Lesbianisme et Description d'Afrique par Jean-Léon L'Africain (1843 env-1555 env.)
traduit par le médecin Général Epaulard (18? - 1949)

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Entre couleur de sable de sang et de Chair,
tunnel, voute, galerie, vagin, l'Aquarelle
écoule tous les spermes de toute la Terre
et attire tous mes phéromones vers Elle.
Lesquels gagneront son Coeur pétrifié ? Mystère...
et Colère... quand Fin de Cure, je t'appelle...

Né entre 1489 et 1495 à Grenade en Andalousie, Al-Hassar-Ben-Mohammed-Alvazas-Al-Fasi ou El-Hasan ben Mohammed el-Wazzân ez-Zayyâti appartenait à une famille more vraisemblablement fonctionnaire qui émigra en Berbérie à Fez (Maroc) à l'époque où les catholiques déboutèrent les musulmans d'Espagne. Il y fit ses études en arabe et rentra au service du sultan et voyagea à travers l'Afrique et l'Orient (Le Caire, Tripoli, La Mecque), chargé, semble-t-il, de missions politiques et commerciales. Le bateau qu'il emprunta fut capturé à Djerba par un corsaire sicilien qui vendit sa cargaison d'esclaves dont notre homme au pape Léon X, Jean de Médicis. Connaissant l'espagnol et l'arabe, El-Hasan apprit sans difficulté le latin et l'italien et, sans doute, son esprit lettré le fit remarquer du pontife. Al-Hassar se convertit alors au catholicisme et son nom de baptême devint Johannis Léo de Medicis du nom de son illustre protecteur papal. Grâce à ses notes prises en arabe au cours de ses voyages à travers l'Afrique et l'Asie, Léon l'Africain (Jean) composa en italien une Description de l'Afrique et des choses notables qui s'y trouvent. Cet ancêtre du Guide du Routard fut édité à Venise en 1550 par un érudit, Jean-Baptiste Ramusio, sous le titre " Delle navigationi e viaggi ". Notre auteur, géographe, historien, ethnologue, aventurier et écrivain trempa parfois sa plume dans une encre de fiel à proscrire :
" Les habitants de la Lybie, tant africains qu'arabes sont généreux, aimables et font tout ce qu'ils peuvent pour leurs amis. Ils voient les étrangers d'un très bon oeil. Ils sont de grands coeurs, francs et sincères.(...) Il n'est pas douteux que les Africains possèdent autant de défaut que de qualité. (...) Les habitants des villes de Berbérie sont pauvres et orgueilleux, rancuniers au-delà de toute comparaison, (...) ils sont avares par-dessus tout. Les Numides sont traîtres, meurtriers et voleurs, sans égard ou considération aucune. "
Malgré ces quelques dérapages, Description d'Afrique traduit en français dès 1556, par Jean Temporal, fut de la Renaissance au XIXe siècle l'ouvrage de référence pour la connaissance de l'Islam en Europe. Le voyageur géographe qui déclara faire œuvre de sens historique et de vérité pour justifier ses jugements à l'emporte-pièce décrivit les régions sud du Sahara jusque là inconnues des européens.
Rarement publiée, la description d'homosexuels et de travestis hommes est ici rapportée avant celle de la gent féminine.

Description d'Afrique par Jean-Léon l'Africain - table des textes présentés :

 Fez, grande cité, capitale de toute la Mauritanie : Hôtelleries

 Manière de se vêtir des femmes africaines

 Poètes de langue vulgaire
Devins et sorcières sahacat ou fricatrice (traduit de l'italien par le médecin général Epaulard)
 
Devins (traduit par Alcide Bonneau dans "Le Manuel d'étorologie" de Forberg)

 

FEZ, GRANDE CITE, CAPITALE DE TOUTE LA MAURITANIE : HÔTELLERIES.
 
Il y a dans Fez deux cents hôtelleries vraiment très bien construites. Certaines sont extrêmement spacieuses, celles qui sont voisines du grand temple entre autres, et toutes comportent trois étages. Toutes sont munies de fontaines et de latrines avec leurs égouts pour l'évacuation des immondices.(...)
Mais bien que ces hôtelleries soient belles et grandes, elles constituent un détestable logement, car elles ne comportent ni lits, ni literie. L'hôtelier fournit au locataire une couverture et une natte pour se coucher. Si ce dernier veut manger, il faut qu'il achète des aliments et les donne à cuire.
Il n'y a pas que les étrangers qui logent dans ces hôtelleries, mais tous les hommes veufs de la ville qui n'ont ni maison, ni parents. Ils occupent une chambre seuls ou se mettent à deux dans une chambre et se procurent eux-mêmes leur literie et font leur cuisine.
Le pire dans cette affaire est de loger avec certains individus qui constituent une engeance appelée el cheua. Ce sont des hommes qui s'habillent en femmes et portent des ornements comme les femmes. Ils se rasent la barbe et vont jusqu'à imiter les femmes dans leurs façons de parler. Que dis-je, dans leurs façons de parler ? Ils filent même ! Chacun de ces êtres abjects à un concubin et se comporte avec celui-ci exactement comme une femme avec son mari. Ces gens ont aussi dans les hôtelleries des femmes dont les mœurs sont celles des prostituées dans les maisons publiques d'Europe. Ils ont de plus l'autorisation d'acheter et de vendre du vin sans être inquiétés par les fonctionnaires de la cour.
Ces hôtelleries sont fréquentées constamment par tous ceux qui mènent la vie la plus déplorable. Les uns y vont s'enivrer, les autres pour assouvir leur luxure avec des femmes vénales, d'autres enfin pour s'y mettre à l'abri de la cour en raison d'agissements illicites et honteux dont il vaut mieux ne pas parler.
Les hôteliers ont un consul et paient une certaine redevance au châtelain et gouverneur de la ville . Outre cela, ils sont obligés, à l'occasion, de fournir à l'armée du roi ou des princes une partie importante de leur personnel pour faire la cuisine des soldats, parce qu'il en est peu d'autres qualifiés pour un pareil emploi.
Si la loi à laquelle est astreint l'historien ne m'avait pas poussé à dire la vérité, j'aurais certainement passé sous silence avec plaisir cette partie de ma description. J'aurais préféré taire le blâme que mérite cette ville dans laquelle j'ai été élevé et j'ai grandi. A la vérité, ce vice excepté, le royaume de Fez contient les gens de la plus grande honnêteté qu'il y ait dans toute l'Afrique. Avec ces personnes-là de pareils hôteliers n'ont, comme on l'a dit, aucune relation. Ces derniers ne fréquentent que les vauriens de la plus basse extraction. Aucun lettré, aucun commerçant, aucun artisan convenable ne leur adresse la parole. Il leur est aussi interdit d'entrer dans les hôtelleries proches du temple, dans les marchés, dans les étuves et dans les maisons particulières. Ils peuvent encore moins tenir les hôtelleries qui avoisinent le temple, où les logent les négociants d'une classe supérieure. Toute la population leur souhaite la mort. Mais comme les seigneurs se servent d'eux pour les besoins de l'armée, ainsi que je viens de le dire, ils les laissent mener cette existence si malhonnête et détestable.

 

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MANIERE DE SE VÊTIR DES FEMMES


Les habitants de Fez, j'entends les nobles, sont des gens vraiment distingués. (...)
Les femmes sont très bien habillées, mais par temps chaud elles ne portent qu'une chemise qu'elles ceignent d'une ceinture assez laide. L'hiver elles mettent des robes à manches larges, cousues sur le devant comme celles des hommes. Quand elles sortent elles portent des pantalons d'une longueur telle qu'ils leur couvrent toutes les jambes et un voile, à la manière des femmes de Syrie, qui leur couvre la tête et tout le corps. Le visage est également couvert avec une pièce de toile, si bien qu'elles ne laissent que les yeux à découvert. Elles ont aux oreilles de grands anneaux d'or aux poignets, un à chaque bras, bracelets qui peuvent peser communément cent ducats . Les femmes qui ne sont pas nobles s'en font faire en argent et elles en portent de pareils aux jambes.

LESBIANISME ET DESCRIPTION D'AFRIQUE par JEAN-LEON L'AFRICAIN (1483 env.-1555 env.)
Traduit par le médecin général Epaulard (18?-1949)
 
 
 
POETES DE LANGUE VULGAIRE

"(...) Il y a aussi à Fez beaucoup de poètes qui composent des vers en langue vulgaire sur divers sujets, en particulier sur l'amour. Certains décrivent l'amour qu'ils éprouvent pour des femmes, d'autres celui qu'ils ont pour des garçons et mentionnent sans le moindre respect et sans la moindre vergogne le nom de l'enfant qu'ils aiment. (...)"


DEVINS ET SORCIERES FEMMES SAHACAT, FRICATRICES :

"(...) Je vais vous entretenir des devins qui sont en grand nombre. On les divise en trois groupes.
Le premier se compose des devins qui pratiquent l'art de la géomancie, en traçant des figures. On les paie, pour chaque figure suivant les ressources que l'on possède et conformément à l'usage.
Le second groupe est celui des devins qui mettent de l'eau dans une terrine vernissée et jettent dans cette eau une goutte d'huile. (...)
La troisième catégorie de devins comprend des femmes qui font croire qu'elles sont liées d'amitié avec certains démons d'espèces différentes. Elles appellent en effet les uns démons rouges, les autres démons blancs, les autres démons noirs. Quand on leur demande de deviner quoi que ce soit, elles se parfument de diverses odeurs. Alors, d'après ce qu'elles disent, le démon qu'elles appellent entre en elles. Elles changent aussitôt de voix pour faire croire que c'est lui qui parle par leur bouche. La personne, femme ou homme qui est venue pour quelque chose qu'elle désire savoir, la demande à l'esprit avec une grande déférence et avec humilité. Quand elle a eu sa réponse, elle laisse un cadeau pour le démon et s'en va. Mais les gens qui joignent à l'honnêteté une certaine instruction ainsi que l'expérience des choses nomment des femmes Sahacat, ce qui a le sens du mot latin fricatrices. Et en vérité, elles ont cette maudite habitude d'user l'une de l'autre, ce que je ne peux exprimer par un terme plus décent. Lorsqu'il se trouve une belle femme parmi celles qui viennent les consulter, elles s'en éprennent ainsi qu'un jeune homme s'éprend d'une jeune fille et, comme si le démon parlait en personne, elles lui demandent en paiement des embrassements amoureux. La femme, qui croit devoir complaire à l'esprit, y consent le plus souvent. Beaucoup de femmes qui se plaisent à ce jeu demandent aux devineresses d'entrer dans leur corporation. Elles feignent d'être malades et font appeler l'une d'elles. C'est souvent l'imbécile de mari qui fait la commission. Elles manifestent aussitôt leur désir à la devineresse qui dit ensuite au mari qu'un démon est entré dans le corps de sa femme et que, s'il tient à la santé de celle-ci, il faut qu'il l'autorise à faire partie de la corporation des devineresses et à travailler librement avec elles. Le buffle de mari y croit, y consent et, par comble de sottise, offre un somptueux banquet à toute la corporation. Après le repas, chacune des femmes dansent et l'on festoie au son d'un orchestre de nègres. Ensuite le mari laisse partir sa femme à l'aventure. Mais il en est qui font sortir les esprits du corps de leur femme au son d'une vigoureuse bastonnade. D'autres font semblant d'être eux-mêmes possédés du démon et ils attrapent les devineresses comme elles ont attrapé leur femme."

 

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La précédente traduction due au général médecin Epaulard de Descrition d'Afrique par Jean Léon L'Africain (1483-1555) peut être comparée à celle proposée dans Le Manuel d'érotologie de Forberg traduit par A. Bonneau, extrait de Description d'Afrique, p. 336 de l'édition Elzévirienne, 1632 :

 

DEVINS ET SORCIERES FEMMES SAHACAT, FRICATRICES : (traduction d'Alcide Bonneau)

" Mais ceux qui sont d'un jugement plus sain, appellent ces femmes (il s'agit de sorcières) Sahacat, mot qui correspond au Latin fricatrices, parce qu'elles ont l'abominable habitude de se donner du plaisir entre elles, ce que je ne saurais expliquer plus honnêtement. S'il arrive que de belles femmes aillent les trouver, ces sorcières se mettent à brûler d'amour pour elles, non moins ardemment que les adolescents pour les jeunes filles, et, sous la forme du diable, leur demandent pour salaire de souffrir leurs embrassements. Il en résulte souvent qu'alors qu'elles croient avoir obéi aux ordres des démons, elles ont eu affaire aux sorcières. Il n'en manque pas non plus, qui, alléchées par la jouissance, qu'elles ont éprouvée, recherchent l'accouplement des sorcières et, feignant d'être malades, en appellent une près d'elles ou lui dépêchent leur malheureux mari : dès que celle-ci s'aperçoivent de la chose, elles affirment que cette femme est possédée du démon et qu'elle ne peut d'aucune façon en être délivrée, à moins qu'elle n'entre dans leur association. "

 

 

 

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Bibliographie sur Jean-Léon L'Africain :
- Description d'Afrique Nouvelle édition traduite de l'italien en français par A. Epaulard (18?-1949), Librairie d'Amérique et d'Orient, Paris, 1980.
- Manuel d'Erotologie Classique par F.K. Forberg traduit du latin par Alcide Bonneau, Notes et Postface de Pascal Pia, éd. Joëlle Losfeld, 1994.

 

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