DU SAPPHISME CHEZ LE POÈTE LATIN CATULLE (84 ? - 54 ? av. J.-C.)  

 
Gaius Valerius Catullus, nom francisé en Catulle naquit à Vérone (Italie) au Ier siècle av. J.-C. d'une famille proche du général et dictateur Jules César assassiné en 44 av. J.-C.. À Rome, Catulle fréquenta le cercle littéraire et tomba amoureux de Lesbie qui lui inspira vingt-cinq poèmes d'amour et de haine. La pièce numéroté 51 adressée à Lesbie s'inspire du poème de Sappho, traditionnellement nommé "l'ode à l'aimée" ou "l'égal des dieux", œuvre conservée grâce au Pseudo-Longin et traduite par entre autres écrivains français, Nicolas Boileau.

Précurseur de nombreuses pièces d'Ovide à Ronsard, de Louise Labé à Aragon, du Toi et Moi de Paul Reverdy, le recueil de Catulle est la chronique du serment d'amour violé par Lesbie, pseudonyme de Clodia. La muse de Catulle serait en effet Clodia, l'épouse du consul Celer et la sœur de P. Clodius Pulcher, ennemi juré de l'homme d'Etat Cicéron (106-43 av. J.-C.) dont il provoqua l'exil de Rome. M. Caelius Rufus fut accusé - entre autres - d'avoir empoisonné sa maîtresse Clodia. Cicéron, l'avocat et l'ami de M. Caelius Rufus, s'appuya sur la vindicte populaire et accusa la victime Clodia de débauche, de crime et d'inceste. Infidèle, elle aurait assassiné son époux, le consul Celer et elle aurait couché avec son frère, Gellius. (Voilà qui nous rapproche et nous rappelle un autre célibrissime procès, celui de Marie-Antoinette, reine de France.) L'ami de Cicéron, M. Caelius Rufus, ancien amant de Clodia, fut ainsi acquitté. Catulle reprit à son compte les accusations portées sur Lesbie-Clodia avec laquelle il eût une relation tumultueuse pendant environ quatre ans.

Chantre de la " vie pure " et du lyrisme amoureux voué à la trahison, Catulle n'hésita pas à stigmatiser Pompée et César dans ses vers, à user d'un langage ordurier et d'un érotisme exacerbé comme son successeur le poète latin Martial. Catulle n'hésita pas non plus à écrire des textes enflammés à son amant " le jeune, lascif et paresseux Juvientus ". Si la poésie catulienne n'offre aucune description tribadique ou bisexuelle comme celle du poète latin Martial, dans son poème 51, Catulle traduit l'ode à l'aimée de Sappho pour sa maîtresse Lesbie et dans son poème 35, il use de "Sapphica" pour honorer la Dixième Muse.
 

"POÈME 51 DE CATULLE INSPIRÉ DE L'ODE À L'AIMÉE OU L'ÉGAL DES DIEUX DE SAPPHO :

"POÈME 35 DE CATULLE AVEC UN HOMMAGE SAPPHIQUE


POÈME 51 DE CATULLE INSPIRÉ DE L'ODE À L'AIMÉE OU L'ÉGAL DES DIEUX DE SAPPHO :

 
Les trois premières strophes s'inspirent de l'ode à l'aimée de Sappho où en est évincé le caractère sudorifique de l'amour. Même si l'objet amoureux est ici du sexe opposé, ce poème est néanmoins purement sapphique par son inspiration :


traduit par Georges Lafaye (1923)
et tirage revu par S. Viarre (1992)
(Editions Les Belles Lettres)
traduit par André Markowicz
(Le Livre de Catulle,
Editions L'âge d'homme, 1985)
Celui-là me semble être l'égal d'un dieu, il me semble, si c'est possible, surpasser les dieux celui qui, assis en face de toi, peut souvent te contempler et entendre,
ce doux rire qui ravit à ma pauvre âme l'usage de tous mes sens ; car à peine t'ai-je aperçue, Lesbie, que ma voix expire dans ma bouche,
ma langue est paralysée, un feu subtil coule dans mes membres, un bourdonnement intérieur fait tinter mes oreilles et une double nuit s'étend sur mes yeux.
- L'oisiveté, Catulle, t'est funeste ; l'oisiveté te transporte et t'excite trop ; l'oisiveté, jadis, a perdu tant de rois et de villes florissantes.
Il me semble presque divin, cet homme,
Lui, s'il plaît aux dieux, les surpasse même,
Quand il te fait face et qu'il regarde
Et qu'il t'écoute
Rire, toute tendre, ce qui me brouille,
Malheureux, l'esprit ; - que je t'aperçoive,
Et cela, Lesbie, fige dans ma gorge
Toute parole,
Pétrifie ma langue, foudroie mes veines
D'un brasier malin, -mes tympans bourdonnent
Jusqu'au fond du crâne, mes deux lumières
Voient les ténèbres.
Le repos, Catulle, fera ta perte,
Le repos t'excite, te tient, te comble,
Le repos a tué tant de princes, tant de
Villes heureuses.

 


POÈME 35 DE CATULLE AVEC UN HOMMAGE SAPPHIQUE

 
Dans un vers, ce poème propose indirectement un classique hommage à la docte Sappho :
 
traduit par Georges Lafaye (1923)
et tirage revu par S. Viarre (1992)
(Editions Les Belles Lettres)
traduit par André Markowicz
(Le Livre de Catulle,
Editions L'âge d'homme, 1985)
 Au tendre poète Caecillius, mon camarade, va dire, papyrus, je t'en prie, qu'il vienne à Vérone, laissant là les murs de Côme la Neuve et les bords du Larius ; car je veux lui confier certaines idées d'un de ses amis qui est aussi le mien.
Donc, s'il est sage, il dévorera la route, quand bien même sa blanche maîtresse le rapellerait mille fois au moment du départ et, les deux mains jetées autour de son cou, le supplierait de différer, puisque, si j'en crois les nouvelles qu'on m'apporte, elle se meurt pour lui d'un amour effréné ; depuis qu'elle a lu ses premiers vers sur la déesse du Dindyme (1), la pauvrette sent un feu secret dévorer la moelle de ses os. Je t'excuse, jeune femme plus docte qu'une des muses de Sappho, car il est joliment bien commencé le poème de Caecilius sur la Grande Mère.
 
 
 
 
 
 
 
 
 

(1) Dindyme est une montagne de Phrygie où s'érigeait un temple de Cybèle connu de tout le monde romain.


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- Catulle Poésies, texte établi et traduit par Georges Lafaye, première édition 1923, 12e tirage revu et corrigé par S. Viarre (1992), éditions les Belles-Lettres.
- Le livre de Catulle traduit et présenté par André Markowicz, éditions L'âge d'homme, 1985.

 



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