras (2), tu contemples le bois sacré des bienheureux. De toute façon, ô vénérable, réjouis-toi à l’égal des dieux ; car tes poésies, maintenant encore, sont pour nous les filles d’une Immortelle (3).

(1) La tradition commune faisait naître Sappho à Mytilène (cf. VII, 718, (Nossis) ; Hérodote II, 135 ; mais Suidas, comme Dioscoride (fin du IIIe siècle av. J.-C. Couronne de Méléagre) lui assigne pour patrie Erésos, ville moins importante de Lesbos, sur la côte Ouest.
(2) Adonis.
(3) Méditation sur un portrait de Sappho ; cf. V, 145 de Callimaque ; IX, 66 d’Antipater de Sidon. La première hypothèse (Sappho est une dixième Muse) remonte à l’épigramme 20 de Platon (= IX, 506), que Dioscoride tenait sans doute pour authentique : cf. Wilamowitz, Sappho und Simonides, p. 41, n. I ; Pindaros, p. 447 ; Desrousseaux ; in VII, 99 (t. IV, p. 98, n. 5). Les amants ont un double recours : faire des vers (mousai) et lire Sappho, autre Muse.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).


11 - épigramme saphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre VII, 489 épigramme funéraire de Sappho ( fr. apocryphe - ? – 204 Reinach – 113 Bergk – 132 Brunet)

Ci-gît la cendre de Timas (1), que morte avant l’hymen, a reçu le sombre séjour de Perséphone. A son trépas, toutes ses compagnes ont, d’un fer fraîchement aiguisé, déposé de leur tête leur aimable chevelure.

(1) Ce nom, qui ne se retrouve dans aucun autre texte sous cette même forme, est sans doute un diminutif de Timê. L’usage de ces « hypocoristes » est fréquent dans l’Anthologie (119 Bergk = 204 Reinach)

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre VII) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (Les Belles Lettres).


12 - épigramme attribuée à Sappho de l'Anthologie Palatine :

 

Livre VII, 505 épigramme de Sappho (fr. apocryphe - ?- 205 Reinach – 114 Bergk – 133 Brunet)

Sur la tombe du pêcheur Pélagon (1), son père Méniscos a placé une nasse et une rame (2) en souvenir de sa vie pénible.

(1) Pélagon est sans doute un nom de fantaisie tiré de pélagos, la mer. Cf. VI, 233 ; VII, 457. Ce distique, de caractère démonstratif plutôt que funéraire paraît être d’une époque bien plus récente que celle de Sappho.
(2) Cf. Odyssée, XII, 14 ; Enéide VI, 232.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).


13 - épigramme saphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre VII, 718 épigramme sapphique de Nossis de Locres (IVe - IIIe siècle av. J.-C.)

Etranger, si tu navigues vers Mytilène aux beaux chœurs de danse, qui avec Sappho vit se consumer la fleur des Charites (1), dis lui que je suis chère aux Muses et que la terre locrienne m’a enfantée ; et après avoir appris que mon nom est Nossis, passe ton chemin (2).

(1) Littéralement : a brûlé la fleur des Charites, c’est-à-dire l’a ensevelie.
(2) Willamowitz considère cette pièce comme l’épilogue du recueil de Nossis.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).


14 - épigramme démonstrative sapphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre IX, 26 épigramme démonstrative sapphique d’Antipater de Thessalonique

Ces femmes aux divins accents, l’Hélicon les a nourries de chants, et le rocher macédonien de Piérie : Praxilla, Moiro, l’éloquente Anytê, l’Homère des femmes, Sappho, parure des lesbiennes aux belles boucles, Erinna, l’illustre Télésilla et toi, Corinne qui chantas l’impétueux bouclier d’Athêna, Nossis aux accents de femmes et Myrtis douce à entendre, qui toutes produisirent des pages éternelles. Le grand Ouranos engendra neuf Muses ; neuf aussi, Gaia mit ces femmes au monde, pour les mortels impérissables joie (1).

(1) Neuf est un nombre consacré : il est pour le canon des poétesses, comme il l’est pour celui des poètes lyriques. A noter que le canon des orateurs ne comportait à l’origine que neuf noms. Le sort qui a présidé à la destruction des œuvres de l’antiquité a été particulièrement cruel aux poétesses. De ces neuf poétesses, « pour les mortels impérissable de joie », seule Sappho nous est connue, encore qu’imparfaitement.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).


15 - épigramme saphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre IX, 66 épigramme sapphique d’Antipater de Sidon :

Mnémosyne fut saisie d’effroi quand elle entendit Sappho aux accents de miel (meliphonou), elle craignait que les mortels n’eussent une dixième Muse.

L’épigramme est assez bien tournée, elle reprend le thème de la pièce 506 attribué à Platon.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre IX) texte établi et traduit par ? (1957, Les Belles Lettres).

 


16 - épigramme saphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre IX, 184 épigramme démonstrative d’un Anonyme (témoignage 59 Campbell) :

Pindare, bouche sacrée des Muses, et toi babillarde Sirène, ô Bacchylide, et vous, grâces éoliennes de Sappho, (Sapf??? t ????a?de? ????te?) écrits d’Anacréon, et toi qui fis passer un courant homériques en tes propres ouvrages, ô Stésichore, délicieuses pages de Simonide, et toi qui moissonnas, Ibycos, la douce fleur de la persuasion près des adolescents, et toi, glaive d’Alcée, qui souvent fis une libation du sang des tyrans, pour défendre les institutions de patrie, vous enfin, rossignols d’Alcman au chant féminin, soyez-moi propices, vous qui avez fixé le début et le terme de toute la poésie lyrique.

(1) Hommage et prière aux neufs poètes lyriques dont Sappho à comparer à la pièce IX 26 en l’honneur des neuf poétesses lyriques dont Sappho.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre IX) texte établi et traduit par ? (1957, Les Belles Lettres).


17 - épigramme saphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre IX, 189 épigramme démonstrative d’un Anonyme (témoignage du fr. 28 Reinach la prière à Héra – témoignage 59 Campbell – témoignage 40 Brunet) :

Allez au magnifique bois sacré d’Hèra aux yeux de génisse, Lesbiennes, et d’un pied léger avancez en dansant. Là, formez en l’honneur de la déesse un beau chœur ; Sappho vous conduira, ayant au moins sa lyre d’or. Heureuses femmes, que cette danse emplira de joie, vous croirez entendre le doux hymne de Calliope elle-même !

Eloge de Sappho sous forme d’Apostrophes à des Lesbiennes (sans doute des disciples de la poétesse). L’auteur décrit peut-être une œuvre d’art où Sappho était représentée conduisant un chœur de jeunes filles exécutant, avec des danses un hymne à Hèra. Cette déesse avait un sanctuaire à Lesbos (Schol. Hom, ,128), où se tenaient des concours de beauté. Le texte de la pièce est assez mal conservé. Faut-il, au vers 1, conserver la conjoncture de Hecker ? Du moins reconnaissons à ce dernier le mérite d’avoir conjecturé que Sappho avait composé un hymne à Héra. Le texte en a été retrouvé sur un papyrus d’Oxyrhynchos (P. Oxy X 1231) double d’un autre fragment (P.S.I. II,123). C’est cette poésie (n° 26 de l’éd. Th. Reinach) qui semble avoir été visée par l’auteur d’épigramme.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre IX) texte établi et traduit par Pierre Waltz et Guy Soury avec le concours de Jean Irigoin et Pierre Laurens (1974, Les Belles Lettres).


18 - épigramme démonstrative sapphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre IX, 190 épigramme démonstrative d’un Anonyme (témoignage 35 Campbell) :

Ce rayon est de la Lesbienne Erinna (1) ; on aime un petit ouvrage, mais que les Muses ont tout empli de miel. Les trois cents vers qu’elle a laissé égalent ceux d’Homère, et ce n’était qu’une jeune-fille de dix-neuf ans, qui, par crainte de sa mère, se tenait près de sa quenouille, près de son métier, attachée aux Muses en sa servitude. Autant Sappho est supérieure à Erinna dans les vers lyriques, autant Erinna l’est à Sappho dans les hexamètres.

(1) Eloge de la poétesse Erinna (morte vers 350 av. J.-C.) destiné peut-être, comme la pièce d’Asclépiade (VII, 11) à servir de fronstispice à l’édition de l’Elaxaté. La poétesse née à Ténos (ou Télos), ici comme ailleurs (cf. Suidas) est dite Lesbienne, parce qu’elle est de l’école de Sappho. En fait elle écrivit son poème en vers hexamètres et en dialecte dorien. L’Anthologie Palatine répertorie trois épigrammes d’Erinna (VI 352, VII, 710 et 712).

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre IX) texte établi et traduit par Pierre Waltz et Guy Soury avec le concours de Jean Irigoin et Pierre Laurens (1974, Les Belles Lettres).texte établi et traduit par ? (1957, Les Belles Lettres).

 


19 - épigramme démonstrative sapphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre IX, 506 épigramme démonstrative sapphique du philosophe Platon (428-347 av. J.-C.) témoignage 45 Brunet

Il y a neuf muses, disent certains, quelle inadvertance ! Voici encore Sappho de Lesbos la dixième.

Le paradoxe qui fait de Sappho le dixième Muse est présenté ici ingénieusement, à travers l’accusation de négligence (oligoria) adressés aux tinès qui ne comptent que neuf muses. Motif encomiastique qui consiste à ajouter un nouvel élément à une série.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre IX) texte établi et traduit par Pierre Waltz et Guy Soury avec le concours de Jean Irigoin et Pierre Laurens (1974, Les Belles Lettres).


20 - épigramme démonstrative sapphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre IX, 521 épigramme démonstrative sapphique d’Alcée de Messénie (IIIe-IIe siècles av. J-C, Couronne de Méléagre)

Non, ce n’est pas une mince gloire que t’a assurée la Moire, le jour où pour la première fois tu vis la lumière du soleil, ô Sappho. Car nous t’avons, pour héritage, accordé d’être immortelle, tandis que le père de tous te l’accordait aussi, en faisant retentir son tonnerre. Tu seras chantée chez tous les mortels, comme tu en es digne, et d’une illustre renommée on ne te sèvrera point.

Eloge de Sappho. Cf. VII, 14-17 ; VII, 407 ; IX, 66 ; A. Pl. 310. Peut-être réplique à VII, 14 7-8 (stadtm.) ; cf. aussi VII, 17, 1 et les vers 7-8. La même idée à propos d’Erinna : VII, 12, 5-6.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre IX) texte établi et traduit par Pierre Waltz et Guy Soury avec le concours de Jean Irigoin et Pierre Laurens (1974, Les Belles Lettres).


21 - épigramme démonstrative sapphique de l'Anthologie Palatine :

 

Livre IX, 571 épigramme démonstrative sapphique de Philodème de Gadara (Ier siècle av. J.-C., Couronne de Philippe)

De Thèbes, Pindare a fait retentir ses puissants accents ; le muse de Simonides exhalait en sons mélodieux le miel exquis de sa voix ; Stésichore étincelle, ainsi qu’Ibyscos ; la douceur était le lot d’Alcman ; plaisante était la voix de Bacchylide ; la persuasion était la compagne d’Anacréon ; Alcée, le cygne de Lesbos, module des airs variés pour l’Eolide (1) ; quant à Sappho elle n’est pas la neuvième parmi les hommes : c’est au nombre des aimables Muses que comme une dixième on l’inscrit.

(1) texte et sens incertain.
Cf. IX 66 et 506. - Cette énumération des neuf Lyriques, chacun brièvement caractérisé, se retrouve dans l’épigramme 184, également anonyme. Elle a pu être faite soit pour accompagner une édition de leurs œuvres réunies dans un même manuscrit, soit comme légende explicative pour une galerie de statues ou de tableaux, une série de bas-reliefs ou une mosaïque qui les représentait.

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre IX) texte établi et traduit par Pierre Waltz et Guy Soury avec le concours de Jean Irigoin et Pierre Laurens (1974, Les Belles Lettres).


22 - épigramme descriptive mytilènienne de l'Anthologie de Planude :

 

Anthologie de Planude épigramme descriptive mytilènienne 310 de Damocharis (VIe s. apr. J.-C.)


« On connaît un poète Damocharis dont Paul le Silentiaire, son ami, a composé l’épitaphe (A.P., VII, 588) ; il était né à Cos et mourut avant 575 (décès de Paul). On a de lui 4 épigrammes (A.P. VI, 63 ; VII, 206 ; IX, 633 ; A. Pl., 310) ; les deux premières du moins sont imitées d’Agathias dont le lemme de VII, 588 affirme qu’il était « ton philon kai mathétèn ». Dans la présente épigramme et la précédente, , il est question d’un gouverneur du Bas Empire, d’un séisme à Smyrne qui doit être celui de 551, mais aussi d’une nouvelle restauration totalement menée par ce magistrat auquel on élève une statut (lemme).


Nature elle-même, cette créatrice, t’a donné à reproduire, ô peintre, la Piéride (2) de Mytilène. Dans ton regard la lumière prend sa source, c’est la claire évidence d’un talent créateur (3) à tout succès promis. Une chair lisse, douce sans mollesse ni apprêt, révèle toute la simplicité de son être. Le visage à la fois souriant et pensif est l’annonce de l’intime union de Cypris et de la Muse.

(1). Sur ce Damocharis, proconsul d’Asie, honoré à Ephèse et à Smyrne, l’épigramme 43 de l’Anthologie de Planude : « Damocharis, esprit génial, à toi, gouverneur, cette gloire ; car Smyrne, après l’affreux malheur du tremblement de terre, par ton ardent labeur, tu l’as entièrement restaurée. »
(2) Sappho, « dixième Muse » répète l’Anthologie Palatine (IX, 66, 506, 571) , ou « Muse mortelle qui chante avec les Muses immortelles » (VII, 14 d’Antipater de Sidon).
(3) Philostrate (Vie d’Apollonios, 6, 19) désigne par « phantasin » l’imagination créatrice ; « eustochia » c’est l’habileté et la réussite.

in Anthologie grecque Anthologie de Planude texte établi et traduit par ? (?, Les Belles Lettres).

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