D'UN AUTEUR ANONYME : LES AVANTURES SATYRIQUES DE FLORINDE (1625)  

L'article du Dictionnaire des oeuvres érotiques préfacé par Pascal Pia commente ainsi Les Avantures satyriques de Florinde habitant de la Basse Région de la Lune :

" Quoi que dise le titre dont nous venons de donner le libellé exact, cet ouvrage n'a pas pour héros un personnage lunaire ".

Pourtant, le héros Florinde conte :

" ... je r'entre en ville sans bruit, espie de tous costez ; et ne me voyant apperceu d'aucun je gaigne à la faveur d'une faible lumière de la Lune les routes qui conduisoient en un jardin qui estoit dans le derriere du logis de la belle et à defaut de la muraille sautant pardessus un palis, j'approche du pied de la gallerie "

Le titre et le texte en prose entrecoupé de poèmes est à double lecture. Lune en langage populaire signifie "fesses" et renvoie aux cornes du croissant de la planète lunaire et donc au "cocu" . Notre héros est tout aussi coquin que l'aimable Lubin de la chanson populaire "Au Clair de la lune".

A ce propos, dict Polybe, je vous raconteray une assez plaisante action. J'estois l'an passé à Bronduse, où deux jeunes bourgeoises, curieuses d'employer le temps doucement, me voyant d'une taille, et d'une encoleure capable de contenter leurs désirs, m'introduisirent un jour dans une petite sale, où d'ordinaires elles exercoient leurs esbats. Les voyant toutes deux egales, et d'aages, et de merite, je pensay bien que j'avois plus de besongne taillée que trois n'en eussent demandé, jugeant neantmoins qu'il me falloit durer, et sans les mescontenter me resoudre à un agreable travail.
A la premiere oeuillade que l'une me donna, me sentant en humeur, je la jette sur un lict vert, où apres quelque douce resistance, pour m'animer au combat, j'entre dans la lice ; et soudain l'autre qui meritoit non moins d'esprouver ces delices se vient doucement appuyer sur moy, et me foulant avec les mains par mesure, me faisoit entrer plus avant, si que le plaisir redoublant, la mignonne que je caressois, se sentant vivement touchee, me pressoit, et m'enbrassoit si estroittement, que semblant colez par le haut du corps, on pouvait voir par le bas un doux et agreable mouvement, compassé et reglé par l'agitation de cette autre mignarde.
Ce plaisir fini, après avoir pris quelque repos, forcé de gouster à quelques confitures, je pensay de continuer à bien faire, changeant de viande pour me donner plus d'appétit, et me prenant à caresser cette belle qui nous avoit si plaisamment soulagé, la premiere ne manqua pas, m'excitant à un plus ferme mouvement, de rendre la pareille, repensant au double plaisir que lui avoit causé la lubrique action de sa compagne.

Deux bourgeoises toutes lubriques
Ne se contentant du déduit
Qu'exercent les garses publiques
Dedans les bordels jour et nuict,

De mains salement favorables,
Poussant leur mignon par abas,
Sont l'une à l'autre secourables,
Afin d'augmenter leurs esbas.

 
Les Avantures satyriques de Florinde. (Pages 79-80 de l'édition référencée dans la bibiographie.)

Dans sa littérature érotique et libertine au XVIIe siècle, Michel Loude note :

"Dans les Aventures Satyriques de Florinde, il est question de la première approche des corps, des premiers attouchements et principalement du baiser. Il s'agit de savoir qui, des pucelles ou des femmes, donnent le meilleur baiser. Les pucelles remportent les faveurs des connaisseurs : il n'y a que les pucelles qui simples en leur façon esloignées de tout artifice, puissent faire goûter la douceur du vrai baizer ; touchées au vif d'un aiguillon qu'elles n'ont point encore ressenti, elles se meslent avec vous, se lancent, se tremoussent naturellement ; une lente sueur les prend, les pouls leur bat, le flus et le reflus d'une haleine douce ameine l'ame sur leurs lèvres et demy mortes, et toutes haletantes demeurent estendues dessous les corps de leurs amants."

Ce goût d'être le premier initiateur (ou la première) et de la "virginité (homo)sexuelle" ne se rencontre-t-il pas chez quelques individualités en quête de partenaires qu'elles "débauchent" en plein le jour, le temps d'une "nuit" ?

 
 
 
 
 
 
 
 

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Bibliographie :
- Dictionnaire des Œuvres érotiques domaine français, préface de Pascal Pia, Mercure de France, 1971.
- Littérature érotique et libertine au XVIIe siècle, Essai
par Michel Loude, Arléas éditeur, Lyon, 1994.
- Les Avantures de Florinde Habitant de la Basse région de la Lune, publié d'après l'exemplaire de 1625 et décorées d'eaux fortes par J.-E. Laboureur, Au Cabinet du Livre, Paris, 1928, exemplaire 175. Introduit par des Notes sur l'auteur signé B.G., (Bertrand Guégan nous informe le dictionnaire des Œuvres érotiques).


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