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  Titien (1488 environ - 1576) : La Vénus d'Urbin (vers 1538)  
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les œuvres d'art n'appartiennent ni à leur créateur, ni à leur propriétaire mais aux spectateurs qui peuvent les lire et les interpréter selon leurs propres langages.
Ainsi que veut exprimer cette Vénus d'Urbin nue et allongée sur son lit ? Cette main sur cette vulve toutes deux exposées dans l'axe central du tableau ne suggèrent-t-elles pas le thème principal de l'œuvre : le désir sexuel de la femme ? Le rideau s'ouvre sur la seconde moitié du tableau où deux femmes habillées contrastent avec la nudité offerte par Vénus. Que fait dans cet arrière plan la servante agenouillée, légèrement vêtue de blanc, tête et bras enfouis dans ce coffre ouvert ? Quelle prière émet-elle, que fouille-t-elle, que cherche-t-elle ? Que fait la femme debout à la robe rouge, couleur rappelant le rouge du matelas, femme fort habillée retroussant la manche de son vêtement ? Quel objet, quel fardeau, quels tissus tombent sur son épaule et sur son dos ? Que fait son bras à la manche relevée ? Que contient et que représente ce coffre ? Que représente ce trio de femmes à la nudité et au rang social hiérarchisé : maîtresse, gouvernante et chambrière en compagnie d'un(e) petit(e) chien(ne) couché(e) en boule sur le drap blanc au pied de sa maîtresse nue, trio à la dénudation décroissante, trio aux positions bien particulières. Vénus, allongée sur son lit, maîtresse au corps nu, appétissant et triomphant fixe le spectateur. Posées dans l'axe central du tableau, la vulve et la main gauche à l'auriculaire baguée s'apprêtent à l'acte masturbatoire tandis que la main droite aux doigts nus tient un bouquet de roses. Le désir sexuel représenté par la main sur le sexe n'est-il pas éveillé par les sentiments d'amour représentés par la main dans les roses ? La seconde femme paraissant lointaine, dos au spectateur, vêtue d'une chemise (de nuit ?) blanche, couleur de la pureté et de la virginité, petite et blanche comme un poupin, agenouillée sur le sol carrelé, enfouit les mains dans un coffre. La troisième femme, la plus énigmatique, debout et de profil, à la tête inclinée, observe la femme vêtue de dentelle et semble s'engager dans un geste où la violence et l'effort paraissent de mise alors qu'elle retient simplement ouvert le couvercle du coffre.
Qui dit trio, dit en Occident Trinité : le Père le Fils et le Saint-Esprit, le père la mère l'enfant, Joseph Marie Jésus, Laïos Jocaste Œdipe, le mari la femme l'amant, l'époux l'épouse la maîtresse. Ici rien de tel : l'homme paraît absent, extérieur ou accessoire au tableau tels peut-être (?) les motifs dessinés sur le coffre. Le trio est ici exclusivement féminin : amante, mère en puissance, épouse, servante, fillette. Si la position de la Vénus d'Urbin, femme nue regardant le spectateur est classique, la seconde partie du tableau soulève une énigme.
Qu'en disent les exégètes ?

Chastel décrit : "Dans le fond qui s'ouvre sur une fenêtre géminée, se trouvent deux servantes dont l'une, agenouillée de dos, se penche sur un coffre". Pour Lucie-Smith " les deux silhouettes (vêtues) s'emploient à des tâches ménagères " tandis que Suida précise que " les servantes prennent dans un coffre des vêtements précieux ". Oui mais alors quel lien entre cette Vénus sensuelle et deux femmes vaquant à des tâches ménagères ?

Edward Lucie-Smith écrit : "Les Vénus de Titien sont plus sensuelles. Parmi ces femmes nues étendus, la Vénus d'Urbin appelle deux commentaires. En premier lieu, bien que sa nudité ne lui inspire aucune honte, cette jolie créature a conscience de la présence du spectateur qu'elle fixe des yeux. En deuxième lieu, elle n'est pas seule. A l'arrière plan, nous apercevons les silhouettes (vêtues) de deux femmes qui s'emploient à des tâches ménagères." (La sexualité dans l'art occidental, 1991)

W. Suida commente : "La belle femme peinte par Titien pour Guidobaldo della Rovere (vers 1538), la Vénus d'Urbino, est déjà, elle réveillée. Elle tient son regard tourné vers le spectateur et sa main a saisi un bouquet de roses sombres. Elle est couchée dans une vaste salle, des servantes prennent dans un coffre des vêtements précieux. Mais sur le fond, un mur coupé net, un rideau de couleur vert foncé nous ramènent à l'enchantement de la beauté. Un des plus merveilleux événements de la création de Titien est la manière dont la Vénus de Dresde s'est développée en Vénus d'Urbino. Le profil du corps est très semblable, et l'expression néanmoins toute différente. Nous avons dans le tableau de Dresde une lente coulée de lignes paisibles accompagnées par les simples ondulations du paysage de colline, accentué encore par le contraste avec les lourdes courbes du lit blanc. Ici, dans le tableau d'Urbino, nous trouvons au contraire un flot puissant de vie dramatique. Par le coloris et le dynamisme les deux moitiés du tableau forment un violent contraste : ciel d'azur, tapisseries d'or, servantes en robe bariolées, le petit chien endormi à droite ; à gauche, par contre, le solennel et grandiose accord de trois couleurs, rouge, blanc et vert sur lequel s'érige victorieuse la déesse couverte du flot de ses cheveux d'or." (Le Titien, Paris, A. Weber, 1935)

André Chastel, à son tour, décrit : "Ici, la femme est éveillée et son bras gauche, non plus replié sous la tête dans la position caractéristique d'une personne endormie, s'abandonne avec souplesse sur les coussins. Elle tient à la main des roses, symbolisant, dans la tradition de la Renaissance, les plaisirs et la constance de l'amour. Autre allusion à l'amour, le vase de myrte, placé sur le rebord, est l'un des attributs souvent présents dans les représentations de Vénus pour souligner la constance amoureuse. De même la présence du chiot qui dort en boule au pied du lit est un clin d'œil au thème de la fidélité conjugale. Contrairement à celle de Dresde, la Vénus d'Urbin ne repose pas dans un vaste paysage agreste. Elle est étendue dans son lit, à l'intérieur d'une élégante demeure de la Renaissance. Dans le fond qui s'ouvre sur une fenêtre géminée, se trouvent deux servantes dont l'une, agenouillée de dos, se penche sur un coffre.
Au XIXe siècle cette Vénus passait pour le portrait de la maîtresse de Titien ou d'une dame de la cour des Médicis. Par la suite, sa ressemblance avec la femme que l'on retrouve dans certains portraits de Titien ou d'une dame de la cour des Médicis. Par la suite sa ressemblance avec la femme que l'on retrouve dans certains portraits de Titien de la même période (à Florence, à Vienne et à Saint-Pétersbourg) a suggéré une autre possibilité : peut-être s'agit-il du portrait d'Eléonore de Gonzague, la mère du commanditaire Guidobaldo della Rovere. Mais cette hypothèse difficilement acceptable à tous les égards, a perdu toute vraisemblance lorsque l'on s'est aperçu que le commanditaire en question parle constamment de cette toile, dans ses lettres, comme de celle de "la femme nue".
Puisqu'il était impossible de donner un nom à cette femme dévêtue, la critique a cherché à saisir le sens de la toile, qui renvoie de toute évidence aux choses de l'amour. On tend généralement à voir ici, plutôt qu'un hymne à l'amour charnel comme on l'a souvent dit, une sorte de célébration de l'amour conjugal, en relation avec le mariage de Guidobaldo et de Giulia da Varona di Camerino, célébré en 1534. Auquel cas la Vénus d'Urbin se rangerait dans la catégorie des "tableaux conjugaux" où figure déjà, au premier rang, le tableau de la Galleria Borghese, l'Amour sacré et l'Amour profane. Mais par rapport à ce dernier, qui précède cette Vénus, Titien accentue fortement la composante sensuelle et érotique, avec le regard invitant de la femme, les cheveux dénoués sur les épaules, la position de la main qui dissimule tout en ébauchant un geste d'appel, sa pose alanguie sur le lit défait : Titien propose indéniablement dans ce tableau une image sensuelle tout autre par rapport à l'idéal de pureté du nu giorgionesque du tableau de Dresde." (Titien, Lianan Lévi, 2000)

Quel sens donne le musée lesbien à cette toile ? hymne à l'amour charnel ? célébration de l'amour conjugal ? Pourquoi ne pas dire que le plus grand absent de ce tableau est l'homme fixé dans le regard de Vénus ? La position de la main dissimule-t-elle tout en l'ébauchant un geste d'appel ? Libre interprétation et désir du critique professionnel Chastel. La femme en effet regarde le spectateur, l'appelle-t-elle ou fait-elle montre d'exhibitionnisme et d'impudeur pendant la masturbation ? Vision exclusive de trois femmes, l'une nous fixe et les deux autres dans la seconde partie du tableau sont une énigme : l'une tient le coffre ouvert, l'autre agenouillée tournant le dos fouille le coffre. D'après les exégètes, les servantes vaquent à des tâches ménagères et extraient du coffre des tissus précieux. Cette vue matérialiste et bien décrite ne cache-t-elle pas une vision plus sensuelle et plus insolite. Le peintre ouvre le rideau sur les coulisses de l'intimité de Vénus, de sa vie quotidienne, sur ses rêves et son inconscient, sur ses fantasmes qui s'amalgament avec ceux des tiers : peintre et commanditaire du tableau, propriétaires et spectateurs successifs libres de leurs associations d'idées. Ce coffre est une représentation du vagin de la Dame nue : la servante agenouillée fouille dans le sexe de sa maîtresse et prie pour qu'elle jouisse. La femme debout, à la manche retroussée, à la tête légèrement baissée, tient le couvercle du coffre, tient "la chandelle", aide à l'ouverture du vagin de la femme allongée, éclaire et guide la femme agenouillée, blanche et petite comme un poupin. Ce coffre rappelant aux lectrices de Brantôme un fait divers rapporté de la Cour de Catherine de Médicis ne contiendrait-il pas un godemiché ? Le chien ou la chienne fidèle, au doux pelage assiste endormi(e) à l'acte premier et masturbatoire de sa maîtresse, à l'accouchement d'une sexualité féminine homosexuelle cachée et ludique : la femme agenouillée désire ou trouve le godemiché dans le coffre-vagin. Cette femme agenouillée de dos fouillant le coffre, la vulve, la matrice, les tissus (cellulaires) et les trésors de sa maîtresse n'offre-t-elle pas son fessier aux pratiquantes et aux pratiquants de la sodomie ? La femme debout, la tête un peu penchée, la manche retroussée, dans une attitude d'attention et d'effort est à l'écoute de la chambrière et à son aide : ne porte-t-elle pas elle-même des tissus précieux, le fardeau des secrets et des désirs inconscients des protagonistes : est-elle sage-femme ou psychanalyste ? accoucheuse d'enfant ou accoucheuse d'êtres à la sexualité libérée après l'initiation et la levée de l'interprétation picturale. La femme vêtue de blanc couleur de la virginité, petite et poupine, femme-enfant ne sortirait-elle pas du coffre-vagin de Vénus ? L'homme absent représenté par la colonne phallique et le spectateur ne réinventeraient-ils pas ce triolisme féminin et ne participeraient-ils pas à "la chose" en pénétrant Vénus par la flèche centrale du rideau et en sodomisant la femme-enfant, vêtue de blanc, fouillant ou s'extrayant du coffre-cavité vaginale ?

La Vénus d'Urbin est un riche lupanar où s'affichent les obsessions d'amour, de chair, de sexualité, de sodomie, de tribadisme, de fouilles des inconscients de Saphisme.com et de son Musée lesbien.


 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
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Page entoilée le 28/06/2003 et mise à jour le 04/02/2004

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