|
|
Né
à Chéronée en Boétie, citoyen athénien,
Plutarque qui vécut sous les empires romains de Trajan et
d'Hadrien est un philosophe et biographe moraliste. Ses différents
traités " De la curiosité ", "
De la tranquillité de l'homme "... sont regroupés
sous le titre "Moralia" et ses " Vies parallèles
des hommes illustres " s'attachent à décrire
davantage le portait moral que les événements marquants
des vies publiques d'Alcibiade, Alexandre, Pyrrhus, Marc-Antoine,
Jules César ou Brutus. Traduit en français par Amyot
en 1572, Plutarque, inspirateur de Montaigne (1533-1572) cite Sappho
dans sa biographie du général et roi macédonien
Démétrios, surnommé le Poliorcète, c'est-à-dire
le Preneur de Ville ou l'assiégeur. Ainsi pour décrire
l'amour d'Antiochos, fils du roi Ptolémée pour Stratonice,
épouse de Sélécos et fille de Démétrios,
Plutarque fait référence à l'ode
à l'Aimée de Sappho - " Celui-là me paraît
être l'égal des Dieux " - commentée
par le Pseudo-Longin et depuis lors, cent et mille fois traduite.
-
Plutarque note que
le sentiment amoureux provoque les symptômes décrits
par Sappho :
-
Après
un si brillant succès, il (Démétrios) apprend
que Ptolémée a libéré ses enfants
et sa mère en les comblant de présents et d'honneurs.
Il apprend aussi que sa fille, mariée à Séleucos,
vient d'épouser Antiochos, fils de ce roi, et qu'elle
a été proclamée reine des barbares du haut
pays . Voici, à ce qu'il paraît, ce qui s'était
passé. Antiochos s'était épris de Stratonice,
qui était jeune, mais qui avait déjà un
enfant de Séleucos. Il était très malheureux
et faisait de grands efforts pour dominer sa passion. Finalement,
se condamnant lui-même pour ce désir criminel et
voyant que son mal était incurable et sa raison vaincue,
il cherchait un moyen pour en finir avec la vie et s'éteindre
tranquillement, en négligeant le soin de son corps et
s'abstenant de nourriture sous le prétexte d'une maladie
quelconque. Érasistrate, son médecin, s'aperçut
aisément qu'il était amoureux, mais, comme il
était difficile de savoir de qui, il passait tout son
temps dans la chambre du malade afin de découvrir son
secret ; s'il voyait entrer quelque garçon ou quelque
femme à la fleur de l'âge, il observait le visage
d'Antiochos et examinait les réactions des parties du
corps qui sont le plus affectées par les émotions
de l'âme. Or, il n'apercevait aucun changement quand d'autres
personnes se présentaient, mais lorsque Stratonice, fréquemment,
lui rendait visite, soit seule, soit avec Séleucos, il
voyait sur le jeune homme tous les symptômes décrits
par Sapho : perte de la voix,
rougeurs enflammées, obscurcissement de la vue, sueurs
soudaines, désordre et trouble du pouls, et à
la fin, quand l'âme est entièrement abattue, détresse,
stupeur et pâleur. En outre Érasistrate pensa avec
vraisemblance que l'amour d'une autre femme n'aurait pas amené
le fils du roi à persévérer, dans son silence
jusqu'à la mort. Mais il jugeait difficile de parler
et de révéler ce secret cependant, confiant dans
l'affection de Séleucos pour son fils, il finit par se
risquer et dit que la maladie du jeune homme était l'amour,
mais un amour impossible et sans remède. " Comment,
sans remède ? " s'écria Séleucos stupéfait.
Oui, par Zeus, répondit Érasistrate, parce que
c'est de ma femme qu'il est épris. "
-
"
Eh bien, Érasistrate, reprit Séleucos, toi qui
es son ami, ne céderais-tu pas ta femme à mon
fils, et cela quand tu vois que c'est notre seule planche de
salut ? " " Mais toi-même, qui es son père,
tu ne l'aurais pas fait si Antiochos avait désiré
Stratonice. " " Ah ! mon ami, s'écria Séleucos,
plaise au ciel qu'un dieu ou un homme puisse bien vite changer
sa passion et la tourner de ce côté, car il serait
beau pour moi de renoncer même à la royauté
par amour pour Antiochos. " Séleucos prononça
ces mots avec tant d'émotion et en versant des larmes
si abondantes qu'Érasistrate lui prit la main en disant
: " Tu n'en pas besoin d'Érasistrate étant
père, mari et roi, tu es, du même coup, le meilleur
médecin pour ta maison. " Là-dessus, Séleucos,
réunissant une assemblée générale,
déclara son intention et sa volonté de proclamer
Antiochos roi et Stratonice reine de tous les hauts pays, en
les mariant ensemble. " Je pense, ajouta-t-il, que mon
fils, accoutumé à m'écouter et à
m'obéir en tout, ne fera aucune objection à ce
mariage, et, si ma femme répugne à cette union
contraire à l'usage, je prie mes amis de lui faire comprendre
et de la persuader qu'elle doit trouver beau, juste et utile
ce que le roi estime tel. " Voilà, dit-on, quel
fut le motif du mariage d'Antiochos et de Stratonice.
in Démétrios,
traduction du grec ancien de Robert Flecelière et d'Emile
Chambry, Editions les Belles Lettres, p. 60, paragraphe 68.
|
-
A noter que
je préfère cette traduction à celle de l'édition
de La Pléiade.
-
-
-
-
-
-
-
-
-
|





|