GÉDÉON TALLEMANT DES RÉAUX (1619-1692) ET RUMEURS SAPHISTES  

Fils de Marie de Rambouillet et de Pierre Tallemant, Gédéon Tallemant des Réaux naquit à La Rochelle en 1619 d’une famille de financier. Il est l'auteur d'Historiettes qui content avec humour et réalisme les mœurs du XVIIe siècle français.

D'abord, notre conteur utilise le nom de Sapho par antonomase. Alors que la poète Louise Labé est la Sapho lyonnaise, la romancière Madeleine de Scudéry est la Sapho du XVIIe siècle précieux. Dans ses historiettes sur Conrart (éd. La Pléiade T. 1, p. 581) et sur Scudéry et sa soeur, et Madame de Saint-Ange, Tallemant des Réaux raconte :

CONRART

(...)Or, Conrart trouvoit sa belle-soeur de Barré fort jolie : ailleurs elle n'eust pas laissé de l'estre ; mais dans cette famille disgraciée c'estoit un vray soleil. Il la vouloit traitter de haut en bas ; il vouloit qu'elle fust sous sa férule, en estre le patron et la mener partout où il luy plairoit. Cette femme, qui est plus fine que luy, le laissa dire et en a fait après à sa mode, mais doucement toutefois, car elle a affaire à une des plus sottes familles du monde. Un jour qu'elle estoit allée par complaisance promener avec luy et Sapho, et autres beaux-esprits du Samedy, elle dit par hazard : " J'ay esté norrie. - Il ne " faut pas dire cela, " luy dit-il d'un ton magistral, - Il faut dire nourrie. " Cela l'effaroucha un peu, et comme elle n'avoit desjà aucune inclination à faire le bel-esprit, elle ne voulut pas se promener davantage avec toutes ces héroïnes. Quoyque cela ne plust guères à Conrart, il ne laissa pas de continuer à tascher de se rendre maistre de cet esprit. (...)

 

SCUDERY ET SA SOEUR ET MADAME DE SAINT-ANGE

(à saisir)

Le passage suivant est extrait de l’historiette titrée Mesdames de Rohan (éd. La Pléiade T. 1, p. 634). Les sœurs Anne et Henriette de Rohan sont issues du second mariage de la femme de lettres Catherine de Parthenay avec René II, vicomte de Rohan. Anne de Rohan et sa mère Catherine de Parthenay furent l’âme de la résistance de La Rochelle lors du second siège de la ville en 1627 par les Anglais. Elles furent enfermées dans les cachots du château de Niort sur ordre de Richelieu. Mademoiselle Henriette de Rohan, d’aspect disgracieux mais douée d’esprit, écrivit quelques vers, ne se maria pas et... éprouva une forte amitié pour Catherine de Lorraine, Duchesse de Nevers décédée le 8 mars 1618. Henriette mourut, elle, en 1624 à l’âge de 47 ans.

 

MESDAMES DE ROHAN
 

(...) Mlle Anne de Rohan, bonne fille, fort simple, quoyqu’elle sceüst du latin et que toute sa vie elle eust fait des vers ; à la vérité, ils n’estoient pas les meilleurs du monde.
Mlle de Rohan la bossue,
Sa soeur la bossue, avoit bien plus d’esprit qu’elle : j’en ay déjà escrit un impromptu. Elle avoit une passion la plus desmesurée qu’on ayt jamais veûe pour Mme de Nevers, mere de la reyne de Pologne. Quand elle entroit chez cette princesse, elle se jettoit à ses piez, et les luy baisoit. Mme de Nevers estoit fort belle, et elle ne pouvoit passer un jour sans la voir, ou luy escrirre si elle estoit malade : elle avoit tousjours son portrait, grand comme la paume de la main, pendu sur son corps de robe, à l’endroit du coeur. Un jour, l’esmail de la boiste se rompit un peu ; elle le donna à un orfèvre à racommoder, à condition qu’elle l’auroit le jour mesme. Comme il travailloit à sa boutique, lesmail s’envoila, comme ils disent, parce qu’une charrette fort chargée, en passant là tout contre, fit trembler toute la boutique. Elle y alla pour le r’avoir, et fit des enrageries espouvantables à ce pauvre homme, comme si c’eust esté sa faute que ce portrait n’estoit pas raccommodé; on le luy rendit en l’estat qu’il estoit, et le lendemain elle le renvoya.
Elle pensa se jetter par les fenestres quand Mme de Nevers mourut, et on dit qu’elle heurloit comme un loup. Quand elle mourut, on l’enterra avec ce portrait.
Elle disoit : « Je voudrois seulement estre mariée pour un jour, pour m’oster cet opprobre de virginité ». On dit qu’elle y avoit mis bon ordre.


Le passage suivant est extrait de l’historiette titrée La marquise de Brosse, et Maucroix, chanoine de Reims (éd. La Pléiade, T. II, p. 850). La marquise de Brosse, Henriette-Charlotte de Joyeuse née en 1627 épouse d’ Adrien-Pierre de Thiercelin, marquis de Brosse s’y révèle la tendre amie de la marquise de Mirepoix, Louise de Roquelaure épouse d’Alexandre de Lévis, marquis de Mirepoix, décédée en 1674.

LA MARQUISE DE BROSE, ET MAUCROIX, CHANOINE DE REIMS

Une fois qu’elle étoit au lit et qu’ils estoient seuls, elle se mit à trembler et luy dit : « Tenez, voyez comme j’ay les mains froides, j’ay le frisson ; je vous prie, allez-vous-en. - Ah ! Madame », respondit Maucroix, « vous défiez-vous de mon respect ? » Il se contint, et jamais il ne luy a mis le marché au poing. « Ah ! » dit-elle, « je l’avoüe, ce respect merite quelques récompense. » Elle se laissa baiser, elle se laissa taster, et luy avoüa qu’après cela elle ne pouvoit plus respondre de rien. En effet, il n’y en avoit pas pour quatre jours quand la marquise de Mirepoix, qui estoit amoureuse d’elle, la vint enlever. La belle qui estoit coquette, mais point putain; n’en fut point faschée ; car elle voyoit bien le peril. Le Chanoine dit que c’estoit, aimoit l’autre quasy comme elle en estoit aimée, et disoit : « De quoy est-ce que je m’avise d’aimer une personne qui n’est ny jeune ny belle ? ». Il y avoit mille querelles et mille reconciliations.

 
 

 

 


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Bibliographie :
Œuvres de Tallement de Réaux, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Dépot légal : 1990, Premier dépôt légal : 1960, édition établie et annotée par Antoine Adam, tomes I et II.
   
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Page entoilée le 01/10/2003 et mise à jour le 27/12/2003

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