Chansons et pamphlets anonymes du recueil de Maurepas :

Gomorrhe et les tribades n'y ont pas la place de Sodome et des bougres !!!

 

Pierre de Clairambault (Asnières en Montagnes, Côtes d’or, 1651- Paris, 1740) fut généalogiste des ordres du Roi. Il réunit dans 42 volumes in-4° un grand nombre de manuscrits relatifs à l’histoire du royaume de France et des grands personnages de la cour. Jean-Frédéric Phélipeaux Comte de Maurepas (Versailles, 1701 - id., 1781), ministre d’Etat de Louis XV puis de Louis XVI, recopia le recueil de Clairambault. Les textes lubriques du recueil furent publiés en 1865 à Bruxelles aux éditions Leyde par Poulet-Malassis. En 1886, Raunié édita le recueil de Maurepas sous le titre "Chansonnier historique du XVIIIe siècle". Hommes et femmes publics sont pourfendus par les chansonniers. Dans l’édition de 1865, les chansons gaillardes colligées mentionnent l’homosexualité masculine. Les mignons d’Henri III, le marquis de Courcelle, le duc de Foix, le bougre de Sicile (Mazarin), Chausson brûlé en place de Grève pour sodomie, François de Comminges, Desfarges, page de la chambre du Roy, Jean-Baptiste Lully, le Duc de Chevreuse ect. sont taxés de mignon, de bougre, de sodomite. L’homosexualité masculine est pourfendue quasiment à chaque page du recueil. En revanche, l’homosexualité féminine y est évoquée de manière exceptionnelle. Seulement, Mademoiselle Sallé, danseuse de l’opéra, et Madame de Tencin sont accusées de tribadisme. Dans trois chansons la ville de Gomorrhe est prétexte à une lubricité toute sodomite où la pénétration anale incline à la jouissance !!! Il faudra attendre Proust pour donner à Gomorrhe tout son plaisir saphique entrevu dans le poème anonyme sur Loth et ses filles. Dans la Réponse de M. De Coulanges, chanson datée de1688, j’ai cru trouvé un début de réponse à cette indifférence face à l’homosexualité féminine :

"Les hommes sont faits pour aimer,
Les femmes sont faites pour plaire.
"

Aimer s’entend bien sûr dans le sens de prendre du plaisir. La séduction dévolue aux femmes ne leur arroge que le devoir de donner du plaisir, leur propre plaisir ne passe que par cette unique voie. Devant la qualité littéraire des chansons du recueil de Maurepas devons-nous, lesbiennes, nous plaindre de cette quasi invisibilité ?

 

Marie Sallé (1707- 1756 Paris), fille d’un bateleur, fit une carrière de danseuse à Paris et à Londre. Etoile de l’Opéra de Paris, elle renouvela le costume et la gestuelle de la danse de son époque. La Tour fit un portrait d’elle exposé au salon de 1741.

 

CHANSON
Sur Mademoiselle Sallé danseuse de l’opéra

Sur la Sallé, la critique est perplexe :
L’un assure qu’elle a fait maint heureux,
L’autre prétend qu’elle aime mieux son sexe,
Un tiers répond qu’elle éprouve les deux ;
Mais c’est à tort que chacun la dégrade ;
De sa vertu, pour moy, je suis certain ;
Renel (1) nous dit qu’elle n’est pas tribade,
Crognet (2) nous dit qu’elle n’est pas putain.

(1) Renel ou Resnel est le marquis de Nesle qui passait pour l'amant de la danseuse.

(2) Danseuse à l’opéra comique, et qui avoit été en Angleterre avec mademoiselle Sallé.

 


 

CHANSON
SUR L’AIR DES ROCHELOIS
Madame la duchesse de Bourbon s’étant habillée
en homme à la campagne, on fit le couplet suivant
1713

On pourrait vous prendre, en ce jour,
Tantost pour le dieu de l’amour ;
Tantost pour sa brillante mère ;
Les gens du goût le plus exquis
Trouveroient à se satisfaire
Et sur la mère et sur le fils.

ELLE FIT CETTE REPONSE
SUR L’AIR : VOUS M’ENTENDEZ BIEN

Quand on a le mignois mignon
L’on ne veut pas être garçon,
Et le voisin se fâche,
Eh bien !
Qu’on fasse à sa moustache,
Vous m’entendez bien.



Claudine Alexandrine Guérin, marquise de Tencin (1681-1749) fut faite religieuse par force. Après une conduite scandaleuse elle devint chanoinesse et fut enfin relevée de ses vœux. L’un de ses nombreux amants l’accusa de la ruiner et se suicida chez elle. Ce scandale lui valut trois mois d’emprisonnement à la Bastille. Avec le chevalier Destouches elle eut un fils qu’elle abandonna, le mathématicien et l’encyclopédiste d’Alembert (1717-1783). Ambitieuse, elle développa la fortune de son frère le Cardinal de Tencin qui devint ministre d’Etat de Louis XV. Elle tint un salon littéraire où se rencontraient Montesquieu, Fontenelle, Marivaux, Voltaire. Femme de lettres, elle écrivit plusieurs romans de manière anonyme en collaboration avec ses neveux et sa Correspondance avec le cardinal de Tencin et ses Lettres au duc de Richelieu furent publiées respectivement en 1790 et 1806.

 

LE CONCILE D’EMBRUN

Pour sa sœur, qu’elle aille à Cythère
Ce seul endroit
Peut lui fournir le monastère
Qu’il lui faudrait ;
Elle est un peu vieille à présent,
Pour chanoinesse
Mais des novices du couvent
Elle sera maîtresse.

 


Le terme de bougresse à l'adresse de la duchesse de Longueville (1619-1679) pourrait avoir le sens de tribade à l'équivalent de "bougre" qui a le sens de "sodomite ou pédéraste". Néanmoins le changements d'ébats n'est pas un changement de sexe. Tendant les fesses, la duchesse est encore ici analement pénétrée par qui ? La dame garde ses secrets et la chanson ses cancans....

 

CHANSON (1)
Monsieur le Prince n’étant plus amoureux de
madame de Longueville, fit cette chanson sur elle.

Peut-être ne sçavez-vous pas,
Peut-être ne sçavez-vous pas,
Que la belle a changé d’ébats
Et que, tendant les fesses
Trelin tin tin tin tin
Elle devient bougresse
Lasse d’être putain.

(1) Clef des Chansonniers, t. 1, p. 224

 

 


 

 

LE VRAI BONHEUR
ODE
1743

C’est toi Saint Bougre que j’invoque
Toi qui sur le trône papal,
Quand un tendre objet te provoque,
Branles ton vit pontifical ;
Toi, qui plus chaud qu’une fournaise
Pour l’inexorable Farnaise,
Sans ranimer tes couillons vieux ;
Quand dans mes vers le foutre germe,
Silence je chante le sperme
Qui rend heureux hommes et dieux.
(...)
Qui jetteroit dans ma peinture
Tout le grotesque de Callot ,
Je tirerois d’après nature
L’histoire du bonhomme Lot ;
Je peindrois ses filles amantes
Exprimant des couilles dormantes
De leur père, de vin noyé,
Et faisant de leur g immonde
La restauration du monde
Que le ciel avait foudroyé.

Nous arrivons près de Gomorrhe
Qu’un bitume vengeur brûla.
De sa cendre qui fume encore,
Sortent les fils de Loyola ;
Mais ces laisons ces bougres infâmes ;
Dans leurs antiphysiques flâmes,
Labourer le champ de l’anus.
Que le diable en rut les chevauche,
Eux que cette affreuse débauche
Rend les ennemis de Vénus !

 

 


La encore "gomorrhiser" a le sens de sodomiser une femme !

CHANSON
SUR L’AIR DES PENDUS
Faites à l’occasion de ce qui s’est passé
au Magasin de l’Opéra le 4 juin 1731.

Or écoutez, grands et petits
Venez entendre le récit.
(...)
Avec ses lunettes, Campra
De font près regardant cela,
En se sentant toujours de Rome
Et vieux citoyen de Sodome,
Si Royer ne l’eût repoussé,
Sans doute il l’eût gomorrhisée.

 


Le Cardinal Jules Mazarin (Italie 1602 - Versailles 1661). Pendant la minorité de Louis XIV, Mazarin est le premier ministre désigné par Richelieu et par Anne d'Autriche, régente du royaume à la mort de son époux Louis XIII (1601-1643). Grand diplomate, soucieux du rayonnement de la France, il dut affronté à l'extérieur la guerre germanique de Trente ans (1618-48) et à l'intérieur la Fronde du Parlement puis des Princes. Face à la Fonde parlementaire, Mazarin, la Reine Anne d'Autriche et l'enfant Louis XIV durent fuir Paris pour Saint Germain en janvier 1649. Face à la Fronde des Princes menée par Condé, Mazarin dut s'exiler en février 1651 près de Cologne. Impopulaire, des mazarinades empreintes d'un relent de xénophobie, de nombreux pamphlets en prose et en vers, furent écrits et chantés contre lui où la lubricité est un moyen d'attaque politique... Dans le même esprit Marie-Antoinette fut accusée d'inceste filial lors de son procès. Ici Gomorrhe et Cythère sont citées sans connotation saphique.

LES TRIOLETS DE MAZARIN
Sur le sujet de sa fuite.

Bougres il faut quitter Paris,
(...)
Suivez, empaleurs de garçons,
Le bougre sait en cent façons
Pescher un étron à la ligne.
Suivez, empaleurs de garçons,
Jules qui vos docteurs enseigne.
(...)
Ce fat eut le cardinalat,
Bénéfices et ministère,
Plus ignorant qu’un frère oblat,
Ce fat eut le cardinalat,
Et quoiqu’il n’eut régi l’Etat
Que de Gomorrhe et de Cythère,
Ce fat eut le cardinalat,
Bénéfices et ministère.
(...)

 

 
	  

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