LESBIANISME DE NICOLAS CHORIER (1612-1692 env.) chez WWW.SAPHISME.COM  

Dauphinois, né en 1612 à Vienne (département de l'Isère, France), Nicolas Chorier, avocat dans sa ville natale puis procureur du Roi à Grenoble, fut également un historien et un littérateur licencieux. Il écrivit Recherches sur les antiquités de Vienne (1659) et Histoire générale du Dauphiné (1661-1672). De son vivant, ce docteur en droit fut soupçonné d'être l'auteur anonyme de dialogues érotiques écrits en latin et imprimés à Lyon en 1660 sous le titre : Aloysioe Sygeae Toletanae Satyra Sotadica de arcanis amoris et Veneris. Aloisia hispanice scripsit latinitate donavit Joannes Meursius (Satire sotadique sur les Arcanes de l'Amour et de Vénus écrites en espagnol par Aloisa et traduite en latin par Jean Meursius). Dès 1680, ces dialogues entre Ottavia et Tullia furent imprimés en français. A partir de 1750 l'abbé Terrasson les traduisit sous le titre l'Académie des Dames ou les Sept Entretiens galants d'Aloisia. En 1881, Alcide Bonneau publia une nouvelle traduction et confirma la paternité de l'œuvre au profit de Nicolas Chorier. La supercherie littéraire tient en la réelle existence de l'imaginaire traducteur Jean Meursius (1613-1653) humaniste né à Leyde et de la soit disante auteur Aloysia ou Luisa Sigea, fille d'honneur de la cour de Lisbonne, (1530-1560), enfant surdouée, réelle auteur de poésies et d'épîtres latines. Surnommée " la Minerve de son siècle ", elle avait pour réputation de combattre l'impudeur. Tullia, Italienne âgée de 26 ans, épouse primipare de Callias, effectue l'éducation sexuelle de sa jeune cousine Ottavia promise à un très prochain mariage. Ci-dessous, outre ma bibliographie, cinq entretiens à couleurs saphiques des Dialogues de Luisa Sigéa traduits du latin par Alcide Bonneau :
 

- Premier dialogue : l'escarmouche
- Deuxième dialogue : tribadicon (histoire de tibades)
- Troisième dialogue : Anatomie
- Quatrième dialogue : Le duel
- Cinquième dialogue : Voluptés

 

 
L'ACADEMIE DES DAMES ou SEPT ENTRETIENS GALANTS D'ALOISIA ou
DIALOGUES DE LUISA SIEGA de Nicolas Chorier traduit du latin par Alcide Bonneau
 
PREMIER DIALOGUE
L'escarmouche

(...)

Tullia : - (...) Ta mère m'a demandé de te découvrir les secrets les plus mystérieux du lit nuptial et de t'apprendre ce que tu dois être avec ton mari, ce que ton mari sera aussi, touchant ces petites choses pour lesquelles s'enflamment si fort les hommes. Cette nuit, pour que je puisse t'endoctriner sur tout d'une langue plus libre, nous coucherons ensemble dans mon lit, dont je voudrais pouvoir dire qu'il aura été la plus douce lice de Vénus. Après, tu auras un meilleur coucheur que je n'aurai été bonne coucheuse.
Ottavia : - Tu veux rire, Tullia ; cesse de parler ainsi, tu fais à mon amour pour toi une injure que le tien ne supporterait pas, si tu m'aimais du fond du coeur.

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DEUXIEME DIALOGUE
Tribadicon (Histoire de Tribades)

Ottavia : - Nous voici dans ton lit : tu as bien souvent voulu m'y faire passer des nuits, non seulement près de toi, mais dans tes bras, lorsque Callias, ton mari, était absent.
Tullia : - Et j'y ai passé bien des nuits blanches, à cause de l'amour que tu faisais circuler dans toutes mes veines, l'amour dont je me consumais et qui me brûlait comme un incendie.
Ottavia : - Tu m'aimais ? Ne m'aimes-tu donc plus ?
Tullia : - Je t'aime, chère cousine, et misérablement je meurs.
Ottavia : - Meurs-tu pour de vrai, toi dont, au prix de ma vie, je voudrais préserver les jours ? Quelle est cette maladie mentale ? car tout me met hors de doute que tu te portes bien corporellement.
Tullia : - Comme tu aimes Caviceo, ainsi je t'aime.
Ottavia : - Parle clairement : que signifient ces mots couverts ?
Tullia : - Mais, d'abord, toi qui es si charmante, si belle, si tendre, laisse de côté toute ta pudeur.
Ottavia : - Lorsque tu as voulu que je me mette toute nue dans ton lit (et je viens d'y consentir), telle que je m'y mettrai, m'as-tu dit, pour me donner à Caviceo. N'ai-je pas assez rejeté toute ma pudeur ?
Tullia : - En effet, la reine de Lydie l'a autrefois déclaré : " J'ai ôté ma tunique et dépouillé en même temps toute ma pudeur ".
Ottavia : - Sur tes conseils, j'ai triomphé de ma timidité ; à ton exemple, j'ai triomphé de moi-même.
Tullia : - Donne-moi un baiser, aimable enfant.
Ottavia : - Pourquoi non ? tant que tu voudras, et comme tu voudras.
Tullia : - Oh! La divine forme de ta bouche ! Oh quels yeux plus brillants que le jour ! Oh ! quelle beauté digne de Vénus !
Ottavia : - Voilà que tu rejettes les couvertures. Je ne sais ce que je craindrais, et je te supplie de me le dire, si tu n'étais Tullia. Tu m'as toute nue, que veux-tu davantage ?
Tullia : - Oh ! Dieux ! comme je voudrais que vous me permissiez de remplir l'office de Caviceo !
Ottavia : - Que signifie cela ? Caviceo se saisira-t-il de mes seins comme tu le fais ? Me cessera-t-il de m'embrasser ? Va-t-il aussi me mordre, comme tu le fais, les lèvres, le cou, les seins ?
Tullia : - Ce seront, mon petit coeur, les préludes du combat, les hors d'oeuvres du festin de Vénus.
Ottavia : - Cesse, ta main caresse tout mon corps, tu vas toujours plus bas, jusqu'à mes cuisses. Oh ! oh ! Tullia , pourquoi me chatouiller ainsi, dis ? Qu'as-tu donc à me regarder aussi fixement ?
Tullia : - Je contemple avec une voluptueuse curiosité ce champ de Vénus; il n'est pas large, il n'est point spacieux, mais il est plein des suprêmes délices, ton insatiable Vénus y épuisera les forces de ton Mars.
Ottavia : - Tu es folle, Tullia ; si tu étais Caviceo, je ne serais pas en sûreté. Te voilà assise à côté de moi, et tu parcours des yeux mon corps tout entier, par devant et par derrière. Il n'est rien chez moi qui surpasse tes propres charmes, regarde-toi, si tu veux voir quelque chose qui soit digne de ton amour et de tes éloges.
Tullia : - Je ferais montre de sottise et non de modestie si je niais être douée de quelque beauté ; je suis à la fleur de l'âge, à peine viens-je d'achever ma vingt-sixième année, et je n'ai encore donné qu'un enfant à Callias. S'il est quelque volupté que tes sens puissent se procurer chez moi, jouis-en, Ottavia ; je ne t'en empêche point.
Ottavia : - Ni moi non plus, prends avec moi tout ce que tu pourras de plaisirs ; je te l'accorde. Mais je sais que d'une vierge comme moi on ne peut tirer aucune volupté, et que je n'en puis prendre davantage de toi, quoique tu sois véritablement comme un merveilleux jardin, plein de toutes sortes de délices et d'agréments.
Tullia : - Non, c'est toi qui a un jardin, un jardin où Caviceo rassasiera de fruits bien savoureux sa libidineuse lascivité.
Ottavia : - Je n'ai aucun jardin que tu n'aies toi-même, et abondant en même sortes de fruits. Qu'est ce que tu appelles un jardin ? Où est-il ? Quels sont ses fruits ?
Tullia : - Je devine ta malice ; puisque tu m'objectes mon propre jardin, c'est que tu connais le tien tout autant que je connais le mien.
Ottavia : - Peut-être appelles-tu de ce nom cet endroit sur lequel tu as placé ta main grande ouverte, que tes doigts agacent, que tu chatouilles du bout des ongles comme pour m'exciter ?
Tullia : - C'est cela, chère cousine, tu n'en connais pas l'usage, ignorante ; mais je saurai te l'apprendre.
Ottavia : - Si je l'apprenais avant mes noces, je ne serais plus ni chaste, ni digne de ton amour, puisque je différerais tant de toi-même. Dis-moi seulement à quel usage il doit servir. Mais d'abord couche-toi dans le lit : à rester ainsi assise, comme tu le fais, tu nous crées de la fatigue à toutes deux.
Tullia : - Je vais te donner satisfaction. Maintenant, dresse les oreilles ; car, certes, Caviceo sera d'autant plus amoureux que tu auras écouté plus attentivement ce discours. Vénus le veuille ! Acceptes-en l'augure, Ottavia.
Ottavia : - J'en accepte l'augure. Tu éclates de rire ? Ce qu'il y a de malice sous tes paroles, vraiment, je ne le vois pas.
Tullia : - Mais tu le sentiras très bien, ce que par cet augure je souhaite de délices à ton jardin.
Ottavia : - Tu parles à une sourde.
Tullia : - Fasse Vénus que tu entendes et que tu comprennes ! Ce petit jardin à toi, auquel je souhaite que jamais ne manquent les fruits de Vénus, ni au printemps, ni en hiver, c'est cet endroit, chère cousine, que sous la proéminence du bas-ventre cache une toison, chez toi un léger duvet : on l'appelle le pubis. Ce duvet est l'indice d'une virginité bonne à prendre et mûre pour Vénus, lorsque chez la jeune fille, après sa première apparition, il commence à fleurir. Cymba, navis, concha, saltus, clitorium, porta, ostium, portus, interfemineum, lanuvium, virginal, vagina, facandrum, vomer, ager, sulcus, larva, annulus, tels sont les noms que lui donnent les Latins. Julie, fille d'Auguste, disait être sûre de ne donner à Agrippa, son mari, que des enfants on ne peut plus semblables à leur père, d'autant que jamais elle ne recevait de passagers dans sa barque, que celle-ci ne fût déjà pleine. Je veux, cousine, que, cette nuit écoulée, tu sortes de mes bras plus savante, que si tu avais dormi sur le Parnasse ; je veux que tu puisses faire l'amour en grec ; tu as appris de Juvénal ce que c'est.
Ottavia : - J'aimerais mieux être aussi docte que toi, chère cousine, que me rassasier de voluptés. Lorsque je te vois si jeune et si savante, je voudrais que tu fusses Caviceo. Avec quel plaisir je te livrerais tous les trésors de ma beauté.
Tullia : - Embrasse-moi, chère enfant, moi qui brûle d'amour pour toi. Partout où je puis, laisse courir mes yeux et mes caresses. Caviceo n'y perdra rien, ni toi non plus. Oh ! quels vains efforts sont les miens ! A quoi veux-je aboutir, malheureuse ? Comme je t'aime éperdument !
Ottavia : - Assouvis tes désirs, cède à cette ivresse de tes sens. Ce que tu veux, je le veux de toutes mes forces.
Tullia : - Eh ! bien donne-moi la possession de ton jardin, que j'en sois la maîtresse ; une maîtresse impuissante, hélas ! car je n'ai ni clef pour ouvrir la porte, ni marteau pour y frapper, ni pied pour y pénétrer.
Ottavia : - Je te l'accorde entièrement, moi qui suis toute à toi. Ai-je quoi que ce soit qui ne t'appartienne ? Tu te précipites sur moi ; qu'est-ce que cela veut dire ?
Tullia : - Ne te recule pas, je t'en supplie ; écarte les cuisses.
Ottavia : - C'est fait ; tu me couvres tout entière ; tu as ta bouche contre ma bouche ; ta poitrine contre ma poitrine, ton ventre contre mon ventre ; je veux aussi m'enlacer à toi comme tu m'enlaces.
Tullia : - Lève plus haut les jambes, croise tes cuisses pardessus les miennes. Je te fais connaître une Vénus nouvelle, à toi qui es toute neuve. Comme tu obéis diligemment ! Que ne puis-je commander aussi bien que tu exécutes !
Ottavia : - Ah ! ah ! ma chère Tullia, ma maîtresse, ma reine ! comme tu me heurtes ! comme tu m'agites ! Je voudrais que ces flambeaux fussent éteints, cela me fait honte que la lumière soit témoin de ma soumission.
Tullia : - Fais donc attention à ce que tu fais. Quand je m'élance, soulève-toi ; remue bien fort les fesses, comme je les remue moi-même, lève-les en l'air le plus haut que tu pourras. Crains-tu que le souffle te manque ?
Ottavia : - Vraiment, tu m'éreintes, sous ces secousses précipitées, tu m'étouffes ; supporterais-je d'une autre que toi un si furieux assaut ?
Tullia : - Tiens, serre-moi bien fort, Ottavia ; prends... voici que tout mon corps se fond, il brûle ; ah ! ah ! ah !
Ottavia : - Ton jardin met le feu au mien ; retire-toi donc.
Tullia : - Enfin, ma déesse, je t'ai servi de mari ; tu es mon épouse ! tu es ma femme !
Ottavia : - Oh ! plût au ciel que tu fusses mon mari ! quelle épouse aimante tu aurais. Quel époux adoré je posséderais ! Mais tu as inondé de pluie mon jardin, je me sens toute mouillée ! Quelle ordure as-tu lâchée sur moi Tullia ?
Tullia : - Bien sûr, j'ai été jusqu'au bout, et, de l'obscure sentine de mon navire, l'amour, dans son aveugle emportement, a projeté dans ta barque virginale la vénérienne liqueur. Est-ce qu'au fond de tes entrailles, tes sens ont jamais éprouvé de volupté plus grande ?
Ottavia : - Mais, Vénus me pardonne ! je n'ai pas ressenti le moindre plaisir de ce que tu as fait. J'ai été un peu troublée quand je t'ai sentie transportée au plus haut point, et quelques étincelles de ta flamme sont tombées sur mes sens ; elles m'ont plutôt avertie de l'incendie que réellement incendiée. Mais, dis-moi, Tullia , est-ce que cette passion que tu éprouves envahit aussi les autres femmes et les fait aimer et assaillir les jeunes filles ?
Tullia : - Toutes les aiment et les assaillent, à l'exception de celles qui sont stupides et froides comme la pierre. Car qu'y a-t-il de plus charmant qu'une fraîche et pure jeune fille, comme tu l'es toi-même, fraîche et pure ? Ainsi, avant d'être changée en garçon, Iphis brûlait pour Ianthe.
" Iphis aime et désespère de pouvoir jouir : cela même accroît ses feux : vierge, elle brûle pour une vierge, et retenant à peine ses pleurs : " que puis-je attendre ", dit-elle, " moi, qu'un amour inconnu, étrange, une Vénus monstrueuse tourmente ? S'ils voulaient m'épargner, les dieux eussent dû me faire mourir, ou, s'ils ne voulaient point ma mort, m'infliger un amour conforme à la nature... Ni la dureté d'un père ne te repousse, ni ton amie ne se refuse à tes voeux, et pourtant tu n'en jouiras pas ; quand tout te serait propice, tu ne peux être heureuse, quand dieux et hommes y travailleraient. Maintenant encore, aucun de mes voeux n'est resté vain, et tout ce qu'ils ont pu, les dieux complaisants me l'ont donné. Ce que je veux, le veulent et mon père et Ianthe et mon beau-père futur, mais la nature s'y oppose, plus puissante qu'eux tous ; seule elle est implacable ; voici venue l'époque tant souhaitée, voici le jour nuptial, Ianthe va être à moi ; non, cela ne sera point ; dans l'eau nous mourrons de soif ! A ces noces, ô matrimoniale Junon, ô Hymen, pourquoi venir ? Qui de nous deux conduira l'amour ? tous deux nous porterons le voile (1) ! "
Il faut te l'avouer, Ottavia , nous sommes bien libertines, la plupart, du moins. Sais-tu ce que dit la Quartilla de Petrone ?
" Que Junon me prenne en haine si je me souviens d'avoir jamais été pucelle ! Toute gamine, je me suis corrompue avec des enfants de mon âge ; plus tard, les années se succédant, je me suis livrée à de plus grands garçons, jusqu'à ce qu'enfin je fusse parvenue à l'âge que j'ai (2) "
Ottavia : - Jusqu'ici, Tullia, et tu t'en es bien assurée, je suis restée chaste de corps et d'âme. Tu me qualifies de sotte et de stupide ; mais, à présent, je me sens chatouillée d'envie lascives, de désirs amoureux. Le jour de mes noces approche, et, j'en suis bien aise, car, je le présume, c'est seulement dans les bras des hommes, quand ils couchent avec nous, que nous pouvons goûter une vraie et solide volupté.
Tullia : - Tu as raison, et tu l'éprouveras la nuit prochaine : que le régal de Lampsaque te rende heureuse ! Mais l'enflure du ventre, la grossesse, l'accouchement suivent de près les ébats trop libres des hommes avec nous et " les assauts d'une mentule en feu (3) ". En dehors du mariage, cette ardeur amoureuse qui invite et pousse les jeunes filles au complet coït est empoisonné de périls et d'infortunes ; sous le couvert de l'hyménée, au contraire, tout se passe librement et joyeusement. Ce voile dont les jeunes mariées s'enveloppent la tête sert aussi à cacher leurs coupables débauches ; grâce à ce voile, elle se dérobent on ne peut mieux à l'oeil vigilant des lois et du public. Par conséquent, Ottavia , c'est par une autre voie que les vierges et ceux qui embrassent le célibat doivent chercher la volupté vers laquelle tu vois toutes les générations d'être animés, comme parle Lucrèce, portées avec une violence que rien ne peut calmer, si ce n'est la force même de Vénus. Rien d'étonnant donc à ce qu'une vierge soit aimée d'une vierge, quand les plus illustres des héros ont jadis trouvé dans leur propre sexe de quoi alimenter leur luxure.
Ottavia : - Mais toi, tu n'es plus vierge, tu as eu commerce avec un homme ; il t'est loisible de goûter la volupté toute entière. Comment se peut-il donc que tu m'aimes, que tu cherches le plaisir par cette voie où Vénus s'ingénie à tromper Vénus ?
Tullia : - Ce fut d'abord ma chère Pomponia (car je ne veux rien te cacher de mes actions) qui, familière avec moi comme nous l'étions dès le berceau, se mit, il y a quelques années, à m'initier à ce jeu. Elle est pleine d'ingéniosité, Pomponia, mais aussi d'effronterie ; libertine comme pas une, mais prudente encore plus que pas une. Au commencement, j'abhorrais un goût pareil, puis peu à peu m'habituai à ce que j'appelais un supplice. Pomponia me montrait l'exemple, ne se contentant pas de livrer à mes caprices la jouissance de son corps, mais m'ordonnant de m'enhardir, douce courtisane, vis-à-vis de moi, procureuse vis-à-vis d'elle même. A la fin, quand j'eus fait un long apprentissage de ces plaisirs, il arriva qu'à peine pouvais-je me passer d'elle. Mais depuis que de tes innombrables flèches tu m'as touchée au coeur, Ottavia, je me suis mis à brûler pour toi d'un tel amour, j'en brûle encore si fort, qu'au prix de toi j'ai tout en haine, même mon cher Callias ; je crois que toute la volupté réside dans tes embrassements. Ne va pas pour cela me juger pire que les autres ; ce goût est répandu presque dans tout l'univers . Les Italiennes, les Espagnoles, les Françaises s'aiment volontiers entre elles, et, si la honte ne les retenait pas, elles se jetteraient dans les bras les unes des autres, en rut. Cette pratique était surtout familière aux Lesbiennes ; Sapho en illustre le nom, bien mieux, elle l'a ennobli. Que de fois Andromède, Athys, Anactoria, Mnaïs et Girino, ses mignonnes, ont fatigués ces flancs ! Les Grecs appellent tribades les héroïnes en ce genre, les Latins leur donnent les noms de frictrices et subagitatrices. Philoenis, qui s'adonnait éperdument à ce plaisir, passe pour l'avoir inventé : par son exemple, car elle était une femme d'une grande renommée, elle répandit chez les femmes et chez les jeunes filles le goût d'une volupté inconnue jusqu'à elle. On les appela tribades, de ce qu'à tour de rôle elles foulent et se font fouler ; frictrices, du frottement du corps ; subagitatrices, de leurs violents mouvements des hanches. Que veux-tu de plus, ma chère Ottavia ? Faire et se laisser faire, c'est d'une femme qui n'est pas bête et dont le coeur bat vigoureusement dans la poitrine.
Ottavia : - Par Hercule ! tu racontes de jolies choses, mais elles sont non moins absurdes que plaisantes. Enfin, tu as été ce soir et tribade et frictrice et subagitatrice ; mais moi, comment m'appelles-tu ?
Tullia : - Ma tendre, ma charmante, ma divine Cypris. Toutefois, je n'ai rien mis en usage qui eût pu faire le moindre tort à ton intégrité, qui m'eut aidée à fracturer cette petite porte-là, à cueillir la fleur de ta virginité.
Ottavia : - Comment cela t'eût-il été possible ?
Tullia : - Les Milésiennes se fabriquaient en cuir des simulacres long de huit pouces et gros à proportion. Aristophane nous apprend que les femmes de son temps avaient coutume de s'en servir. Aujourd'hui même encore, chez les Italiennes, les Espagnoles surtout, et même chez les Asiatiques de notre sexe, cet instrument tient la place d'honneur dans la toilette féminine ; c'est le meuble le plus précieux ; il coûte fort cher.
Ottavia : - Je ne comprends pas ce que c'est, ni à quoi cela peut servir.
Tullia : - Tu le comprendras plus tard ; mais parlons d'autres choses.

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TROISIEME DIALOGUE
Anatomie

(...)

Ottavia : Voici ; mais que me veux-tu donc, avec ces coquins d'yeux ? (Tu m'écartes de part et d'autre les lèvres). Et que vois-tu là dedans ?
Tullia : Tendre vierge ! je vois une fleur, qui de quiconque la verra, sera préférée à toutes les fleurs et à tous les parfums !
Ottavia : Ah ! Tullia, retiens, je t'en prie, ta main lascive, retire ce maudit doigt (que tu m'enfonces). Tu me fait vraiment mal (en me le fourrant si avant).
Tullia : J'ai pitié de toi, conque précieuse, plus digne de voir naître Vénus que ne le fut jadis cette conque dont on dit qu'est sortie Vénus ! Il est né sous d'heureux auspices ce Caviceo, pour qui de cette conque naîtra une Vénus nouvelle !
Ottavia : Et pourtant, tu dis que tu me prends en pitié ?
Tullia : Oui, car je te vois déjà déchirée de lamentable façon.
Ottavia : Qu'en sera-t-il ? Qu'est ce qui cause ta surprise ?
Tullia : Comme ton jardin n'offre qu'une toute petite porte, une entrée bien difficile, je crains qu'il n'incombe à Caviceo un labeur qui, tout agréable qu'il soit, ne laisse pas de lui être d'abord moins doux que pénible. Tu as vu la catapulte avec laquelle il doit faire brèche dans ta redoute ?
Ottavia : Non, je ne l'ai pas vue ; mais, par Castor, j'ai senti qu'elle était telle que l'on dépeint la massue d'Hercule, (grosse, raide et d'une belle longueur).
(...)
Ottavia : - N'aie pas sommeil, je t'en prie ; sois gentille pour qui te fait des risettes.
Tullia : - Par ta Vénus et par la mienne, par celle aussi de Caviceo ! tu as plus besoin de sommeil que moi ; la nuit prochaine, tu n'en goûteras pas un instant, au milieu des embrassements, des baisers, des étreintes, des branle-bas, des fureurs de Caviceo. Repose ton corps si tendre, si délicat ; prépare toi résolument à ce combat que tu dois soutenir.
Ottavia : - Je ferai comme tu le veux, mais j'ai plus de souci de ta santé que de la mienne. Endors-toi, je ne dis plus un mot.
Tullia : - Donne-moi un baiser, ce sera mon viatique pour le sommeil.
Ottavia : - Je te livre ma bouche, mes lèvres, tout mon corps ; toutes les jouissances que tu voudras de moi, prends les, je t'appartiens.
Tullia : - O les baisers que m'envierait Jupiter ! O les douces étreintes ! permets que je m'endorme entre tes bras, ainsi que Mars s'endort avec sa Cypris. Quand je serai délivré du sommeil, je reprendrai mon discours, et tout aussi consciencieusement que j'ai commencé j'achèverai ce qui me reste à te dire, ma douce enfant, ma reine.
Octavia : - Tu es plus bavarde qu'il ne convient maintenant ; tais-toi et dors ; fais ce que tu as à faire.
 
 
(...)
Tullia : Eh bien, sa mentule atteint cette grosseur quand elle se courrouce contre moi ; maintenant pourtant ce braquemart convient parfaitement à ma gaine.
Ottavia : Quelle est donc cette gaine victorieuse, cette gaine fulminante ? Je voudrais le savoir.
Tullia : Un puceron ne diffère pas plus d'un poulet que la tienne ne diffère de la mienne. La voici, regarde, examine, explore.
Ottavia : Allonge-toi dans le lit et mets-toi sur le dos ; je ne puis voir à mon aise, si tu restes assise.
Tullia : Me voici couchée ; regarde tout minutieusement. Cela aura de l'utilité pour toi, et pour moi de la douceur.
Ottavia : J'aperçois un gouffre ! Je vois le gouffre où se jeta Curtius et qui l'engloutit, tout chargé de son armure, monté sur son cheval. Je veux en approcher la main, en ouvrir les lèvres ; j'y entrerais faiblement la main tout entière, si je voulais. Je me contente d'y mettre le doigt, celui de Vénus, naturellement, et je le charge d'explorer cette région pour m'en rapporter des nouvelles, me dire combien elle est vaste, large, profonde, commode pour la mentule. Bravo ! elle conviendrait à Priape lui-même, ah ! ah! Ah ou à tout autre encore mieux outillé que Priape. Mais un fâcheux parfum me monte au nez :
... Tel, s'exhalant des noires cavernes.
Un souffle empesté vient frapper les narines.
Quelles fleurs malodorantes poussent dans ton jardin ! Vénus refuserait qu'on lui en fît une guirlande ou une couronne.
Tullia : Tu es gaie, chère mignonne, et tu plaisantes gentiment. Toi aussi, tu deviendras telle que je suis, et avant peu de mis, après que tu seras accouchée ; tu seras immensément large, comme je le suis ; tu auras un trou énorme au bas du ventre, un trou comme le mien ; toi qui as cette bouche-là aussi fraîche d'haleine que l'autre, tu m'affligerais le nez d'une fâcheuse odeur, et ma main, si elle te touche, en sera infectée. Ce sont les désagréments du mariage, ce sont les conséquences de nos plaisirs. Oui, telle tu seras, sois-en sûre.

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QUATRIEME DIALOGUE
Le Duel
(...)

Ottavia : - Ne me laisse pas me torturer plus longtemps de curiosité, ma reine, mon mari, " si tu as eu de moi quelque douceur. "

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CINQUIEME DIALOGUE
Voluptés
(...)

Tullia : - Qu'est-ce à dire ? Si tendre, si délicate, tu n'es pas morte aux premières attaques de Caviceo ? Qu'entends-je ? Si vite tu es devenue de cette force ? Te voilà passée athlète, ô conque victorieuse, digne de la couronne de lauriers !
Ottavia : - Arrête, main libertine : tes lascifs attouchements excitent à l'adultère une nouvelle mariée.
Tullia : - Laisse faire, petite sotte. Que crains-tu dans mon lit, que ta présence remplit de passions et d'ardeurs sensuelles ? Ces bougies qui brûlent, je n'ai pas voulu les éteindre, dans l'intention de dévorer des yeux la fleur de ta beauté.
Ottavia : - Mais les lois de l'amitié ne doivent-elles pas céder devant celles de l'amour conjugal ? Si je te permets maintenant les mêmes familiarités que jadis, n'infligerai-je pas un affront à Caviceo ?
Tullia : - Ah ! ah ! ah ! qu'aurais-tu désormais à me reprocher.
Ottavia : - Que signifient ces éclats de rire ?
Tullia : - Quel gouffre est devenu l'asile où se cachait ta virginité ! Que me reprocheras-tu désormais ?
Ottavia : - Je n'ai rien, ma chère Tullia, que je veuille ou que je puisse te reprocher.
Tullia : - Ecarte les cuisses.
Octavia : - J'obéis.
Tullia : Quel changement d'une vierge à une femme ! Tu es toute déchirée, massacrée.
Ottavia : Cesse tes attouchements, tu m'excites trop. Veux-tu que ta main me fasse commettre un adultère, moi qui aimerais mieux mourir que de me souiller dans les bras d'un autre que mon mari ?
Tullia : - Nous verrons cela plus tard. (...)
(...)
Tullia : - Je suis folle, ma petite caille, ma tourterelle... Ah ! prête-moi ta main.
Ottavia : - Je ne te la prête pas, je te la donne. Qu'en feras-tu ?
Tullia : - Mets la, grande ouverte, sur le bastion de Vénus, envahis le champ de bataille des guerres intestines, et tiens-moi lieu de mari. Fort bien !
Ottavia : - Oh ! si je pouvais te faire ce que me fait Caviceo ! Mais qu'est-ce que l'ombre en comparaison du corps ? Comme tu m'embrasses étroitement ! Comme ta poitrine se colle à ma poitrine !
Tullia : - O Lampridio !...
Ottavia : Que tu es libertine ! De tes lombes jaillit un ruisseau où pourrait presque nager l'enfantelet Amour. "
(...)
Ottavia : - Je n'ai jamais rien appris qui ternisse la réputation de ma mère.
Tullia : - De quelques années plus avancée en âge, elle nous avait si bien corrompues, Lucrezia, Victoria et moi, de ses lubricités, qu'il n'y avait pas de plus polissonnes que nous . Nous avions toutes neuf ou dix ans ; ta mère, Sempronia, atteignait déjà sa quatorzième année. A l'égard de Victoria, pour laquelle elle dépérissait, elle feignait d'être un garçon et voulait que j'en fusse un vis-à-vis d'elle-même. Elle parlait à Lucrezia et à Victoria comme un amant à sa maîtresse, usant des mêmes applications érotiques, et les excitaient à l'amour. Elle se plaignait de brûler, nous suppliait de lui soulager sa passion par des embrassements et des baisers. Nous autres, qui n'éprouvions aucune sensation amoureuse, nous éclations de rire, mais nous la baisions, nous la prenions dans nos bras. Née d'une telle mère, tu dois être aussi ardente que Vénus. Eh ! eh ! eh ! j'ai bon souvenir, écoute. "
 
 

 

 

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Bibliographie :
1 : Des secrets de l'amour et de Vénus Satire sotadique de Luisa Sigéa, de Tolède, par Nicolas Chorier - préface d'André Berry, Editions l'Or du Temps, 1969, tome 1 et 2.

2 : L'Académie des dames ou la Philosophie dans le boudoir du Grand Siècle Dialogues érotiques présentés par Jean-Pierre Dubost, Editions Philippe Picquier, Arles, 1999.

Liens lesbiens :
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Page entoilée le 28/06/2003 et mise à jour le 28/06/2003

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Édition sur le net :

- des traducteurs et commentateurs francophones de Sappho de Lesbos
- de textes littéraires ou scientifiques qualifiés de lesbiens par abus de langage
- d'une iconographie et d'une pinacothèque dénommées pompeusement "musée lesbien".


Par passion livresque, sapphique, lesbienne, littéraire et pour tuer le temps.