VOS QUESTIONS AU SUJET DE WWW.SAPHISME.COM  

 
1°) De Cristis : que signifie cyprine ?
 
 
2°) Quelle graphie pour Sappho ? Sapho ? Sappho ? Psappha ?

3°) Reçu le : 11/05/04 02:08

bonjour, ou bonsoir,

je souhaiterai avoir la définition de mot "irrumation", peut- etre pouvez vous m'aider, de plus je souhaiterai connaitre la différence qu'il y a avec la fellation...

Je souhaite vivement une réponse de votre part, même négative.
Avec des amis on se demande simplement ce que sait...


MES REPONSES

 
1°) Que signifie cyprine ? (réponse dédiée à Cristis) :
 
 
Après le cyprès, genre de conifère associé à l'idée de la mort car on plantait des cyprès auprès des tombeaux ;
après l'adjectif cypriaque ou cyprique ou cyprien qui appartient à Cypre ou à Chypre, île de naissance d'Aphrodite, la déesse de Cypre. (Aphrodite aurait jailli de l'écume (Aphros) de la mer s'abattant sur les rivages de l'une des trois îles : Cypre, Paphos ou Cythérée. Les romains l'assimile à Vénus et les asiatiques à la déesse Astarté chantée par Pierre Louÿs. Aphrodite est la déesse de l'Amour, de la Beauté et de la Fertilité. Peithô est la Persuasion, servante d'Aphrodite ; Sappho l'interpelle pour que l'amie qu'elle aime soit sensible à son amour.
Après la cyprière, "forêt de six cyprès" ;
Après cyprin, nom scientifique de la carpe, poisson d'eau douce de la famille des cyprinidés ;
Et avant cypriote, habitant de l'île de Chypre ;
Vous rencontrerez dans quelques rares, mais non moins excellents dictionnaires, la cyprine, sécrétion vaginale dûe à l'acte d'amour. L'étymologie est liée à Aphrodite, la déesse cyprienne.
 
Tout un chacun connaît le sperme, sécrétion sexuelle masculine, mais qui peut nommer les sécrétions vaginales générées par l'acte d'amour ? Ne pas être nommé, ne pas porter de nom est signe d'inexistence !!! Dans un même ordre d'idée, combien de femmes connaissent l'éjaculation féminine ?

Le terme cyprine ne vient pas avec l'épanouissement de la sexologie mais avec le mouvement féministe et les écrivaines de la seconde partie du XXe siècle, poètes et romancières, raison pour laquelle cyprine ne trouve pas sa place ni dans le Littré ni, par exemple, dans le petit glossaire raisonné de l'érotisme saphique 1880 -1930 de Claudine Brécourt-Villars.

 
"Tu es m / a gloire de cyprine m / a fauve m / on lilas m / a pourpre, tu m / e chasses le long de m / es tunnels, tu t'engouffres faite de vent, tu souffles dans m / es oreilles, tu mugis, une roseur te vient sur tes joues, tu m / / es tu m / / es (à l'aide m / a Sappho) tu m / / es, j / e meurs enveloppée ceinte tenue imprégnées de tes mains infiltrée suaves flux infiltrée de m / es nymphes jusqu'à ma gorge par les rayons de tes doigts,"
Monique Wittig, Le corps lesbien, Les éditions de minuit, 1973.
 
Cyprine est citée dans les dictionnaires de ces dix dernières années. Par exemple, Le Petit Robert de l'édition de 1985 l'ignorait encore. Néanmoins il est cité dans :
 
- Dictionnaire érotique Précédé d'une introduction sur les structures étymologiques du vocabulaire érotique de Pierre Guiraud, 1978, Editions Payot & Rivages, 1978.
 
- L'érotisme en chair et en mots, petit dictionnaire vertueux, Editions Balzac, 1993.
 
La cyprine pénétra "mon adorable Petit Robert" dans l'édition de 199? (je vous le préciserai lors d'une prochaine mise à jour).
 

2°) Quelle graphie adopter ? Sapho ? Sappho ?
 
 
- "Comme helléniste et linguiste de surcroît, je réponds à la question sur l'orthographe de Sapho. Le mot n'est pas d'origine grecque, (même ionienne), d'où cette graphie archaïque Psappha, Psappho, Sappho puis Sapho. Il doit y avoir une origine phénicienne; les îles au VIIe et VIe siècles av. J.-C. avaient de nombreux contacts entre elles et avec l'Asie mineure,etc. Je vous enverrrai plus de détails si vous le souhaitez ; cf. Athènes et le péril saphique (1987) et les Amazones du mythe à l'histoire (1995)" aux Editions Geneviève Pastre (e-mail signée Geneviève Pastre).
 
(A l'est de Chypre, La Phénicie est la côte phénicienne allant du Mont Carmel en Palestine jusqu'au port d'Ougarit au Nord, actuellement en Syrie. Les Phéniciens, peuple de marins prudents à la recherche de matières premières et d'esclaves installèrent des comptoirs dans l'île de Chypre, sur les côtes de l'Afrique du Nord : Carthage (pas loin de l'actuelle Tunis) et à Tyr, principal comptoir phénicien jusqu'au VIe siècle av. J-C., époque où il céda son hégémonie à Sidon.)
 
 
 
 
La "Tentative (un peu lourde avouons-le de démonstration grapho-philologique " de Edith Mora auteure de "Sappho histoire d'un poète et traduction intégrale de l'oeuvre" sera téléchargée ultérieurement.
 
 
 
- La poétesse Sappho du VIe siècle avant J.-C. devrait s'écrire exclusivement avec 2 p !
(Dans les citations parfois très longues présentées sur ce site, je respecte l'orthographe choisie néanmoins par les auteurs, ainsi vous trouverez indifféremment Sapho ou Sappho.)

- Le nom sapphisme et l'adjectif sapphique (avec 2 p) non répertorié dans les dictionnaires mais couramment employé sur ce site et dans l'essai de Joan DeJean est donc tout ce qui se rattache littérairement, historiquement et poétiquement à la poétesse Sappho. (même remarque néanmoins pour les citations).

 
- Le saphisme est synonyme des mots : tribadisme ("tribade" est utilisé dès 1566), lesbianisme (1951-1952), lesbisme et homosexualité féminine (terme utilisé dès la fin du XIXe siècle).
 
J'utilise les quatre termes de manière quasi indifférente sauf à vouloir éviter les anachronismes car parler d'homosexualité au XVIe siècle par exemple est un anachronisme lexical puisque le mot n'existait pas. J'emploie donc plus volontiers le mot tribadisme... d'autant que je regrette, par amour de la richesse lexicale, la disparition de son usage.
 
Gouine et goudou ont évincé tribade et saphienne !
 
Attention si l'homosexualité implique théoriquement l'homophilie (de phili amour), l'homophile n'implique pas l'homosexualité : vous pouvez aimer un individu sans avoir le désir de "coucher", de pratiquer les actes sexuels avec lui !
 
 
 
- L'adjectif saphique se rapporte donc au lesbianisme.
 
Attention : dans un traité de métrique des Grecs anciens, le vers "saphique" et la strophe saphique ont leurs propres caractéristiques :
 
 
 
Le vers saphique aurait été inventé par Sappho et fut utilisé par son compatriote et comtemporain Alcée, par les poètes latins Catulle et Horace, et par la poète française de La Belle Epoque Renée Vivien. Le vers saphique se compose de onze syllabes, réparties de manière très savante !!!
 
Chez les Grecs anciens, la strophe saphique se compose de 4 vers : trois premiers vers saphiques (onze syllabes réparties de manière très savante) , un quatrième et dernier vers adonique (cinq syllabes à la répartition spécifique).
 
 
 
- Enfin Sapho (avec un seul p) est l'antonomase : la "Sapho lyonnaise" est en l'occurence Louise Labbé, poétesse du XVIe siècle née dans la région lyonnaise. De nombreuses poétesses ou écrivaines sont citées comme des "Sapho" de leur temps en référence à la première poétesse de l'Occident !
 
 
 
- Il faut savoir que durant tout le XIXe siècle la poétesse Sappho perdit son second par négligence ou par paresse des auteurs et parce que la "Sapho" héroîne du roman éponyme d'Alphonse Daudet (1884) eut un grand succès !!!
 
 
 
- La chanteuse contemporaine qui a pour pseudonyme Sapho n'est nullement mentionnée sur ce site.
 
 
 
 
 
Voici le commentaire de Joan Dejan, auteure américaine de "Sapho, Les Fictions du Désir", 1546-1937 :
 
"Sappho est une création de l'imaginaire moderne. Au moment de sa redécouverte par les érudits des seizième et dix-septième siècle, elle a été totalement réinventée par les lettrés français et, jusqu'à nos jours, elle est restée dans une large mesure, une projection de l'imaginaire français. La série de graphies qui me sert de titre : (Saphon, Sappho, Sapho, Sappho, Sapphô, Psappha) résume sa présence phantasmatique en France, au milieu du seizième siècle au début du vingtième ; derrière chaque graphie se profile une histoire : la fiction de ce que Sappho représentait pour l'époque qui lui donnait ce nom." Joan Dejean auteur américain de Sapho Les fictions du désir 1546 - 1937, p. 3.

3°) je souhaiterai avoir la définition de mot "irrumation", peut-etre pouvez-vous m'aider, de plus je souhaiterai connaitre la différence qu'il y a avec la fellation...

Le dictionnaire Le Petit Robert (édition 1985) ne liste pas le terme "irrumation".

Le lexique de sexologie (Gonthier/Denoël 1962) rapporte à l'article "fellatio" ou fellation :

"Poésie, sculpture, céramiques, peintures égyptiennes, crétoises, étrusques, grecques, romaines, indiennes, péruviennes en gardent la trace éloquente, bien qu'on ait voulu attribuer aux seuls Lesbiens et Phéniciens l'invention du geste. Dans le langage antique, la fellatio s'exprimait par le verbe irrumer (au sens propre donner le sein) ; l'exécutante, par le substantif fellatrice (ou fellateur) ; Aristophane et Lucien de Samosate employaient les mots lesbianiser et phénicianiser".

Le dictionnaire érotique de Pierre Guiraud (édition Payot & Rivages, 1993) mentionne plus explicitement :

" irrumation, mot latin, d'emploi savant, qui est la contrepartie de la fellation, désignée du point de vue de celui qui en est l'objet. Le mot signifie : "donner à téter".

Ce langage sexuel se rattache finalement aux fantasmes sexuels et aux dimensions politiques, sociales et animales entre actif et passif, entre exploiteur et exploité, entre mangeur et mangé, entre dominé et dominant, aussi entre celui ou celle qui donne (son sein, son sexe, son amour ou des coups) et celui ou celle qui reçoit (les caresses ou les coups).

Autant dire que la richesse du vocabulaire permet la richesse de la réflexion sur nos actes et sur notre condition humaine d'exploiteur et d'exploité, de "donneur" ou de "vendeur", de "receveur" ou de "récepteur" actif ou en révolte ou de passif qui ne se révolte pas contre sa condition... d'esclave moderne ou antique).

Le terme fellation vient du verbe fellare, sucer. Ainsi fellation et irrumation regroupent une pratique sexuelle identique à savoir les caresses buccales (de la bouche) sur le sexe (pénis ou verge pour l'homme ou par extension sur la vulve ou sur le con pour la femme). Les caresses buccales sur le sexe féminin se nomment plus précisément cunnilinctus (ou cinnilinge, cunnilingua, cunnilingus). Dans le langage courant la fellation semble plus particulièrement réservée à l'acte "oral" sur l'homme tant par l'homme que par la femme, son "pendant" féminin est le cunnilinctus.

Si la pratique est identique, l'étymologie et donc les sens et les fantasmes qui se rattachent aux mots diffèrent. Ainsi l'irrumation est liée directement à l'acte maternel de donner le sein au bébé et donc à l'allaitement. Le sexe est donc le substitut du sein maternel tandis que le sperme ou la cyprine (sécrétions vaginales dûes à l'excitation sexuelle) symbolisent le lait maternel. Ainsi comme le précise Pierre Guiraud l'irrumation se rattache à "celui qui est sucé" et la fellation au fellateur ou à la fellatrice donc à "l'acteur" ou "l'actrice" qui suce. Le sucé serait l'irrumé. Mais il faut bien comprendre que les concepts de passif ou actif n'ont pas grand sens car la mère en donnant son sein n'est pas dans la passivité, bien au contraire, elle a le pouvoir de le donner ou de le refuser et elle alimente et protége le bébé suceur du mamellon. La fellation qui a pour origine le verbe latin fellare sucer... se rapproche directement des plaisirs de l'enfance sucer certes le sein maternel mais aussi sucer son pouce, adjuvant similaire du pénis ou du clitoris. Le plaisir oral ou buccal de la fellation (boire, manger, aimer) ou de l'irrumation (donner à boire, donner à manger, apporter de l'amour) peuvent induire aussi au-delà des besoins et pulsions de vie (boire, manger, aimer) les pulsions sadiques de mort destructrices, cannibaliques et castratrices... et l'irrumation les pulsions masochistes de mort (être détruit, être mangé, être castré...)

En conclusion, jeune homme, si vous désirez faire le savant : demander une irrumation, si vous désirez être caressé ; réclamez une fellation si vous désirez caresser et si vous aimez les nombres et plus particulièrement le 69 demandez simultanément l'irrumation et la fellation !!!

Et cher jeune homme vous qui désirez vous enrichir et être un homme "actif passif", un homme acteur lecteur penseur et panseur, faites-moi un petit plaisir... Si vous avez l'insulte facile et le mot grossier facile, si vous voulez approfondir vos connaissances philologiques et pratiques sexuelles lisez le dernier livre de Florence Montreynaud "Appeler une chatte... Mots et plaisirs du sexe" (éditions Calman-Lévy, 2004, 18 euros) aux rayons dictionnaires de toutes les bonnes librairies... et bientôt des riches bibliothèques.

Vous y retiendrez (entre autres) que le mot Con ne devrait point être une insulte car le con est simplement le sexe de la femme par rapprochement de la fourrure du lapin "connin" et que ce mot Con (et ses dérivés comme déconner) est devenu une insulte car la femme est depuis des millénaires dévalorisée...

Donc répétez mille fois "donne-moi ton con s'il te plaît" (si Elle ne veut pas dès votre troisième demande, demandez à quelqu'une autre...) et cesser de dire "tu es un petit con" ou "un grand con" ou "une conasse" car vous n'insultez pas autrui... tout au plus le féminisez-vous... à tort ou à raison... !!!

Qualifier autrui de con est faire preuve d'une immense pauvreté de langage et de paresse ou de pauvreté d'esprit... sans comptez que vous insultez sans y penser toutes les femmes et votre mère si vous en avez une... (avec les "éprouvettes" en ces temps hautement scientifiques nous ne sommes plus sûrs de rien...)

Imaginez enfin que l'insulte suprême ne soit plus Putain ou Con mais Proxénète ou Pénis...

et rétorquons : "monsieur auriez-vous des difficultés avec votre pénis ????" ou pour une dame "vous ne l'êtes point vous avec votre si joli clitoris !!!"

Enfin si cela vous fait plaisir lesbianisez- la, lesbianisez- le et soyez lesbien comme le poète Paul Eluard !!!

Sapphiquement vôtre C.E.

A Paris le 12 mai 2004



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