Asclépiade de Samos auteur grec d'épigrammes érotiques du IIIe siècle av. J.-C. et l'homosexualité féminine ou du tribadisme chez saphisme.com

 

 

Dans son ouvrage Homosexualité Grecque (1982, La Pensée Sauvage), Dover attire notre attention sur une épigramme d’Asclépiade de Samos répertoriée dans l’Anthologie palatine (Livre V « épigrammes érotiques de divers poètes », éd. Les Belles Lettres, 1928, p. 93) :


épigramme 207 répertoriée dans l'Anthologie palatine
d’Asclépiade de Samos

Les Samiennes Bittô et Nannion se refusent à fréquenter l’empire d’Aphrodite (1) et à respecter ses lois ; elles les désertent pour d’autres rites sans beauté. Puissante Cypris, poursuis de ta haine les transfuges de la couche où tu règnes.


(1) « Il ne saurait être question ici d’un « temple d’Aphrodite »; ainsi que le pensaient la plupart des anciens commentateurs. Il s’agit de « tribades », comme il y en avait beaucoup à Samos. Cf. Wilamowitz, Sappho und Simonides, p. 72. »

in Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).


La traduction de cette épigramme n'apporte pas la certitude d'une référence homosexuelle pour un lecteur lambda de mon espèce. Bittô et Nannion abandonnent Aphrodite pour d'autres rites. Mais lesquels ? Dover dans son ouvrage sur l'homosexualité grecque offre-t-il davantage de précision ? Lisons ci-dessous sa traduction du grec ancien :

(...)« Nous avons une épigramme hellénistique (Asclépiade 7) sur deux Samiennes qui

ne veulent pas s’initier aux (pratiques) d’Aphrodite selon ses règles, mais la désertent pour d’autres choses qui ne sont pas convenables (pas kalos). Dame Aphrodite, montre ton inimitié à celles qui fuient une couche dans ton domaine !


Cette hostilité de la part d’un poète, qui ailleurs (37) proclame la force de son désir homosexuel est frappante. Il traite la femme qui rejette les amants de « déserteur » et de « fugitif », et lui reproche de désobéir aux règles (nomoi) d’Aphrodite. Devant ces faits, il est possible de penser que le silence complet de la comédie sur l’homosexualité féminine reflète l’inquiétude masculine. Il existe des sujets tabous que le poète comique ne cherche pas à exploiter pour susciter le rire. La peste de 430 av. J.-C. en est un et les menstrues en sont un autre. Inversement, à Sparte, d’après Plutarque (Lyc. 18.9), les femmes de bonne réputation (kalos kai agathos) étaient amoureuses de jeunes filles ; il existait donc un homologue féminin de la relation masculine erastes/eromenos. CE34, une coupe archaïque de Santorin montre deux femmes apparemment en train de se faire la cour ; l’une met la main sur le visage de l’autre, et toutes deux tiennent des couronnes. (…) »

in L'homosexualité grecque traduit de l'anglais par Suzanne Saïd , (La Pensée Sauvage, 1966), K.J. Dover


Notre questionnement tribadique est à son comble

En quoi cette épigramme d’Asclépiade fait référence à une relation homosexuelle et non par exemple à une relation hétéro-sodomique (ces deux Samiennes pourraient pratiquer par exemple la sodomie avec d’autres hommes ou que sais-je, pourquoi pas la zoophilie ou la chasteté ? Les femmes sont Samiennes c’est à dire habitantes de l’île ionienne de Samos, dont sont originaires Asclépiade ou Pythagore (Vie siècle av. J.-C.). L'auteur en appelle à Aphrodite la déesse vénérée de Sappho , c'est à dire à sa puissance aphrodisiaques En quoi dans cette épigramme Bittô et Nannion formeraient-elles un couple de femmes unies dans une relation homosexuelle ou tribadique ? Que nous apprend Willamowitz l’auteur allemand du début du XXe siècle de la fréquence des tribades à Samos ? Les traducteurs des Belles Lettres de 1926 s’y confèrent mais n’argumentent pas et n’indiquent pas les auteurs décrétant la multitude de tribades à Samos. Que nous apprend l’édition des Belles Lettres de 1994 (Buffière) ? Nos lectures sur Asclépiade, Samos and Co manquent cruellement de profondeur pour apporter un semblant d’éclairage convainquant. Je nous renvoie donc à l'article de Sandra Bohringer, (version résumée d'une partie de sa thèse) : Sauver les Samiennes (une lecture d'une épigramme d'Asclépiade) in Problèmes du Genre en Grèce Ancienne sous la direction de Violaine Sebillote Cuchet et Nathalie Ernoult Publications de la Sorbonne, 2007, p.136 à 145 et à l’ouvrage de Sandrine Bohringer, résumé de sa thèse : L’homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine, 2007, Les Belles Lettres.

Que savons-nous d'Asclépiade de Samos ?

« Connu sous le pseudonyme de Sicélidas chez Théocrite, 2e moitié du IIIe siècle av. J.-C. Auteur grec d’épigrammes. Son sujet favori est l’amour ; il a introduit en littérature Eros, le dieu ailé et archer. Son style est très élégant. Il a aussi écrit des poèmes lyriques. Il donne son nom au vers « asclépiade ». Il reste de lui quelques quarante épigrammes » répertorié dans l’Anthologie Palatine

in Dictionnaire des auteurs grecs et latins de l’antiquité et du moyen âge de Wolfgang Buchwald, Armin Hohlweg, Otto Prinz traduit et mis à jour par Jean Denis Berger et Jacques Billen.

 


 

 




 


 

 

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Bibliographie partielle sur Asclépiade de Samos :
- Bohringer, Sandrine : L’homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine, 2007, Les Belles Lettres.
- Bohringer, Sandrine : Sauver les Samiennes (une lecture d'une épigramme d'Asclépiade) in Problèmes du Genre en Grèce Ancienne sous la direction de Violaine Sebillote Cuchet et Nathalie Ernoult Publications de la Sorbonne, 2007, p.136 à 145, version résumée de la thèse de Sandrine Bohringer sur l'homosexualité féminine dans l'ANtiquité grecque et romaine.
- Dover, Kenneth J. : Homosexualité grecque, Ed. La pensée sauvage, 1982 traduit de l'américain par Suzanne Saïd (Première publication aux U.S.A. 1978).
- Yourcenar, Marguerite : La Couronne et la Lyre, poèmes traduits du grec par Marguerite Yourcenar, Ed. Gallimard, 1979.

- Anthologie grecque Anthologie palatine (Livre V) texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon (1928, Belles Lettres).

- Dictionnaire des auteurs grecs et latins de l’antiquité et du moyen âge de Wolfgang Buchwald, Armin Hohlweg, Otto Prinz traduit et mis à jour par Jean Denis Berger et Jacques Billen.

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