Aristote (384-322 av. J.-C.) l'homosexualité et la Rhétorique II, 1398 b :

Sappho sage "bien que ce fut une femme"

 

 

Né à Stagire, fils du médecin privé du roi de Macédoine, principal disciple du philosophe Platon dont il critique les conceptions politiques, précepteur du jeune Alexandre, père de la scolastique (philosophie et théologie enseignées au Moyen-Age), Aristote fonde à Athènes une école dans le bois sacré d’Apollon – le Lycée. Ses élèves portent le nom du promenoir où ils étudient (peripatos, les péripatéticiens). Tandis que ses Dialogues sont perdus, sont conservés des ouvrages à usage scolaire. Dans Ethique à Nicomaque, le Stagirite traite de l’homosexualité parmi les choses qui deviennent agréables non de manière naturelle mais par les forces d’aberrations ou de l’habitude ou de certaines perversions de la nature :

 

« D’autres habitudes sont maladives ou proviennent de la coutume : celle par exemple qui consiste à s’arracher les cheveux, à se ronger les ongles, à grignoter des morceaux de charbon ou la terre. Ajoutons les habitudes homosexuelles. Les uns se livrent à ces pratiques dépravées sous l’impulsion de la nature, d’autres par l’effet de l’habitude, comme c’est le cas pour ceux qui sont l’objet de violences dès leur enfance. Tous ceux en qui la nature est responsable de ces habitudes ne sauraient être accusés de manquer d’empire sur eux-mêmes, pas plus qu’on ne pourrait blâmer les femmes qui dans l’amour sont plus passives qu’actives. »

in Ethique à Nicomaque, traduction du grec par J. Voilquin, Garnier-Flammarion, 1992.

 

Dans la bisexualité dans le monde antique (La Découverte, 1991), Eva Cantarella démontre que :

« le jugement du philosophe sur les relations entre hommes (car il ne s’intéresse qu’à ce type de rapports) découle des circonstances dans lesquelles elles se pratiquent. En Crète par exemple, existait un problème grave de surpopulation, l’homosexualité était alors très répandue afin que les femmes n’aient pas beaucoup d’enfants (ina ma polyteknosi). »


Dans l’œuvre aristotélique conservée, un seul passage (Rhétorique II, 1398 b) mentionne Sappho, parmi les sages « bien que ce fut une femme ». L’infériorité physique intellectuelle et spirituelle de la femme chez les philosophes de l’antiquité est une « vérité » indéracinable. Néanmoins, au delà de l’infériorité féminine, le passage montre que certains êtres d’exception sont élevés au rang de « sage », malgré la présence de quelque défaut ou d'un statut inférieur : pour Sappho être une femme, pour Archiloque un calomniateur, pour Homère et Anaxagore des étrangers.

 


Rhétorique II, 1398 b d'Aristote (384-322 av. J.-C.) traduit et commenté par Médéric Dufour Les Belles Lettres 1967

Un autre (enthymème) se tire de l’induction ; par exemple du cas de la femme de Péparèthe, on induit qu’au sujet des enfants ce sont les femmes qui toujours déterminent la vraie paternité ; c’est ce qu’à Athènes déclara la mère de l’orateur Mantias (1), qui contestait contre son fils ; c’est ainsi qu’à Thèbes dans la contestation d’Isménias (2) et de Stilbon, la Dodonienne déclara que le père était Isménias, ce qui fit considérer Thessaliscos comme son fils. Un autre exemple se tire de la Loi de Théodecte (3) : « si à ceux qui ont mal soigné les chevaux d’autrui on ne confie pas les siens à ceux qui ont fait chavirer les vaisseaux d’autrui ses propres vaisseaux, il ne faut pas, s’il en va pareillement de tous les cas, employer ceux qui ont mal gardé le territoire d’autrui à la défense du sien. » Et la conclusion d’Alcidmas (4) que tous les peuples honorent les sages : par exemple les Pariens ont honoré Archiloque nonobstant ses diffamations ; et les Chiotes Homère, qui pourtant n’était pas leur concitoyen ; et les Mytiléniens Sappho bien que ce fût une femme ; et les Lacédémoniens Chilon qu’ils firent même entrer dans le conseil des Gérontes, bien qu’ils eussent très peu de goût pour les lettres ; et les Italiotes Pythagore ; et les habitants de Lampsaque donnèrent une sépulture à Anaxagore bien que ce fût un étranger, et l’honorent encore aujourd’hui < - - - >, que les Athéniens, ayant appliqué les lois de Solon, furent heureux, comme les Lacédémoniens, grâce à celle de Lycurge ; et à Thèbes, dès que les « prostates » furent philosophes (5). Il existait à Thèbes un groupe pythagoricien assez actif, et Epaminondas passait pour « philosophe ».

Texte établi et traduit par Médéric Dufour Les Belles Lettres 1967

Notes de Médéric Dufour :

(1) cf Démostnène, contre Boeotos sur son nom, argument et 10, 30, 37)

(2) sans doute l’homme politique amie de Pélopidas)

(3) Discours fictif portant probablement sur la politique athénienne.)

(4) d’Elée, disciple de Gorgias ; la citation provient peut-être de son Mouseion.)

(5) la théorie platonicienne du gouvernant philosophe est bien connue (cf. par ex. Rép. 473 D, Lettre VII, 326 A)

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- Daniel Borrillo et Dominique Colas : L'homosexualité de Platon à Foucault Anthologie critique Plon 2005.

- Aristote (384-322 av. J.-C.) : Rhétoriques, Texte établi et traduit par Médéric Dufour Les Belles Lettres 1967.

- Aristote : Ethique à Nicomaque, traduction du grec par J. Voilquin, Garnier-Flammarion, 1992.

- Cantarella, Eva : Selon la nature, l'usage et la loi. La Bisexualité dans le monde antique, Paris, La Découverte, 1991, traduit de l'italien par M.-D. Porcheron.

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