Du saphisme chez le baron de Longepierre (1659-1721), traducteur de Sapho  

 

Plan de saphisme.com

Introduction à Longepierre par saphisme.com

La vie de Sapho par Longepierre

Sur Sapho poème de Longepierre

Les poésies de Sapho de Lesbos par Longepierre

Hymne à Vénus

Ode "Ce mortel trop heureux, me semble assurément"

Fragments

 

 


LES ŒUVRES
D’ANACREON
ET
DE SAPHO
Contenant leurs Poësies, & les galanteries
de l’ancienne Grece.
Traduites de Grec en vers François par Mr.
de LONGEPIERRE, avec des Notes
curieuses sur tout l’Ouvrage.

 


A PARIS,
Chez CHARLES CLOUZIER.


M. DC. LXXXXII.
AVEC PRIVILEGE DU ROI.

 

 

LES POESIES
DE SAPHO
DE LESBOS

Hymne à Venus.

Immortelle Venus, Divinité puissante,
Dans cent temples fameux servie & triomphante,
Fille de Jupiter, qui trompant les Amans
Par vos pieges flatteurs confondez leur attente :
Ah, c’est vous que j’implore éperdüe & mourante,
N’accablez pas mon cœur d’ennuis & de tourmens,
O Deesse charmante.

Mais venez, écoutant mes vœux ambitieux ;
Me prêter aujourd’huy vos soins officieux ,
Si propice jamais à ma vive prière
Vous m’avez prodigué ce secours precieux,
Du superbe Palais d’un pere glorieux,
Daignant même descendre en ma faveur moins fiere ,
Et venir dans ces lieux.
Sur un char éclatant vous étiez lors portée,

Que de vîtes moineaux d’une grace enchantée,
Par le milieu des airs avec rapidité,
Emportoient sans obstacle ; & d’une aîle agitée
Fendant avec ardeur la route presentée,
Pour amener icy du ciel pour moy quitté,
Leur Maîtresse invitée.

Vous étiez descenduë à peine, & promptement
Ils reprirent leur route ; & vous dans ce moment,
O Deesse propice à mon ame accablée,
Riant avec bonté, d’un air doux & charmant,
Vous voulûtes sçavoir qui sausoit mon tourment,
Pourquoy ma voix icy vous avoit appellée
Avec empressement.

Vous daignâtes aussi me demander, quel gage,
Quel remede calmant mon amoureuse rage
Pouvoit flater le plus mon esprit agité,
Et qui mon cœur brulant souhaitoit davantage
D’engager dans les rets d’un fidelle esclavage.
Qui donc, me disiez-vous, avec tant de fierté,
Chere Sapho, t’outrage ?

Ah s’il fuit à present, & ne te cherche pas,
Dans peu ses soins par tout devanceront tes pas :
S’il méprise tes dons, l’instant fatal approche,
Que t’accablant des siens tu t’en étonneras ;
Et s’il est insensible à tes soins délicats,
Il brulera bien-tôt & suivra sans reproche
Tes loix pleine d’appas.

Telle aujourd’huy venez me secourir encore,
Venez finir l’ennuy, l’horeur qui me devore ;
Et faites que ce cœur plein de trouble & d’effroy,
Qui si parfaitement vous sert & vous honore,
Dans ses vœux accomplis ait la fin qu’il implore,
Vous-même enfin icy combattant avec moy,
Aidez qui vous adore.


REMARQUES
Cette hymne est d’une beauté admirable. On peut voir Denis d’Halicarnasse, à qui nous la devons, & les loüanges qui luy donne.

Que des vîtes moineaux, &c. Elle fait tirer le chariot de Venus par des moineaux, parce que ces petits oiseaux sont forts amoureux : vernis passeribus salaciores, dit une ancienne Epigramme qui se trouve dans les Catalectes.

Et qui je souhaitois, &c. Cet endroit a été ce me semble bien corrigé par Mr le Févre. Voyez les Remarques de Mlle sa fille. Au reste, je ne sçay s’il est aussi vray qu’elle se le persuade, que cette Hymne ait été precisément composée après le départ de Phaon pour la Sicile.

 

 

 

ODE.

Ce mortel trop heureux, me semble assurément
Etre égal aux Dieux même en son contentement ;
Qui prés de vous assis, se sent frapper, s’enchante,
S’enyvre du plaisir, du doux ravissement
De vous ouïr parler avec tant d’agrément,
Et de vous voir riant d’une façon touchante,
Et d’un aire tout charmant.

C’est ce ris, ce parler, cette grace charmante,
Qui trouble puissamment mon ame défaillante :
Car dans un vif transport, si tôt que je vous vois,
Stupide, hors de moy, la parole mourante
Se perd, s’évanouït dans ma bouche tremblante,
Et je ne me sens plus en cet instant de voix,
Qui serve mon attente.

Ma langue en vains efforts se brise foiblement,
Un feu subtil, un feu dangereux, consumant,
S’allume dans mon corps, se glisse dans mes veines :
De nuages épais couverts entierement,
Mes yeux cessent de voir même imparfaitement :
D’un bruit vain & confus mes oreilles trop pleines,
Resonnent sourdement.

Je sens par tout mon ocrps une sueur glaçante ;
Un frisson general m’agite & me tourmente,
Mon visage est couvert d’une horrible pâleur,
Et de l’herbe flétrie a la couleur mourante ;
Je ne respire plus, & sans pouls defaillante,
On diroit que la mort va finir la langueur
De ma vie expirante.


REMARQUES

C’est à Longin que nous devons cette Ode ; & Mr Despreaux qui nous a donné en nôtre langue un autheur si difficile, nous a aussi donné une excellente traduction de cette piece ; qui m’a empêché long-temps de penser à la traduire, & que j’aurois mise même à la place de la mienne, si j’en avois osé prendre la liberté.
Ce mortel trop heureux, &c. Nous avons une Epigramme de l’Anthologie qui pourroit bien être une imitation de cette Strophe ; elle est dans le 7e livre page 476.

…. Grec
… . Grec

Qui vous voit est heureux sans doute ;
Mais plus heureux encor celuy qui vous écoute :
Qui vous baise, jouït du sort des demy Dieux ;
Qui vous possede enfin, est égal même aux Dieux.


D’un bruit vain & confus, &c. Lucrece a dit la même chose sur un sujet different à la fin du 6e liv. Au reste Longin avec justice vante extrêmement l’art qui entre dans le ramas de toutes ces circonstances. Plutarque en a parlé en trois endroits ; & Mr Racine pourroit bien s’en être souvenu, lorsqu’il a fait dire si pathétiquement à sa Phèdre.

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vûë,
Un trouble s’éleva dans mon ame éperdüe,
Mes yeux ne voyaient plus , je ne pouvois parler :
Je sentis tout mon corps & transir & brûler,
Je reconnus Vénus, &c.

L’on peut voir les Remarques de Mlle le Févre sur ces deux Odes.


 

FRAGMENS

I.

La mort ayant fermé vôtre triste paupiere,
Vous resterez obscure, & mourrez toute entiere ;
Et dans le plus profond oubly
Vôtre nom languira sans gloire ensevely.
Car dans l’oisiveté nourrie
Vôtre main n’a jamais cueilly
Les roses, dont est embellie
La montagne de Pierie.
Inconnuë, ignorée, & sans gloire, sans nom,
Vous irez donc au Palais de Pluton ;
Et lorsque vous ferez dans des lieux si funestes,
Tout avec vous disparoîtra,
Et dans tout l’avenir ne laissant aucuns restes,
Vôtre nom sans honneurs soudain s’effacera.
Mais pour Sapho, Sapho glorieuse, immortelle,
Jouïra noblement d’une vie éternelle.

REMARQUES

SAPHO n’est pas la seule, qui par une juste connoissance du prix de ses ouvrages, s’est flattée par avance de l’immortalité. Virgile a exprimé ses sentiments pareils à ceux de Sapho au commencement du 3e livre des Georg. Ovide à la fin du 3e livre des Amours, Horace en plusieurs endroits, particulièrement dans l’Ode qui commence par ces mots, Exegi monumentum.

La montagne de Pierie. On connoît assez cette montagne située dans la Macedoine, & consacrée aux Muses.

II.

O Mere, à mes desirs plus douce que la vie,
Je ne puis travailler ; & dontée, asservie
Sous le joug de Venus qui trouble ma raison,
Je cede aux feux qu’inspire un si charmant garçon.

REMARQUE

SAPPHO exprime dans ce Fragment, l’un des effets les plus ordinaires d’un violent amour. Ainsi Horace a dit dans la 12e Ode du 3e liv.

Tibi qualum Cytheree ? puer ales
Tibi telas, operos ?que Minerve
Studium ausert Neobule Liparei nitor Hebri.

Le fils aîlé de la belle Venus
Eteint votre ardeur à l’ouvrage,
Et la beauté du jeune Hebrus
Vous ête entierement l’usage
D’un exercice vain, qui ne vous touche plus.

III

Les Pleiades helas, & la Lune couchées,
Aux yeux se sont déjà cachées ;
Déjà la Nuit a fait la moitié de son cours ;
Déjà s’écoule, passe & fuit l’heure ordinaire,
Cependant je dors seule, & triste sans secours,
Je passe à soupirer une nuit solitaire.


IV.

L’Amour agit, trouble & confond tous mes sens ;
L’amour dans sa vive furie,
Qui penetre & dissout les membres languissans.
L’Amour oiseau, dans qui se trouve unie
L’Amertume avec la douceur,
Contre lequel il n’est ny secours ny remede.
Enfin Athis, enfin vous m’ôtez votre cœur,
Et tournez tous vos vœux vers la belle Andromede.


REMARQUES.

Qui penetre & dissout, &c. Anacreon dit dans l’Ode 14. que l’Amour le traite de même, µ??? ?e.

Amour oiseau &c. Voyez les remarques sur l’Ode 33. & sur l’Ode 45 d’Anacreon.

Athis & Andromede. Ces deux belles filles étoient des plus cheres amies de Sapho.


V.

Si Jupiter aux fleurs vouloit donner un Roy
La Rose auroit ce glorieux employ.
C’est l’ornement de la terre charmante,
L’éclat des plantes, l’œil des fleurs,
Le vermillon des prez, une beauté brillante ;
Ne respirant qu’amour & la flâme touchante,
Elle appelle Venus, attire les faveurs.
Elle est parée aux yeux par son charmant feuillage ;
Dont la legereté fait briller davantage
Tout ce qu’elle a d’aimable & de delicieux ;
Enfin cette fleur rit aux Zéphyrs amoureux.

REMARQUES

C’est à Achilles Tatius que nous devons ce fragment, que plusieurs attribuent à Sapho. Clitophon dit chez ce Romancier, que sa Maîtresse chanta dans un repas cet éloge de la Rose. On peut voir les Odes 5 & 53 d’Anacréon ; & les remarques.

Elle appelle Venus, attire ses faveurs. C’est ce que dit Anacreon dans l’Ode 53. en lisant …. Grec.

VI.

Venez Venus, venez vous-même
Dans nos repas délicieux,
Pour nos amis communs, avec un soin extrême
Remplir des coupes d’or de Nectar précieux.


REMARQUES

Il faut joindre ce Fragment à l’Ode 4. d’Anacreon, où, comme Sapho prie icy Venus de leur servir à boire, Anacreon fait la même priere à l’Amour.

 
 

accueil

Tout et Rien sur Sappho de Lesbos

bibliothèque lesbienne par auteurs

musée lesbien

sexualité et saphisme. Ici dessin d'Ange et Damnation

 
   
Bibliographie :

- LE CABINET SECRET DU PARNASSE, recueil de poésies libres, rares ou peu connues, pour servir de Supplément aux Œuvres dites complètes des poètes français, THEOPHILE DE VIAU ET LES LIBERTINS Théophile de Viau - Le Sieur de la Ronce - Guillaume Colletet - Le Sieur de La Porte - Jean de La Fontaine - Saint-Pavin - Claude Le Petit - Le Chanoine Maucroix - L' Abbé de Chaulieu. Textes revus sur les Editions anciennes et les manuscrits et publiés avec notes , variantes, Bibliographie et Glossaire par LOUIS PERCEAU. PARIS, Au Cabinet du Livre 79, RUE DE VAUGIRARD, 79 1935.

- Œuvres libertines de Claude Le Petit par Frédéric Lachèvre, 1918.

- Les Précieuses ou comment l'esprit vint aux femmes, par Roger Duchêne, Librairie Arthème Fayard, 2001.

- LES ŒUVRES/ D’ANACREON/ ET/ DE SAPHO./ Contenant leurs Poësies, & les galanteries/ De l’ancienne Grece./ Traduites de Grec en vers François par Mr./ De LONGEPIERRE, avec des Notes/ Curieuses sur tout l’Ouvrage.//A PARIS,/ Chez CHARLES CLOUZIER//M.DC.LXXXXII.// AVEC PRIVILEGE DU ROI.

 



Liens lesbiens :
???
   
www.saphisme.com
Page entoilée le 22/03/2003 et mise à jour le 01/01/2004

© Copyright 1999-2010

pour écrire à la webmastrice : contact@saphisme.com

Édition sur le net :

- des traducteurs et commentateurs francophones de Sappho de Lesbos
- de textes littéraires ou scientifiques qualifiés de lesbiens par abus de langage
- d'une iconographie et d'une pinacothèque dénommées pompeusement "musée lesbien".


Par passion livresque, sapphique, lesbienne, littéraire et pour tuer le temps.