Du saphisme chez Nossis de Locres (IIIe siècle av. J.-C.)
 

 
Nossis est une poétesse grecque de « la riche Locres », cité italienne de la Grande-Grèce dont le mode musical locrien est basé sur l'éolien, mode musical et dialecte de Sappho. Seule une dizaine d'épigrammes de l'Anthologie Palatine (A. P.) et du Florilège de Maléagre, poète grec du Ier siècle avant notre ère, révèle l'une des neuf poétesses chères à Renée Vivien. On ne sait rien de Nossis. Néanmoins, les deux fragments suivants révèlent une passion saphique, un hommage à la Dixième Muse par l'intermédiaire de Cypris. En voici diverses traductions (Yourcenar, Battistini, Brasillach, Chénier) et les libres adaptations de Renée Vivien dans Les Kitharèdes, disciples de Sapho, recueil édité en 1904.
ANTHOLOGIE PALATINE V, 170, ELOGE DE L'AMOUR :
- La douceur de l'amour, traduction de M. Yourcenar (1903-1987)
- Plus suave que l'amour traduction de Yves Battistini
- L'amour est chose la plus douce traduction de R. Brasillach (1909-1945)
- Celui qui n'aime pas Vénus, traduction d'André de Chénier (1762-1794)
- A EROS interprétation de Renée Vivien (1877-1909)

 

ANTHOLOGIE PALATINE VII,178, EPIGRAMME «À L'ÉTRANGER »:
- Etranger, si toi, au moins tu cingles vers Mytilène aux belles danses, traduction d' Yves Battistini
- Si tu vas, étranger, vers Lesbos où l'on danse, traduction de Robert Brasillach (1909-1945)
- NOSSIS A L'ETRANGERE, interprétation de Renée Vivien (1877-1909)

 

La douceur de l'amour surpasse toutes choses,
Croyez-m'en, moi, Nossis. Le miel a moins de prix.
Celle qui n'a pas eu le baiser de Cypris
Ne sait pas distinguer quelles fleurs sont les roses.

A. P., V, 170, traduction M. Yourcenar (1903-1987)

 

 

" Plus suave que l'amour, rien ! Toutes les félicités
viennent après. De ma bouche j'ai craché même le miel. "
Voilà ce que dit Nossis. Quelqu'une privée du baiser de Cypris,
non, celle-là ne sait pas quelles fleurs sont des roses.

A. P. , V, 170, traduction Y. Battistini

 

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L'amour est chose la plus douce,
L'amour passe tous les bonheurs,
Le miel est moins doux dans ma bouche.
Ainsi dit Nossis en son cœur.
Ah qui n'a pas, ô toi beauté,
Connu le goût de tes baisers,
Ignore le prix de tes fleurs.

A. P., V, 170, traduction R. Brasillach (1909-1945)

 

 

 

Celle qui n'aime pas Vénus sur toutes choses,
Celle-là ne sait pas quelles fleurs sont les roses.

André de Chénier (1762-1794)

 

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Voici une interprétation de l'éloge de l'amour, épigramme de Nossis, par Renée Vivien (1877-1909) :

 

À ÉROS


Rien n'est plus doux qu'Eros, et tout ce qui est heureux vient après.
J'ai craché de ma bouche même le miel. Et voici ce que dit Nossis ;
Celle que Kupris n'a point aimée ne sait pas quelles fleurs sont les roses.

Vierges et femmes, rien n'est plus doux que l'amour.
Les Kharites aux bras blancs, et les jeunes Heures,
Les Piérides au front ardent comme le jour,
Et l'Aurore aux pieds nus, lui sont inférieures.

Je dédaigne le vin, je méprise le miel,
Je ne veux que le goût des baisers à ma bouche ;
Ni les frissons de l'eau ni les remous du ciel
N'égalent l'ondoiement de ta chair sur ma couche.

Celle qui dédaigna le rire de Kupris
Et qui n'a point connu son lit de violettes
A le front gris des Morts. Ainsi parle Nossis
Dont l'Eros enduisit de cire les tablettes.

Celle qui ne craint point à l'égal du Trépas
Les aubes sans caresse et les nuits sans murmure,
O Déesse aux yeux bleus ! celle-là ne sait pas
Quelles fleurs sont les roses de ta chevelure !

Renée Vivien (1877-1909)

 

 

 

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Etranger, si toi, au moins, tu cingles vers Mytilène aux belles danses,
la cité qui brûla Sappho, la fleur des Grâces,
dis-lui que les Muses m'ont aimée, que de la terre de Locres
je suis une enfant. Si maintenant tu sais que mon nom est Nossis, va !

A. P., VII, 718, Epigramme de Nossis, traduction Y. Battistini

 

 

 

Si tu vas, étranger, vers Lesbos où l'on danse,
Pour y cueillir les fleurs de la belle Sapphô,
Dis que Locres a vu le jour de ma naissance,
Et qu'aux Muses mon coeur fut cher. Va donc, et pense
Que Nossis est le nom inscrit sur mon tombeau.

A. P., VII, 718, Epigramme de Nossis, traduction R. Brasillach (1909-1945)

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Interprétation de Renée Vivien d'une épigramme de Nossis :

 

NOSSIS A L'ETRANGERE


Etranger, si tu navigues vers Mytilène aux beaux choeurs
pour y cueillir la fleur des grâces de Sappho, dis-lui qu'une femme de Locres,
chère aux Muses et à elle aussi, enfanta d'autres (chants) pareils et que mon est Nossis. Va.


Etrangère aux yeux noirs qui va vers Mytilène
Où l'on cueille la fleur des grâces de Sappho,
Ecoute ! je te parle et suis à bout d'haleine...
Lorsque tu reviendras, fidèle comme Echo,

Parle-nous de la ville indolemment couchée,
Telle une courtisane aux voiles de byssus,
Qui s'allonge sur la couche molle, jonchée
De roses, de fenouil, d'iris et de crocus.

Vierge, dis à Sappho qu'une femme répète
Les odes où s'attarde un sourire d'Atthis,
Qu'elle a chanté les vers du souverain Poète :
Etrangère, apprends-lui que mon nom est Nossis.

Dis-lui qu'en appelant sa caresse inconnue,
J'ai sangloté d'amour sous mes cheveux épars,
Que je la vois, pareille à l'Aphrodite nue,
Dis-lui que je l'attends et que je l'aime... Pars !

Renée Vivien (1877-1909)

 

 

 

 


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Bibliographie :

Œuvre poétique complète de Renée Vivien, éd. présentée, établie et annotée par Jean-Paul Goujon, Ed. Régine Deforges 1986
- La Couronne et la Lyre, poèmes traduits du grec par Marguerite Yourcenar, Ed. Gallimard, 1979
- Poétesses grecques, Sappô, Corinne, Anytè... présentation, traduction et notes Yves Battistini (offre le plus long commentaire sur Nossis).
- Anthologie de la poésie grecque, Robert Brasillach, Ed. Stock, 1950

Voir traduction de Pierre Louÿs, Mercure de France, août 1898, Le crépuscule des Nymphes éd. Montaigne 1930 p.p. 144-146 (en construction)



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