Philostrate l'Ancien (IIIe siècle ap. J.-C.) honore Sappho de Lesbos quatre fois,

dans ses épitres 51 et 71 ; sa vie d'Apollonios de Tyane et son tableau Choeur de jeunes filles

 

 


La notice de la Souda (la même source qui nous instruit sur Sappho) mentionne trois (ou quatre ?) rhéteurs du nom de Philostrate issus de la même famille au IIe et IIIe siècles après J.-C. Philostrate l'Ancien
écrivit au moins trois oeuvres dans lesquelles Sappho est encore bien vivante.

- les fragments saphiques rapportés dans Les lettres (51 et 71) de Philostrate,

- Damophyle la Pamphylienne, amie de Sappho dans la Vie d’Apollonius de Tyane,

- L'évocation de la poésie lyrique sapphique dans Le Choeur de Jeunes fille des Eikones.


 

I) Les fragments saphiques rapportés par Philostrate in Les Lettres

Renée Vivien et Edith Mora deux femmes spécialistes et traductrices de Sappho font référence aux passages de Philostrate. Dans l'édition des Belles Lettres de Reinach et Puech les citations de Philostrate correspondent au fragment saphique 60 pour l'épitre 51 de Philostrate : "A moi, filles de Zeus, pures Charites aux bras roses" et au fgt 176 pour l'épitre 71 : "Sapho aime la rose et la célèbre toujours de quelque manière ; elle lui compare les belles jeunes".

Dans Sapho, Traduction nouvelle avec le texte grec (Lemerre, 1903, p. 144), Renée Vivien cite parmi "les fragments conservés par les auteurs anciens" :

« Psappha aimait la Rose, et la louait sans cesse, et la comparait à la beauté des vierges. »

PHILOSTRATE

« Ainsi luttent [les vierges] aux bras de rose, aux regards étincelants, aux belles joues, à la voix de miel, (texte grec) : ceci est véritablement la douce salutation de Psappha ».

Idem.

in Sapho, Traduction nouvelle avec le texte grec (Lemerre, 1903, p. 144), Renée Vivien.

 

Dans son "Répertoire des Auteurs anciens ayant cité des vers de Sappho" in Sappho Histoire d’un poète, (Flammarion, 1966), Edith Mora mentionne Philostrate et renvoie au fragment saphique qu'elle numérote 123 dans une cinquième partie intitulée par la traductrice "Lyre !":

IIe/IIIe, Philostrate, Lemnos- Athènes - Rome, rhéteur, Lettres, fragment cité 123

123 Pures Charites (1) aux bras de roses
      Venez à moi filles de Zeus !

(1) : les Charites (prononcé Karites), ou Grâces, étaient suivantes d’Aphrodite.

in Sappho Histoire d’un poète, (Flammarion, 1966), Edith Mora.

Nous approfondirons ultérieurement le contexte épistolaire philostratien de ces fragments traduits par nos Maîtresses Sapphistes Vivien et Mora. Nous pouvons déjà les mettre en parallèle avec le fragment sapphique philostratien, fantaisiste et imaginaire à la Pierre Louÿs, de Daniel Aranjo.


II) Damophyle la Pamphylienne, amie de Sappho dans la Vie d’Apollonios de Tyane

Né vers 165 après J.-C. à Lemnos (selon Auguste Bougot) ou à Lesbos (d’après Pierre Grimal), le rhéteur Philostrate l’Athénien ou l'Ancien s’installa à Rome et fréquenta la cour impériale de Julia Domna, l’épouse syrienne de l’empereur Septime Sévère. Il écrivit à sa demande la vie d’Apollonios de Tyane, philosophe néo-pythagoricien du Ie siècle après J.-C. dont il reste une correspondance et des fragments d’un livre Initiation ou des Sacrifices. Vie d’Apollonios de Tyane est l’un des Romans grecs et latins du volume de la collection La Pléiade (traduction Pierre Grimal, 1958). De fait, cette biographie relate avec de nombreuses anecdotes historiques ou imaginaires les pérégrinations jusqu’en Inde d’Apollonios né d’une riche famille à Tyane en Asie mineure, en Cappadoce. Philosophe chevelu, habillé de lin et non de peaux de bête, polyglotte, médecin de l’âme, devin, prophète par extrême sagesse et non « sorcier », s’abstenant toute sa vie de viande crue ou cuite, d’alcool rouge ou blanc, de sexe masculin ou féminin, de sacrifices humains ou animaux, Apollonios garda le silence pendant cinq années de sa vie. Le biographe Philostrate puise ses sources, précise-t-il, dans les lettres et le testament d’Apollonios, dans la chronique que tint son compagnon de route Damis et dans « le petit livre de Maxime d’Aegae » qui le rencontra dans cette ville. Apollonios fut consacré thaumaturge, c’est-à-dire faiseur de miracles, et fut malgré lui et son biographe, un défenseur du paganisme finissant face à un christianisme naissant. Les lecteurs gourmands de sexualité découvriront, entre autres, dans la Vie d’Appolonios de Tyane la drague qu’il subit de la part d’un « homme brutal et de mauvaises mœurs » (livre I, 12), l’eunuque surpris dans la couche d’une concubine du Roi de Babylone (livre I, 36), les Lacédémoniens « efféminés » (livre IV-27) et les « invertis » d’Ephèse (livre IV, 2) qui sous l’influence du philosophe retrouvent « le droit chemin ». Sans plus attendre, citons le passage sapphiste de Vie d’Apollonios de Tyane (Livre I, 30) :

« I 30. Apollonios entra donc, accompagné d’une foule de gens, qui pensaient que cela serait agréable au Roi, car ils avaient appris que celui-ci se réjouissait de l’arrivée du sage ; et lui, en traversant le palais royal, n’eut aucun regard pour les merveilles qui s’y trouvaient, il le traversa comme s’il marchait sur la route et appelant Damis : « Tu me demandais hier – dit-il – le nom de cette femme pamphylienne dont on dit qu’elle fut l’amie de Sappho et qu’elle composa des hymnes que l’on chante à l’Artémis de Perga (1), dans les modes éoliens et pamphyliens. – Je t’ai demandé son nom, répondit Damis, mais tu ne me l’as pas dit. – Non, je ne te l’ai pas dit mais je t’ai expliqué les modes de ces hymnes et les noms dont on les appelle et comment le mode éolien a été transposé dans le mode le plus aigu, celui qui est propre aux Pamphyliens ; après quoi, nous parlâmes d’autres chose et tu ne m’as plus posé de question au sujet du nom de cette femme ; or, cette femme si savante s’appelle Damophylé et l’on dit que, comme Sappho, elle eut des jeunes filles pour amies et qu’elle composa des poèmes amoureux ainsi que des hymnes. L’hymne à Artémis a été transposé par elle et se chante sur le modèle des poèmes de Sappho. » A quel point il était loin d’être impressionné par le Roi et sa pompe, il le montra en ne jugeant tout cela même pas digne de ses regards, mais en parlant d’autres sujets, apparemment, parce qu’il ne daignait pas voir ce qui l’entourait.

(1) Perga est une ville de Pamphylie.

Vie d’Apollonios de Tyane (Livre I, 30) par Philostrate, traduction Pierre Grimal, collection La Pléiade, volume Romans grecs et latins , 1958, p. 1058-1059.

 

Ce dialogue s’échange lorsque le philosophe tyanien pénètre dans le palais du Roi de Babylone et l’auteur biographe nous montre bien qu’ainsi Apollonios préfère la conversation poétique à l’admiration des « merveilles » du palais. Tout le long du roman historico-philosophique, Philostrate s’attache à montrer combien Apollonios est vertueux et insensible à l’argent et aux richesses matérielles. Cependant dans cet échange, aucune remarque négative sur les mœurs de Sappho n’est rapportée. Seule une connaissance approfondie de la poésie sapphique et une neutralité concernant ses mœurs transparaissent alors qu’en différents passages de la vie d’Apollonios de Tyane l’amour entre hommes est ouvertement désapprouvée par le philosophe. Comment expliquer cette différence de jugement entre l’homosexualité masculine et féminine ? L’absence de perte de semence dans les relations sexuelles entre femmes ? L’absence de réalité ou de représentation du plaisir homosexuel féminin dans les esprits de Philostrate et ou d’Apollonios ? Nous ne pouvons qu’émettre des hypothèses. En dernier recours, nous pouvons même nous interroger sur le sens donné à « amie » par Philostrate-Apollonios. Le biographe et le thaumaturge sont bien trop érudits pour ne pas avoir connaissance de la réputation de la Lesbienne et de la teneur homosexuelle de sa poésie. Nous reviendrons sur le vocabulaire employé après la consultation d’une version en grec ancien car vous remarquerez plus bas que Philippe Brunet traduit par "qui dit-on a frayé avec Sappho" alors que Grimal écrit "on dit qu'elle fut l'amie de Sappho".

Le dialogue rapporté entre Damis et Apollonios est-il uniquement un prétexte de conteur pour rappeler aux lecteurs que les richesses intellectuelles et poétiques du héros sont préférables aux richesses matérielles des rois ou s’appuie-t-il sur un fait réel ? Allez savoir ! Cinq à huit siècles après la mort de la poétesse, font-ils preuve d’érudition ou d’imagination concernant l’existence de Damophylé ? Philostrate précise : « cette femme dont on dit » « l’on dit que » « des hymnes que l’on chante à l’Artémis de Perga ». De l’aveu d’Apollonios-Philostrate, l’amitié entre les femmes du VIe siècle avant Jésus-Christ tient de la rumeur et la tradition orale maintient les chants de Damophylé. Ce texte philostratien est bien le premier (sauf erreur de ma part) citant une Damophylé, poétesse et amie de Sappho. L'existence de Damophylé est peut être bien une rumeur née du cerveau de notre biographe lesbien lui-même.

Philostrate rapporte que Damophylé de Pamphylie, amie de Sappho « composa des hymnes que l’on chante à l’Artémis de Perga », ville de cette région. Faut-il comprendre au sanctuaire d’Artémis de Perga ? Pourquoi donc choisir Artémis et non Aphrodite, Adonis, Dionysos ou tout autre dieu ou déesse ? Artémis, déesse vierge de la Chasse et des Amazones, est souvent décrite avec des attributs dits « masculins ». Selon l’helléniste André Bonnard, « Artémis a horreur du mâle » : le chasseur Actéon qui surprend sa nudité lors d’un bain est transformé par la déesse, proche des montagnards et des animaux, en cerf puis déchiqueté par sa meute de chiens. Lors d’un paris avec Apollon, son frère jumeau ; l’Archère atteint sa cible qui « n’est autre qu’un homme qu’elle aime ». Callisto, nymphe ou compagne du cortège d’Artémis est séduite, euphémisme de violée par Zeus, métamorphosé pour la circonstance selon certaines sources, en Artémis. La déesse de la chasse punit sa compagne quand elle apprend le viol ou la grossesse. Pour se référer à Sandra Bohringer, qui analyse avec minutie les sources du mythe de Callisto, les légendes d’Artémis ne représentent pas « un mythe d’homosexualité féminine : c’est un mythe sur la féminité où le thème de la virginité, de la différence entre le sexe social (le genre) et le sexe biologique ainsi que le thème des relations amoureuses entre femmes se déploient comme autant de facettes signifiantes ». Ainsi le côté « masculin et amazonien» d’Artémis et l’étreinte entre déesse et nymphe permettent de mieux comprendre le choix des hymnes à Artémis.

Pourquoi si Damophylé est issue de l’imagination de nos érudits grecs serait-elle originaire de Pamphylie et non d’une autre région ou de l’île lesbienne ? La notice du Larousse en six volumes de 1932 nous renseigne :

« Géogr. anc. Pays du sud de l’Asie Mineure, sur le golfe méditerranéen de Pamphyle (Aujourd. Golfe d’Adalia). Villes principales : Side, Aspendus, Perga, Phasélis. Son nom de Pamphylie (en gr. Pamphulia, du gr. Pan, tout, et, phûlion, tribu), lui vient de la diversité des peuples qui le colonisèrent. Après la guerre de Troie, la Pamphylie fut occupée par des bandes grecques, conduites par Mopsus. Soumise plus tard aux Perses, puis aux Macédoniens et aux successeurs d’Alexandre, elle fut léguée aux Romains par Attale (130 av. J.-C.). »

Et pourtant ! Peut-être que Pan, le dieu de la puissance sexuelle et de la peur « panique » et « pan » « phûlion » (« toutes les tribus ») renvoient à la diversité des tribus et donc à la diversité des comportements sexuels dont le saphisme.

Les maîtres sapphiques du XXe siècle Weigall, Larnac et Salmon, ou le plus récent Philippe Brunet citent la Vie d’Apollonius de Tyane « pleine de fables absurdes, d’erreurs géographiques et d’anachronismes » (dixit Pierron).

 

« Damophyla, elle aussi, qui vint de Pamphylie sur la côte d’Asie Mineure, et qui était elle-même poétesse, quoiqu’il ne reste pas un vers d’elle, séjourna quelque temps à Mitylène, chez l’hospitalière Sapho, où elle composa des poèmes d’amour et aussi certains hymnes à la déesse Artémis qui étaient des adaptations des poèmes de son hôtesse. »

Sappho de Lesbos sa vie et son époque (Payot, 1932, p.136) par Arthur Weigall traduction de l'anglais par Théo Varlet.

 

Plus sourcilleux de fournir leurs sources, Jean Larnac et Robert Salmon (in Sappho, éd. Reider, 1934, p. 52) rappellent que Philostrate cite Damophyla de Pamphylie parmi les élèves ou disciples de la dixième Muse.

Enfin, dans Sappho, poèmes et fragments (L’Age d’Homme, 1991, p. 145) Philippe Brunet, s’applique à traduire le passage de La Vie d’Apollonios de Tyane 1, 30.

« Tu m’as demandé avant-hier, dit Apollonios, quel était le nom de la Pamphylienne, qui dit-on a frayé avec Sappho et a composé des hymnes dans les modes éolien et pamphylien, qu’on chante pour Artémis Pergée (…) Eh bien cette talentueuse femme s’appelle Damophyle, et on dit que comme Sappho, elle avait un cercle de jeunes filles et composait des poèmes d’amour ou des hymnes. Ses hymnes à Artémis parodient la manière de la poétesse et imitent les hymnes sapphiques. »

La Vie d’Apollonios de Tyane 1, 30 in Sappho, poèmes et fragments (L’Age d’Homme, 1991, p. 145) Philippe Brunet

A ma connaissance, cette Damophyle, poétesse n’est pas recensée dans les histoires de littératures grecques antiques (Pierron, Croiset, Canfora) ni parmi les Khitarèdes de Vivien ni dans les sources dites biographiques de Sappho (Marbre de Paros, Dictionnaire de Soudas et Manuscrits papyrologiques). Cependant les "biographes" de Sappho (toujours fantaisistes puisque nous ne savons rien sur les parcours individuels de l'époque archaïque) mentionnent Damophile avec un i et non un y. Mme Renneville en parle en qualité d'élève et de "perfide" rivale phaonesque ; Moutonnet Clairfonds relève la contemporaine de Sappho, "la sage Pamphile, Auteur de quelques Poèmes" sans préciser leur source, (Philostrate). En revanche, les philologues français de l'édition française de référence aujourd'hui dépassée Reinach et Puech (Alcée-Sapho Les Belles Lettres, 1937) ne citent pas Damophile ou Damophyle parmi les disciples, contemporaines ou amies de Sapho. Pourquoi ?... Les "on dit" d'Apollonios philostratiens n'ont pas le sérieux philologique des sources dites biographiques bien que le dictionnaire de Suidas (Xe siècle) soit postérieur à l'époque de Philostrate (IIIe siècle après J.-C.).

Les romanciers de Mme de Scudéry à Sade prêtent ce prénom à quelque personnage, amie saphique. L'érudit Pierre Louÿs fait naître son héroïne imaginaire Bilitis « dans un village de montagnes situé sur les bords du Mélas, vers l’orient de la Pamphylie ». Dans une « seconde épitaphe » des Chansons de Bilitis, il précise : « Sur les rives sombres du Mélas, à Tamassos de Pamphylie, moi, fille de Damophylos, Bilitis, je suis née. » Le choix de ce prénom paternel Damophylos fut-il une réminiscence de la lecture sapphiste « philostratesque » ? De même, dans quelle mesure, les rencontres livresques fortuites ou les images inconscientes sont-elles de bienheureuses entremetteuses entre Daniel Aranjo, la dixième Muse et l’écrivain du IIe ou IIIe siècle apr. J-C. ?


III) Evocation de la poésie lyrique sapphique dans Le Choeur de Jeunes fille des Eikones.

Philostrate l’Ancien a écrit aussi les Eikones, les « images » en grec, recueil qui relève d’un genre littéraire ancien, l’ « ekphrasis » et qui consiste à décrire un objet ; tel le bouclier d’Achille par Homère. Philostrate décrit ici soixante-cinq tableaux, natures mortes ou scènes historiques ou mythologiques, que les artistes de la Renaissance ont cru réels tant le discours de Philostrate adressé à un enfant curieux d’une dizaine d’années ou aux personnages des tableaux eux-même se veut vivant. La galerie de tableaux du rhéteur Philostrate où la poésie est au service de la peinture est donc destinée à une lecture publique. Elle se veut explicative et pédagogique :

« Elles disent qu’Aphrodite est sortie de la mer fécondée par une pluie céleste… Leur attitude le montre assez : fixer les yeux vers le ciel, c’est indiquer qu’elle est sortie des flots » écrit Philostrate au sujet du tableau Chœur de jeunes filles ci-dessous entoilé.

Ce recueil s’entend aussi comme une éducation des sens. Elle ne se veut ni une critique des artistes (aucun nom de peintre n’est cité), ni une critique de la peinture, « invention des dieux », la Nature même (car peu de mentions de couleurs, aucune mentions de matière), mais cette galerie se veut « une éloge » de la peinture.

« Assez d’encens, de romarin, de myrrhe lui est offert d’ailleurs il s’exhale ici, je crois, un peu d’enthousiasme qui inspirait Sappho. Il nous faut donc louer l’habileté du peintre. D’abord, ornant la déesse des pierres précieuses qui lui sont chères, il n’a pas tant cherché à les imiter par la couleur que par un jeu de lumière » commente-t-il au sujet du même tableau Choeur de jeunes filles.

Ces descriptions de tableaux sont-elles issues d’œuvres picturales réelles et perdues ou fictives et tirées de la seule imagination du "sophiste sectaire", devanciers des critiques d'art ? Tous les spécialistes de Philostrate se posent la question comme les exégèses saphiques tournent autour de la sexualité de Sappho et offrent des réponses contradictoires.

La première traduction française des Eikones (Images) de Philostrate, par Blaise de Vigenère archéologue et critique d'art (1578), fut enrichie en 1614 d’une édition illustrée à partir de dessins de style maniériste de l’Ecole de Fontainebleau d’Antoine Caron.


Le titre du tableau Chœur de jeunes filles est à rapprocher des choeurs des jeunes filles du poète spartiate Alcman. D'une part, sur l'autel de la déesse Aphrodite, encens, romarin et myrrhe offrent des parfums dignes de "l'exhaltation" de Sappho. Nous listerons plus tard les fragments sapphiques parfumés à ces plantes. D'autre part, les jeunes filles du tableau ont "une voix emmiellée", l'expression est empruntée à Sappho précise à nouveau Philostrate. Ainsi l'expression "méliphonos" est répertoriée dans les fragments sapphiques. C'est le fragment 195 (éd. Les Belles Lettres, Reinach et Puech) : « (Les jeunes filles) à la voix de miel », et c'est le fragment 185 (éd. Rivage Jackie Pigeaud ou Lobel et Page) "voix de miel" ; (Mélita signifie abeille en grec et phonos voix).

 


Livre II I Chœur de jeunes filles par Philostrate l'Ancien in La Galerie de tableaux

Au milieu d’un frais bosquet de myrtes, de fraîches jeunes filles chantent Aphrodite éléphantine. Le chœur est dirigé par une femme d’expérience, mais belle encore ; car les premières rides ont je ne sais quelle grâce qui fond ensemble la gravité naissante de la vieillesse et le dernier éclat de l’âge en sa fleur. Aphrodite est pudique, nue, dans une attitude décente : c’est une statue d’ivoire, formée de petits blocs rapprochés. Mais la déesse ne veut pas que l’on croie à une peinture ; elle se détache en relief et semble offrir prise à la main. Veux-tu que sur son autel nous fassions une libation en paroles ? Assez d’encens, de romarin, de myrrhe lui est offert d’ailleurs il s’exhale ici, je crois, un peu de cet enthousiasme qui inspirait Sappho. Il nous faut donc louer l’habileté du peintre. D’abord, ornant la déesse des pierres précieuses qui lui sont chères, il n’a pas tant cherché à les imiter par la couleur que par un jeu de lumière : un point brillant, semblable à celui de la prunelle, les rend comme transparentes. C’est aussi un effet du talent, si nous entendons l’hymne. Car elles chantent, ces jeunes filles, elles chantent ; et l’une d’elles perdant la mesure, la maîtresse de chœur la regarde, en battant des mains pour lui faire retrouver le véritable mouvement. Leur costume qui est des plus simples et ne les gênerait pas si elles voulaient jouer ; leur ceinture qui serre étroitement le corps, la tunique qui ne couvre pas les bras, la façon joyeuse dont pieds nus elles foulent l’herbe tendre, tout humide encore d’une rosée rafraîchissante ; leurs vêtements fleuris comme une prairie, remarquables par l’harmonie des couleurs, tout cela a été divinement rendu. Ce sont là des accessoires, mais la peinture qui les dédaigne manque de vérité. Quant à la beauté des jeunes filles, si nous chargions Pâris ou tout autre arbitre de juger entre elles, il serait embarrassé, je crois, pour rendre sa sentence ; tantôt elles rivalisent entre elles, ayant toutes de belles joues, une voix emmiellée, pour me servir d’une aimable expression de Sappho. Près d’elles, Eros penchant son arc en pince la corde, la fait chanter dans tous les modes, et prétend qu’à elle seule elle est aussi complète que la lyre véritable ; il semble mouvoir ses yeux avec rapidité, comme s’il poursuivait, en pensée, quelque rythme. Que chantent donc les jeunes filles ? car la peinture a représenté aussi quelque chose du chant. Elles disent qu’Aphrodite est sortie de la mer fécondée par une pluie céleste ; en quelle île elle est abordée, elles ne le disent pas encore, mais elles nommeront Paphos. Oui, c’est bien la naissance de la déesse qu’elles célèbrent ; leur attitude le montrent assez ; fixer les yeux sur le ciel, c’est indiquer qu’elle en est descendue ; relever doucement les mains, en tenant la paume tournée en haut, c’est montrer qu’elle est sortie des flots : sourire, comme elles le font, c’est rappeler le calme de la mer.

Philostrate l'Ancien (IIIe siècle ap. J.-C. Traduit par Auguste Bougot (1881) révisé et annoté par François Lissarrague (2004, Les Belles Lettres)

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bibliographie :

- Philostrate. Les images ou tableaux de platte peinture, traduction par Blaise de Vigenère, Paris, 1578. A partir de 1614, cette édition est accompagnée de gravures.

- Vie d'Apollonios de Tyane par Philostrate suivie des Lettres d'Apollonios traduites par A. Chassang, 1862.

- Philostrate l'Ancien, Une galerie antique de soixante-quatre tableaux. Introduction, traduction et commentaire d'Auguste Bougot, Paris, 1881.

- Philostrate. La galerie de tableaux Traduit par Auguste Bougot Révisé et annoté par François Lissarrague Préface de Pierre Hadot, 2e tirage, collection La roue à Livres, Paris les Belles Lettres, 2004.

- Romans grecs et latins textes présentés, traduits et annotés par Pierre Grimal, Gallimard, 134e volume de la "Bibliothèque de La Pléiade" contient Vie d'Apollonios de Tyane par Philostrate, 1958

- Les loges de Philostrate par Jackie Pigeaud, Ed. Le Passeur, Nantes, 2003.

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