L'amitié entre femmes et SŒUR JUANA INES DE LA CRUZ (1648-1695), poétesse mexicaine  

 

Née au pied du beau volcan Popocatépetl (trop beau, je recopie sans faute Popocatépetl sis au Mexique), Juana fut la fille naturelle d'une mère créole célibataire de cinq enfants, Isabel Ramirez de Santillana, et du capitaine Pedro Manuel de Asbeja. Juana fut élevée par son "grand-père maternel, terrien de moyenne fortune et ami des Lettres". Sa tante mariée à un "homme fortuné et influent" la plaça comme dame de compagnie de la marquise de Mancera, vice-reine de la Nouvelle-Espagne. En 1669, à l'âge de 20 ans, elle intégra le couvent de Saint-Jérôme à Mexico. Lire ou relire La Religieuse de Diderot :

 

Juana est bien femme de son temps : le toit monacal abritait les femmes lorsque l'absence de dot ne pouvait assurer les " tuiles " maritales. Elle écrivit être contre le mariage - sans en préciser une seule raison : " Je devins religieuse, car bien que sachant que cet état présentait beaucoup de choses (accessoires, dis-je, et non pas formelles) contraires à mon esprit, toutefois étant donné mon refus total du mariage, c'était ce qu'il y a de moins disproportionné et qui convenait le mieux avec ce que je pouvais choisir quant à mon souci primordial du salut ". Comme sa jeune devancière Louise Labé mariée au riche et vieux cordier, Juana réclama, pour elle-même et pour toutes les femmes, le droit à l'étude et au savoir. Comme celle de la Lyonnaise, la poésie de la Mexicaine fut imprimée de son vivant. L'écrivaine fut glorifiée et la femme calomniée : " Quant à moi je peux assurer que les calomnies m'ont quelquefois mortifiée, mais elles ne m'ont jamais blessée… ". Après un oubli de deux siècles, l'Etat mexicain lui consacre des billets de banque et des timbres-poste et les universitaires étasuniens et sud-américains l'ont redécouverte et la qualifient de " première femme féministe du Nouveau Monde ". Dans les deux poèmes ci-dessous, Juana déclare son respectueux amour à la Divine Lysi, la vice-reine Marquise de la Luguna. Jean-Michel Wissmer, auteur de La religieuse mexicaine, Sor Juana Inès de la Cruz, ou le scandale de l'écriture commente :

Aucun document ne nous est parvenu se faisant l'écho d'une quelconque réaction scandalisée à propos de ses vers osés et grossiers. En revanche, les éditeurs espagnols de Sor Juana ont cru bon de mettre les points sur les i afin que l'amour passionné de la poétesse pour la vice-reine (la comtesse de Paredes) ne soit pas "mal interprété". C'est ainsi que l'épigraphe d'un poème souligne clairement qu'il s'agit "d'un amour pur", "sans désir d'indécences". Ailleurs "un avertissement" tente d'expliquer l'origine de cet amour "à l'ardeur si pure". Cette précaution des éditeurs semble indiquer que toutes les libertés n'étaient pas autorisées et que, par exemple, l'homosexualité féminine restait un tabou. Il faut dire que Sor Juana ne s'est pas privée de décrire amoureusement presque toutes les parties du corps féminin alors qu'en général les poètes passaient de la poitrine aux jambes en évitant soigneusement le bassin. Mais elle sait aussi habilement répliquer à ceux qui pourraient la montrer du doigt, se cachant derrière l'amour platonique :

      Etre femme et être absente
      ne m'empêche pas de t'aimer ;
      car tu sais bien que les âmes
      ignorent la distance et le sexe.

Sœur Juana exprime son respect amoureux à la vice-reine marquise de la Laguna :

Divine Lysi mienne :
Pardonne si j'ose t'appeler
Ainsi, quand même d'être tienne
Je ne mérite pas le nom.

Et je crois, que ce n'est pas audace
T'appeler ainsi, car
Toi tu as des rayons en trop,
Si en moi il peut y avoir des audaces.

C'est erreur de la langue,
Que ce qui dit l'empire
Du maître, dans la domination,
Paraisse possession du serf.

Mon roi, dit le vassal ;
Ma prison, dit le prisonnier ;
Et le plus humble esclave,
Sans l'offenser, appelle sien son maître.

Aussi quand mienne
Je t'appelle, je ne prétends pas
Qu'on juge que tu es mienne,
Mais seulement que tienne je veux être.

Moi je t'ai vue ; mais cela suffit :
Car pour publier des incendies
Il suffit de désigner la cause,
Sans ajouter la faute de l'effet.

Et te voir si élevée,
N'empêche pas mon intrépidité ;
Car il n'y a pas de divinité à l'abri
Du vol altier de la pensée.

Et même si d'autres ont plus de mérites,
Par rapport au Ciel
Aussi loin se trouve la vallée
La plus humble, que le mont le plus superbe.

Enfin, moi de t'adorer
Le délit je confesse ;
Si tu veux me punir,
Cette punition même sera le prix.

 

Dans ce sonnet, Sœur Juana explique son amour platonique à l'adresse de la même Lysi, la vice-reine, marquise de la Laguna :

      Moi j'adore Lysi, mais je ne prétends pas
      que Lysi à mon amour corresponde ;
      car si je juge possible sa beauté,
      j'offense et son honneur et mon esprit.
       
      Seul ne pas entreprendre est ce que j'entreprends :
      car je sais que pour mériter tant de grandeur
      aucun mérite ne suffit, et c'est sottise
      que d'agir contre cela même que je sais.
       
      Je conçois une chose si sacrée
      sa beauté, que mon audace ne veut pas
      à l'espérance donner la moindre entrée :
       
      aussi ma joie cédant devant la sienne,
      pour ne pas voir une telle beauté mal employée,
      je pense même que la voir mienne je regretterais.

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