Nicolas-Pierre Colardeau (1732-1776), le Temple de Gnide, Lesbos et Sapho  

 

« Fils d'un receveur du Grenier à Sel de Janville, à six lieues d'Orléans » orphelin dès l'âge de 13 ans, Nicolas-Pierre Colardeau (1732-1776) a pour tuteur son oncle maternel, le curé de Pithiviers. Celui-ci l'oriente par deux fois chez des Procureurs du Parlement afin de le préparer à la profession d'avocat. Mais Nicolas-Pierre préfère les belles lettres et les relations mondaines aux études juridiques. Il présente, sans succès deux tragédies au Théâtre-Français. Il écrit une imitation en vers de la lettre d'Héloïse à Abailard de Pope en lui donnant le titre d'Héroïde, genre qu'il renouvelle et dont il crée la mode. En 1770 (?), peu après Léonard, il publie la mise en vers du TEMPLE DE GNIDE de Montesquieu. Colardeau est élu à l'Académie française en janvier 1776 mais meurt la même année avant de pouvoir présenter son discours d'entrée.

LE TEMPLE DE GNIDE MIS EN VERS
par COLARDEAU

Chant troisième

(...)
J'ai vu des jeux sacrés la pompe et le concours,
J'ai vu de toute part les Grâces, les Amours
Amener par la main les belles Etrangères.
L'Innocence, au front pur, conduisait les Bergères.
(...)
Les filles de Lesbos exprimoient dans leurs vœux
Du plus impur amour le sentiment honteux.
La rougeur sur le front, l'une disoit à l'autre :
" L'éclat de mes attraits s'efface près du vôtre.
Rien ne me semble ici plus aimable que vous :
Mon cœur en est ému, mais n'en est point jaloux.
Si du même œil que moi Vénus vous considère
Cette palme brillante à nos désirs si chère,
Ce prix que je vous cède et n'ose disputer,
Aux yeux de l'Univers vous allez l'emporter".
(...)


Chant quatrième

(...)
A peine la raison éclaira mes esprits,
Que je fus indigné des mœurs de Sibaris .
J'ai toujours craint les Dieux et la vertu m'est chère.
" Ah ! fuyons, ai-je dit ! qu'un autre ciel m'éclaire.
(...)
Je partis ; et bientôt j'arrivai dans la Crète.
(...)
Je quittai cette terre odieuse à Vénus.
L'orage me jeta sur des bords inconnus
Qu'entouroit de son onde une Mer en furie :
C'étoit Lesbos, Lesbos de Vénus peu chérie.
Aux femmes de cette île elle ôte la pudeur,
L'agrément à leurs traits, l'innocence à leur cœur.
Ah ! laisse-les brûler d'une flamme plus pure,
Déesse ! que ton fils les rende à la nature !
Lesbos de trop d'horreurs a fouillé tes regards.
C'est là que Mytilène élève ses remparts.
Sappho de Mytilène est la honte et la gloire :
Cette immortelle sœur des Filles de Mémoire
Abandonne son âme à de folles amours :
Elle abhorre son sexe et le cherche toujours.
Hélas ! combien de fois elle a maudit ses charmes !
Combien de fois, réduire à répandre des larmes,
A-t-elle détecté les penchants de son cœur !
" Amour, cruel enfant, tu ris de ma douleur,
Disoit-elle, ah ! pourquoi mêles-tu tant de peines
A d'impuissants désirs, à des flammes si vaines ?
Venge-toi, punis-moi de mes coupables feux.
Oui frappe, je crains moins ton courroux que tes jeux".


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