Henri II Estienne (1531-1598) "L'apologie d'Hérodote " et tribadisme  

Au XVIe siècle, en pleine révolution Gutemberg, un certain Henri (dit Ier) Estienne devenait maître imprimeur à Paris et fondait une grande famille de libraires et d'érudits. Robert Estienne, son deuxième fils, édita en 1546 la première édition en grec du célèbre commentaire de Denys d'Halicarnasse concernant le poème de Sappho. Henri II Estienne, son petit-fils né à Paris en 1531 et mort à Lyon à l'âge de 67 ans, fut le premier éditeur français de Sappho. En 1550 puis en 1556, il publia une Ode et une strophe de Sappho, puis deux Odes sapphiques dans l'édition des Odes d'Anacréon. Enfin, Henri II édita les 34 fragments et les deux Odes de Sappho dans Poetae graeci principes. Grand hélenniste, il écrivit un dictionnaire de grec (1572) et L’introduction au traité de la conformité des merveilles anciennes avec les modernes ou Traité préparatif à l’Apologie pour Hérodote, satire de la société au XVIe siècle (Genève, 1566).

En rapportant un fait divers " merveilleusement étrange " comme le fera Montaigne dans son Journal de Voyage en Italie par la Suisse et l'Allemagne (en 1581) édité en 1774, Henri Estienne dans l'Apologie pour Hérodote s'étonne de l'étrangeté, du merveilleux du travestissement de femme en homme (acte moins vilain que la zoophilie), acte qui n'a rien de commun avec celui commis "par quelques vilaines qu'on appelait anciennement tribades". Ainsi dans ce texte publié en 1566 apparaît pour la première fois dans la langue française le mot " tribade " du grec tribein "frotter." L’auteur distingue « les quelques vilaines… anciennement tribades », (réminiscence sans doute de quelques lectures d'auteurs grecs et latins dont Martial) de la femme « méchante » qui se travestit en homme et vit avec une femme et contrefait l’homme.

 

Du péché de sodomie et du péché contre nature en notre temps

 

" Et quand il n'y auroit autre chose que la sodomie telle qu'on la voit pour le jourdhuy, ne pourroit-on pas à bon droict nommer notre siècle le parangon de notre méchanceté, voire de la méchanceté détestable et excécrable ? Je confesse que les payens (au moins la pluspart) ont été addonnez à ce vice : mais se trouvera-t-il qu'entre ceux qui ont porté le nom de Chretiens, jamais un tel vice ait été répété vertu ? Il est certain que non. Mais en notre temps on ne l'a pas seulement réputé pour vertu, mais on est venu jusques à en écrire les louanges, et puis les faire imprimer, pour estre lues par tout le monde.
(…)
Toutesfois il est advenu une chose de notre temps, qui sert d'un exemple beaucoup plus estrange que tous autres qu'on pourroit alléguer : c'est d'une femmes qui fut brûlée à Thoulouse (comme on m'a asseuré), il y a environ vingt sept ans, pour s'être prostitué à un chien, lequel fut brûlé avec elle. Je tiens cest acte pour plus estrange, ayant esgard au sexe. Or ay-je nommé ceste sorte de péché, le péché contre nature, m'accomodant à la façon de parler ordinaire, non pas ayant esguard à ce qu'emporte ce mot. Car suyvant cela, il est certain que la Sodomie doit estre comprise sous ce titre : sans autrement en disputer, les bestes brutes nous en rendent convaincus.
Je viens de réciter un forfaict merveilleusement estrange : mais j'en vay réciter un autre qui l'est encore d'avantage (non toutesfois si vilain), advenu aussi de notre temps, il y a encore trent'ans. C'est qu'une fille native de Fontaines, qui est entre Blois et Rommorantin, s'estant déguisée en homme, servit de valet d'estable environ sept ans en une hostelerie du faux-bourg du Foye, puis se maria à une fille du lieu, avec laquelle elle fut environ deux ans, excerceant le métier de vigneron. Après lequel temps estant découverte la méchanceté de laquelle elle usoit pour contrefaire l'office du mari, fut prise, et ayant confessé fut là brûlée toute vive. Voici comment notre siècle se peut vanter qu'outre toutes les meschancetez des précédens, il en ha qui luy sont propres et particulières. Car cet acte n'ha rien de commun avec celuy de quelques vilaines qu'ont appeloit anciennement tribades. "

 

 


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