Biographie de Sappho

- et non Sapho - ou

Essai tout hypothétique sur la vie supposée de Sappho de Lesbos

selon les sources littéraires et son œuvre poétique toute en lambeaux

 

 
Les sources biographiques du dictionnaire de Suidas attribuent au père de Sappho différents noms dont le plus cité est Scamandronymos. Sa mère, Cléïs lui donna trois frères.
" Le plus jeune, Larichos fut son préféré ".
En sa qualité de fils de bonne famille, il servait d'échanson aux fêtes mytiléniennes.

" L'aîné, Charaxos s'en alla en Égypte pour une certaine Dôricha...
il dépensa la plus grande partie de sa fortune ".

S
appho épousa Kerkôlas, riche marchand de l'île d'Andros et
" eut une fille, qu'elle nomma Cléïs du nom de sa propre mère ".
L'œuvre de Sappho parvenue jusqu'à nous tait toute référence à son père. Dans sa XVe Héroïde, épître de Sappho à Phaon, le poète latin Ovide, contemporain de Jésus-Christ, fait dire à Sappho :
"Six fois mon jour natal avait lui, quand les ossements de mon père,
prématurément recueillis, burent mes larmes. "


 
LES FRAGMENTS SAPPHIQUES SUR CLEÏS, MERE ET FILLE DE SAPPHO

 

En revanche, les vers de Sappho témoignent de l'existence de sa mère et de sa fille, toutes deux prénommées Cléïs ou Kléïs. Le fragment ci-dessous (non répertorié dans l'édition du papyrologue Théodore Reinach) évoque ses proches parentes et de manière très allusive son exil puisque la poétesse regrette de ne pouvoir obtenir pour son enfant de riches étoffes :

 

Traduction par Philippe Brunet
Livre V fragment LXVI

« car ma mère me racontait

que du temps de ses jeunes jours,
portait-on un ruban pourpré
enlacé dans les tresses de ses cheveux, (...)

c’était un ornement de choix !
Mais la fille aux cheveux plus clairs
que le feu d’une torche devait alors

couronner seulement son front
de fleurettes épanouies.
Récemment un bandeau de couleurs, (Cléïs),

vint de Sardes (jusqu’aux) cités
(ioniennes)………………………
…………………………………

Je ne puis obtenir pour toi
ce bandeau de couleurs, hélas,
ma Cléïs : mais à l’homme mytilénien...

……………………………………………...
…………… avoir…………………………
si……………….de couleurs…………..

ces rappels de l’exil des Cléa-
anactides………….la cité
……………...affreusement usés

Traduction par Edith Mora
« Jours » Fragment 55

…… ma mère me disait, Cléïs,

que dans sa jeunesse grande parure,
si quelqu’une entourait……
ses boucles d’un bandeau de pourpre,

c’était certainement pour elle
Mais c’elle dont la chevelure est dorée
plus qu’une torche doit préférer

la parer avec des couronnes
de fleurs épanouies……
Or, récemment, Cléïs, un diadème……

de toutes les couleurs et venant de Sardes
comme aux villes de Maonie
(en portent les femmes, tu m’as demandé)°

Et moi, Cléïs, je n’ai pas pour toi de diadème
de toutes les couleurs : d’où il en viendra
je ne sais. Mais au (marché ?)° de Mytilène

(nous en trouverions car……)°
la ville à toutes sortes de……
…… de toutes couleurs……

tous ces objets qui nous rappellent
l’exil des fils de Cléanax, la ville en a
en abondance ; les nôtres hélas ! se sont usés

 

Dans le fragment (141) Sappho évoque son amour maternel pour sa fille Kléïs chérie :

Sappho traduit par Théodore Reinach fragment 141 au classement incertain
 

J'ai à moi une jolie petite fille, faite comme une fleurette d'or, ma Kléïs chérie ; (je ne l'échangerais) ni contre toute la Lydie ni contre l'aimable (Lesbos ?)

Sappho traduit par Edith Mora
fragment 54

Est à moi une belle enfant
son corps ressemble à la fleur d'or
Cléïs ma chérie

Je ne la donnerai, moi,
ni pour toute la Lydie
+ ni pour l'adorable Lesbos.

 


FRAGMENTS SAPPHIQUES SUR L'EVOCATION DE L'AMOUR MATERNEL

Deux autres fragments évoquent la mère. Dans l'un, Sappho apostrophe une mère. Est-ce celle de la poétesse elle-même ou du sujet du fragment (non retrouvé à ce jour -?- dans la traduction d'Edith Mora) ? Nous pouvons supposer néanmoins qu'il ne s'agit pas de la poétesse elle-même car le sujet utilise la navette. Sapho évoque vraisemblablement une jeune ouvrière fileuse.

Sappho traduit par Théodore Reinach Livre VII fragment 104
 

Mère chérie, je n'ai plus la force de faire courir ma navette, tant je me meurs d'amour pour un beau garçon, par la faute de la tendre Aphrodite.

Sappho traduit par Yves Battistini
[102]
L'enfant qui devient femme

Douce mère, ah ! je ne puis plus tisser ma trame. Le désir d'un garçon m'a domptée, par le vouloir de la svelte Aphrodite.

 

L'autre fragment à évocation maternelle est trop bref pour en connaître le contexte :

Sappho traduit par Théodore Reinach fragment 130 de classement incertain

Comme un enfant, j'ai volé vers (?) ma mère.

Sappho traduit par Edith Mora
37_38

..... (vers)° toi, mon souci,
comme un enfant vers sa mère, j'ai volé

 


LES FRAGMENTS SAPPHIQUES SUR SON FRÈRE CHARAXOS ET SA "BELLE-SŒUR" DORICHA

 

Les fragments de Sappho suivants découverts à Oxyrhynchus attestent également l'existence de son frère Charaxos dont le comportement la courrouce. En effet, marchand de vin en Égypte, il s'amourache d'une certaine Dôricha, réputée courtisane. De ce fait, il déshonore sa famille et dilapide sa fortune. Il est à noter que les fragments retrouvés attestent de l'existence du frère mais ne le nomme pas. En revanche, dans les fragments le prénom de Doricha est mentionné.

 

Traduction par Théodore Reinach
Livre I fragment 25

 

O Kypris et vous, Néréïdes, faites que mon frère revienne ici sain et sauf, et que tout ce que mon cœur désire puisse s'accomplir;
Que tous les torts qu'il commit naguère, il puisse les racheter, afin qu'il en résulte joie pour ses amis, honte pour ses ennemis — mais, des ennemis, puissions-nous n'en plus jamais connaître !
Puisse-t-il s'efforcer de faire rendre à sa sœur tout l'honneur qui lui est dû et (oublier ?) les sombres ennuis dont naguère il souffrait lui-même (?) et déchirait mon cœur (?)
 
En entendant les sarcasmes qui s'enfonçaient dans ma chair sous les reproches de nos concitoyens et qui (à peine apaisés ?) reprenaient de plus belle :
Mais écoute-moi, ô déesse, si jamais (ma chanson a charmé ton cœur ?) ; et toi, enveloppant de la sombre (nuit) tout ce passé, (détourne de nous) la méchanceté (?).

 

Traduction par Edith Mora
« Dieux » Fragment 108

 

O Cypris ! O filles de la Mer ! sain et sauf
accordez-moi que revienne mon frère
et que tout ce qu’il veut en son cœur
           s’accomplisse.

Que ses fautes passées, toutes il les rachète
pour que ses amis soient en joie ses ennemis
en peine, si bien que nous n’y soyons, nous,
           plus jamais !

 
Sa soeur, qu’il veuille lui faire partager
ses honneurs et de ses chagrins cruels
qu’il la délivre ! Il avait avant son départ
           brisé mon cœur,

 
blessé par mes reproches, et jusque dans ma chair
j’en fus meurtris, mais que la joie de la cité
fasse tout oublier lors de son retour
           si prochain

Filles de la Mer écouter ma prière
.............et toi Cypris très vénérée
fais tomber son ancienne colère, et du mal
           préserve-moi.


 

Traduction par Théodore Reinach
Livre I fragment 26

O Kypris, puisse-t-il te trouver pleine d'amertume et puisse Doricha n'avoir pas l'occasion de se vanter en disant pour la seconde fois il est parti pour un amour délicieux.

Traduction par Edith Mora
« Dieux » Fragment 108

« O Cypris, puisse-t-il toi aussi te trouver bien cruelle
et puisse-t-elle ne pas aller dire en se vantant, Dôricha,
que pour la seconde fois c’est vers l’amour qu’il est parti
                      un amour qui fait envie !

 


HORMIS LES DÉESSES ET LES PARENTES CLEÏS ET DORICHA,

QUELLES FEMMES SONT NOMMÉMENT CITÉES DANS LES FRAGMENTS SAPPHIQUES ?

Alors que le Coran nomme une seule femme ("Marie"), les fragments de Sappho citent nommément une dizaine de femmes en sus de Doricha, la "belle soeur" , Cléïs (mère et fille) et les déesses ou les personnages illustres de l'histoire ou de la mythologie grecque. Quels sont les liens entre la poétesse et les dames nommées ? Liens affectifs, lien d'amour ou d'amitié, lien de colère ou de haine, lien de disciple à élève ? Le plus souvent les fragments gardent leur secret. Néanmoins dans certains poèmes les sentiments de Sappho pour ses muses sont explicites, l'amour charnel, la haine ou la moquerie sont bien repérables.

Ici le nom de la femme accompagnée de son rapport sapphique explicite ou pressentie est suivi entre parenthèse du fragment concerné traduit par Théodore Reinach. Nous étudierons plus tard quelle place chacune d'elles occupent dans le corpus sapphique.

- Agallis : dans l'Ode II Sappho décrit les symptômes de l'amour et termine le poème en apostrophant Agallis (2),

- Anactoria, Sappho en est clairement amoureuse, la poétesse écrit à son propros : "pour moi la plus belle chose du monde c'est pour chacun celle dont il est épris" (27),

- Congyla à qui Sappho supplie de revenir (36) et pour laquelle elle semble déclarer son désir de mourir (95) : " Je ne sais quel désir me possède de mourir et de voir les rivages fleuris de lotus, humides de rosée, de l'Achéron"

- à Athis, Sappho déclare son amour : "Voici bien longtemps, déjà, que je t'aimai, ô Athis" (41), Il est à noter que dans le fragment 96 est écrit avec 2 t dans l'édition des Belles Lettres par Reinach.

- à Gyrinna, Sappho souhaite la bienvenue (47), Battistini note: "C'est gentil un terme d'affection, un hypocoriste comme dit le dictionnire. En fait de dictionnaire, il y a celui de Chantraigne pour l'étymologieque : guros, "rond, recourbé" d'où gyrinos, le nom du têtard, Gyrinnô,, nom de femme, "ma petite crapaude", chérie, amante de Sapphô" (p. 85 in Sapphô la dixième des Muses Hachette)

- à La Rustaude qui ensorcelle une jeune femme (65), Sappho déclare sa jalousie.

- "J'ai instruit l'élève Héro de Gyaros, la rapide coureuse" (66). Gyaros est une île des Cyclades. Quel est le thème de l'instruction ? la gymnastique du corps sur les stades ? Le fragment est muet. Le "je" est-il Sappho elle-même ? Héro est-elle l'élève de Sappho ? Ce fragment issu d'une citation grammaticale conserve ses secrets.

- la beauté de Mnasidika est comparée à la frêle Gyrinno (72) ,

- Mika : le fragment est intraduisible mais Sappho s'adresse à Mika (80) "...Tu as choisi l'amour d'une Penthilide... tu t'es mal conduite envers moi..." traduit Edith Mora (fr. 44), Ce désappointement envers Mika est-il d'ordre sentimental ou politique ? s'interroge le traducteur Aimé Puech, collaborateur de Reinach. La famille des Penthilide lié par mariage au tyran Pittakos appartient à un clan ennemi de Sappho (Mora, p. 44 et p. 377). Nous pouvons donc supposer un sentiment de trahison "politico-affective".

- Dika reçoit des conseils de beauté pour plaire aux Déesses (85),

- Mnasis ferait des dons précieux (90),

- Arignota nostalgique d'Atthis (96) "... de Sardes, souvent la pensée de l'exilée se reporte ici, quand nous vivions ensemble, certes Arignota t'adorait à l'égal d'une desse" Ce poème, l'un des plus longs, est le seul (me semble-t-il) qui fasse référence à une vie commune entre femme et sans doute encore à l'exil de Sappho. (96) et [214 pour la traduction de Battistini], Réitérons la remarque dans le fragment précédent 41 Athis est "privée" d'un t (??)

- "Atthis encore qui dégoutée de moi s'envole vers Andromède" (97-8),

- "Latone et Niobé étaient des compagnes qui s'aimaient tendrement "(128),

- Gello : ce fragment est un lambeau : "Plus amie des enfants que Gello" (168).

Finalement, Agalys (1), Athis (41), Congyla (36), Anactoria (27) furent ardemment aimées de Sappho et Atthis vécut avec la poétesse et Héro de Gyaros fut peut-être son élève (66). Que comprend en terme grec archaïque ce "quand nous vivions ensemble" du fragment (96) ? "colocation, coparentalité, communauté religieuse ou compagnonage asexué, platonique ou amical ? " Allez savoir deux mille huit cents ans plus tard ???? Ne cherchez pas et lisez l'oeuvre en lambeaux de Sappho et les mille versions que nous proposent ses traducteurs philologues papyrologues érudits.


LE CAS DE CYDNO OU DE CYDRO

 

Les philologues Théodore Reinach et Aimé Puech auteurs d' Alcée-Sapho (Les Belles lettres, 1989, p. 172) rappellent l'existence de Cydnô, par la voix :

"d'Ovide (Héroïde XV, 17, 19) faisant interpeller par Sapho Anactoria, Cydnô, Athis "et cent autres que j'ai aimées - non sans donner prise au soupçon".

Cette "Cydnô" citée par Reinach et Puech par la voix du poète latin contemporain de J.-C.est transformée en "Cydro" dans les Héroïdes ovidiennes publiées par Bornecque, Prévost et Porte aux Belles Lettres (1999, p. 91-92) :

"Ni les filles de Pyrrha, ni celles de Méthymne, ni la foule des autres Lesbiennes ne me plaisent. Sans charme pour moi est Anactorié, sans charme la blanche Cydro ; Atthis n'est plus, comme naguère, plaisante à mes yeux, ni cent autres, que je n'ai pas aimées sans crime."

De même Edith Mora dans Sappho, histoire d'un poète, (Flammarion, 1966, p. 326) ou Frédérique Vervliet dans Sappho, Le Désir, Oeuvres complètes suivies de la VIe Héroïde d'Ovide (Arléa, 1995, p.) ou Philippe Brunet dans Sappho Poèmes et fragments (L'Age d'Homme, 1991, p. 142) rapportent la "Cydro" ovidienne du latiniste Bornecque. Par contre, le poète helléniste guillotiné pendant la Terreur André Chénier conclut l'un de ses poèmes sapphiques par :

“Il faut l’appeler Cydno, candida Cydno. C’était une maîtresse de Sappho.”

et ses admirateurs et imitateurs Gilbert Lely avec son poème "Sappho à Cydno" et le néo-helléniste inconnu Ibykos de Rhode, auteur de l'ouvrage inspiré des Chansons de Bilitis : "Les tendres Epigrammes de Cydno la Lesbienne traduites du néo-grec, avec une vie de la poétesse" reprennent le prénom "Cydno" et non Cydro ! Coquille perpétuée ou leçons interprétatives différentes des multiples manuscrits grecs et latins ?

Peu importe quoique le n soit plus doux que le r, Cydno ou Cydro qui sont issues du poème d'Ovide et non de l'œuvre de Sappho ont pour étymologie le "Cid" (amoureux de Chimène) mot "qui vient de Seid, nom qui veut dire seigneur" (De Feller, Biographie Universelle, 1838, t. 2, p. 261), titre masculin de haut dignitaire à rapprocher de l'interpellation d'André Chénier : "Ô ma jeune souveraine" et de traductions de différents fragments sapphiques.

Rappelons qu'Ovide est contemporain de J.-C. autant dire qu'il vécut plusieurs siècles après Sappho et que son épître de Sappho à Phaon est œuvre poétique et non travail d'historien. Cydno ou Cydro n'est pas à ma connaissance un nom cité dans les traductions françaises de Sappho.

 

 

travail inachevé

seront présentés plus tard l'environnement sapphique :

les personnages de la mythologie et de l'histoire grecque dans les fragments saphiques

les noms des lieux et des habitants

la flore, la faune et les éléments de la terre et de l'univers

les activités sociales représentéees

 

 

 

 


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Édition sur le net :

- des traducteurs et commentateurs francophones de Sappho de Lesbos
- de textes littéraires ou scientifiques qualifiés de lesbiens par abus de langage
- d'une iconographie et d'une pinacothèque dénommées pompeusement "musée lesbien".


Par passion livresque, sapphique, lesbienne, littéraire et pour tuer le temps.