La Vie de Sapho & Les Poésies de Sapho et A Lesbie de Catulle

par M*** C** Moutonnet-Clairfons 

 

 

Table des matières

AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR (M*** C**)
VIE DE SAPHO par M*** C**
POESIES DE SAPHO [par Moutonnet-Clairfons (Le Mans 1740-Paris 1813)]
Hymne à Vénus
Ode
Epithaphe du pêcheur Pélagon
Epitaphe de la jeune Timas
FRAGMENS
I Sur la Rose
II
III
IV
V
VI
FRAGMENS DIVERS
(le premier , le huitième, le seizième et dernier)

MORCEAUX TRADUITS DE CATULLE.

A Lesbie (Cette Ode est calquée sur l'Ode de Sapho)

 


AVERTISSEMENT.

Il seroit inutile de faire une longue dissertation sur la manière de traduire les Anciens. Chaque Traducteur a son système particulier. Le Public éclairé jugera, d’après ma traduction, des principes que j’ai suivis. Je souhaite que mon travail soit agréable à cette portion charmante qui fait les délices de la Société. Les Savans ont peut-être trop négligé le commerce de ce sexe enchanteur, que l’on doit toujours consulter en matière de goût & de délicatesse. Les femmes ont en effet le tact très-fin, & le jugement exquis. Elles possèdent, pour ainsi dire toute la fleur de l’esprit. Remi Belleau, de la Fosse, Regnier, Gacon, de Longepierre, &c. ont traduit en vers les Odes d’Anacréon. Chaulieu est peut-être le seul qui eût dû les traduire : mais ce voluptueux épicurien, ce paresseux aimable, fuyoit le travail & la contrainte : il vouloit produire sans effort des piéces, qui, quoique négligées, n’en portent pas moins l’empreinte du génie.
Mme Dacier nous a donné une traduction en Prose d’Anacréon & de Sapho. Je n’en ferai point ici la critique : je me contenterai de citer ces mots qu’on lit dans le nouveau Dictionnaire Historique, par une Société de Gens de Lettres, 1772. « Les Poësies d’Anacréon semblent avoir été dictées par les Amours & les Grâces. L’antiquité et même notre siècle n’ont point fourni d’Auteur qui ai pu égaler ce style délicat & facile, cette molesse élégante, cette négligence heureuse qui fait bon caractère. La France n’a eu que La Fontaine à lui comparer. On ne parle plus des versions de Mme Dacier en prose, de Belleau en vers, & de quelques autres postérieurs. »
J’ai consulté pour Anacréon & Sapho toutes les éditions et les meilleurs Commentaires. Les connoisseurs distinguent sur tout l’Edition charmante de M. Capperonnier.
Je ne puis m’empêcher de dire un mot sur le célébre Henri Etienne. Cet homme savant et profond, nous as sure qu’il a tiré de l’oubli, au péril de sa vie, les Odes d’Anacréon. La version qu’il nous a donnée en vers Latins, est encore la meilleure : elle fait du moins sentir en partie les graces de l’original ; avantage précieux que n’ont aucunes de nos traductions Françoises plus modernes.
Au lieu d’accompagner ma traduction de notes séches & grammaticales, j’ai préféré d’offrir au Lecteur des morceaux de Poësies analogues, puisées dans nos meilleurs Poëtes François. Je ne connois aucune traduction entière en prose des Idylles de Bion & de Moschus. Les Epigrammes Grecques, Les Loisirs d’un Poëte, des fragments d’Anacréon et de Sapho, n’avoient point encore été traduits.


VIE DE SAPHO.

Les feux qui de Sapho consumèrent le cœur,
Dans ses écrits encore exhalent leur chaleur.

Sapho, cette Femme immortelle par son génie, ses vers, son amour & ses malheurs, naquit à Mytilène, Capitale de l’île de Lesbos, environ six ans avant l’Ere Chrétienne. Les Auteurs ne sont pas d’accord sur le nom de son père. Scamandronime passe ordinairement pour le véritable. On nomme encore Simon, Erigius, Eunomine, Ecryte, Sémus, Camone, Etarche (I). Sa mère s’appelait Cléïs. Voici le nom de ses trois frères :Lariche, Charaxe, Erigius. Elle célébra dans ses Poésies Lariche qu’elle aimoit : fit des vers extrêmement satyriques contre Charaxe, & lui reprocha vivement son amour pour Rhodope ou Doricé, courtisane avec laquelle il dépensa tout son bien.
Sapho épousa Cercola, jeune homme très riche de l’île d’Andros, en eut une fille appelée Cléïs, du nom de son aïeuile, resta veuve fort jeune ; & ne voulut pas s’engager dans de nouveaux liens : mais son cœur tendre et sensible se laissa bientôt enchaîner par les charmes du beau Phaon. Elle ressentit pour lui la passion la plus vive, la plus violente, & n’éprouva de sa part que des dédains et des refus. Touchée de l’indifférence, des froideurs & de l’absence de ce volage Amant, elle lui écrivit en Sicile, où il s’étoit retiré, des lettres touchantes, arrosées, baignées de larmes. Le cruel Phaon n’en fut point attendri ; ne fit aucune réponse. Sapho au désespoir de ce silence, résolut d’aller elle-même se présenter aux yeux de son Amant. Démarche inutile ! Ses vers, son amour, sa préférence, ses reproches, ses emportements, rien ne put fléchir & ramener le cœur de l’insensible Phaon. Indignée du peu de succès de son voyage, Sapho veut enfin oublier pour toujours l’ingrat qui la dédaigne. Elle se rend en Acarnanie, au promontoire de Leucade (2), se précipite courageusement dans la mer, & n’éteint sa passion, qu’en terminant le cours d’une vie si agitée.
Sapho sans être belle, étoit très aimable : elle avoit la taille médiocre, le teint fort brun, les cheveux noirs, le sourire doux, agréable, les yeux pleins de feu & de volupté. Elle vécut du temps de Stésichore, de Pittacus, d’Alcée, de Damophile, de la sage Pamphile, Auteur de quelques Poëmes, d’Erinne, célébre par ses Poësies. Anagora, Mylésienne, Gongylide, de Colophone, Eunique, de Salamine, furent ses élèves. On met au nombre de ses amies, plusieurs belles personnes, Amythone, Anactorie, Androméde, Athis, Cydno, Cyrène, Mégare, Mnaïs, Pyrrine, Thélésile, &c.
Toutes ces femmes étoient étrangères. Les Mytiléniennes en furent jalouses. Cette jalousie n’auroit-elle pas donné naissance aux bruits injurieux à la mémoire de Sapho ? Comment s’imaginer, qu’elle se soit livrée à tous les excès monstrueux dont on l’accuse ? Sa haine contre son frère qui aimoit une courtisane ; le témoignage d’Alcée & de plusieurs anciens qui l’appelent chaste & vertueuse, une réponse que nous a conservé Aristote (3), son violent amour pour Phaon, sa mort surtout pourroit affoiblir, diminuer, détruire même toutes ces impressions odieuses ? Cependant les inconséquences, les bizarreries du cœur humain sont si fréquentes, que nous n’osons contredire ouvertement une tradition aussi ancienne, aussi accréditée. Nous marchons au milieu des doutes, des incertitudes, des ténébres même ; & le flambeau de la saine critique répand à peine une faible lueur sur ces siécles reculés.
Les anciens attribuent à Sapho neuf livres de Poësies Lyriques, des Epithalames, des Hymnes, des Epigrammes, des Elégies, des Iambes, des Monologues, des Scholies, &c. On croit qu’elle inventa les vers Eoliques, Saphiques, & quelques instruments de musique. Ses Poësies ont été louées dans tous les siécles. Socrate, Aristote, Strabon, Démétrius de Phalère, Denis d’Halicarnasse, Plutarque, Longin, L’Empereur Julien, &c. en font le plus grand éloge. La grèce entière lui donna le nom de dixième Muse, & les habitans de Mytilène firent graver son portrait sur leur monnoie.
M. Lefevre dit « qu’il n’y avoit rien de si beau que ses Poësies : mais toutes ces graces, toutes ces beautés, cet art secret et admirable de rentrer dans les cœurs, de parler et de vaincre en même-tems, de toucher les passions les plus tendres, sont des biens qui ne sont point venus jusqu’à nous ».
Denys d’Halicarnasse & Longin nous ont conservé deux piéces admirables de Sapho ; l’Hymne à Vénus, & l’Ode à une de ses amies. Deux Epigrammes, ou Epitaphes, sont parvenues jusqu’à nous, ainsi que plusieurs fragmens épars dans différens Scholiastes, & rassemblés par Wolsius. Ces restes, ces lambeaux ressemblent à des médailles antiques, un peu altérées : on reconnoît toujours, malgré l’injure du temps, la finesse du burin, la perfection du travail. Quand on parcourt ses fragments, il semble que l’on fouille sous les ruines de palais décorés autrefois de la plus noble architecture. On découvre ça et là des morceaux précieux de colonnes, & de statues sculptées avec un art merveilleux. Au milieu de ces débris on retrouve des tableaux qui , quoique couverts par la poussières, offrent encore aux yeux des connoisseurs, un dessin riche & correct, une touche facile & brillante, un coloris suave & délicieux.
Sapho avoit une imagination vive, féconde, ardente & enflammée. Son esprit étoit orné, naturel, agréable & galant. Son cœur trop sensible & trop tendre causa tous ses malheurs, & tous ses tourmens. Cependant c’est à cette sensibilité, à cette tendresse que Sapho devoit ses plus belles Odes, ces piéces immortelles, ces chefs-d’œuvres qui l’ont fait placé au–dessus des autres Poëtes. La beauté, le nombre, l’harmonie, la véhémence, la rapidité, la chaleur ont toujours distingué sa Poësie. Les anciens vantent le tour facile & hardi de ses phrases ; les cadences nombreuses, les expressions tendres,voluptueuses, touchantes de ses vers qui ne respirent que les Grâces, Vénus et l’Amour. Ses Odes brûlantes & passionnées, écrites pour ainsi dire, en caractères de feu, pénétroient, enflammoient tous les cœurs : il étoit impossible de les lire, sans être ému, agité, transporté. Quelle volupté ! quelle douceur ! quels charmes ! quelle sensibilité ! quel enthousiasme ! L’ Amour, pour me servir, d’une expression d’Horace, respire encore dans ses vers ; & les feux qu’elle avoit confiés à sa Lyre ne sont pas éteints.

             Spirat achuc amor,
             Vivuntque commissi calores
             Aeolioe fidibus puellae.


 

(I) Cette diversité de noms a fait croire avec raison, qu’il y avoit eu plusieurs Sapho. L’on voit encore aujourd’hui le portrait d’une Sapho d’Erèse, fameuse courtisane.

(2) On croyait en Grèce que ceux qui était malheureux, & sans aucune espérance dans leur amour, guérissoient de leur passion, en se précipitant du haut de ce fatal rocher. Remède cruel & bizarre ! Les Amours en pleurs, Cupidon désolé, ne purent, préserver le cœur de la malheureuse Sapho de ce barbare préjugé.

3) Voici la réponse de Sapho au poëte Alcée : « Sapho, je voudrois vous confier quelque chose, mais la pudeur m’en empêche ? Alcée, répond Sapho, si vous aviez dessin de dire des choses décentes, qui ne sussent ni grossières, ni obscènes, votre pudeur & votre modestie n’en seroient point alarmées. » Cette réponse de Sapho fait le plus bel éloge de ses sentimens. Ne pourroit-on pas attribuer à Sapho d’Erèse, tout ce qui déshonore Sapho de Mytilène ?

 


Gravure de Charles Eisen      1771      Mansard sculpteur

POESIES DE SAPHO.

HYMNE A VENUS

Immortelle Vénus, Déesse adorée dans tout l’univers, fille de Jupiter, toi qui séduit les cœurs, n’accable point mon ame, je t’en conjure, sous le poids des ennuis & de la douleur. Viens comme autrefois : écoute, au nom de l’Amour, écoute ma prière aussi favorablement que le jour, où quittant le palais doré de ton Père, tu descendis sur ton char voluptueux. De charmants passereaux le faisoient voler légèrement du haut de l’Olympe, en agitant leurs aîles rapides au milieu des airs. Leur course achevée, ils s’en retournent soudain. Alors heureuse Déesse, tu me demandes en souriant de ta bouche divine, ce que j’ai souffert : pourquoi je t’appelle, quel remède peut calmer ma raison furieuse, égarée ; quel Amant je voudrois persuader, attendrir, arrêter dans mes fers… ? Quel ingrat, ô Sapho, cause tes tourments ? Ah ! si l’insensible te fuit, dans peu il te recherchera : s’il refuse tes présens (I), il t’en offrira : s’il ne t’aime pas, il t’aimera bientôt au gré de tes désirs. Descends donc, ô Vénus, délivre-moi de mes ennuis cruels ! Achève, couronne ton ouvrage : accorde à mon cœur tout ce qu’il souhaite ; prends toi-même ma défense !


(I) J’ai suivi le sens que le texte grec offre au premier coup d’œil. Je crois cependant qu’on pourroit traduire ainsi : s’il ne t’a point encore fait des présens, il t’en offrira. De cette manière les interrogations, & les réponses de Vénus font plus naturelles, ont plus de suite. D’ailleurs le verbe grec n’exclut pas absolument ce sens. Je laisse aux Savans à décider la question ; je me conformerai toujours à leur sentiment.


ODE.

Je regarde comme l’égal des Dieux, le mortel, qui placé près de toi, écoute tes paroles enchanteresses, & te vois doucement lui sourire. Ce sont tous ces charmes qui jettent le trouble au fond de mon ame. Dès que je te vois, la parole expire sur mes lèvres : ma langue est muette (I) : je sens courir de veine en veine un feu brûlant : mes yeux s’obscurcissent : je n’entends qu’un bruit confus : une sueur froide se répand sur tout mon corps : je tremble… je frissonne… je pâlis… je respire à peine… il semble que je vais mourir(2).


(I) ma langue est brisée.
(2) Racine avait vraisemblablement sous les yeux la fin de cette Ode, lorsqu’il faisoit dire à Phèdre :
    Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
    Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
    Mes yeux ne voyaient plus : je ne pouvois parler ,
    Je sentis tout mon corps & transir & brûler :
    Je reconnus Vénus……


Boileau dans son excellente traduction du Traité du Sublime de Longin, a rendu ainsi cette Ode, que les Anciens ont toujours regardée comme un chef d’œuvre.

Heureux, qui près de toi, pour toi seule soupire !
Qui jouit du plaisir de t’entendre parler :
Qui te voit quelquefois doucement lui sourire :
Les Dieux dans son bonheur peuvent-ils l’égaler !
Je sens de veine en veine une subtile flamme,
Courir partout mon corps, sitôt que je te vois :
Et dans les doux transports, où s’égare mon ame,
Je ne saurois trouver de langue, ni de voix.
Un nuage confus se répand sur ma vue :
Je n’entends plus : je tombe en de douces langueurs,
Et pâle, sans haleine, interdite, éperdue,
Un frisson me saisit, je tremble, je me meurs.


Voici quelques réflexions de Longin : elles feront connoître en quoi consiste principalement les beautés de cette Ode, toujours regardée comme un modèle du sublime qui se tire des circonstances.

"Quand Sapho veut exprimer les fureurs de l’amour, elle ramasse tous les accidens qui suivent, & qui accompagnent cette passion. Mais où son adresse paroît principalement, c’est dans le choix de tout ce qui marque davantage l’excès & la violence de l’amour. De combien de mouvemens elle est agitée. Elle brûle, elle gele, elle est folle, elle est sage, elle est entièrement hors d’elle-même, elle va mourir. On diroit qu’elle n’est pas éprise d’une seule passion, mais que son ame est un rendez-vous de toutes les passions ; & c’est en effet ce qui arrive à ceux qui aiment. »
M. Lefevre a remarqué dans les huit derniers vers de cette ode un art admirable, pour peindre l’état d’une personne qui perd peu à peu ses forces, & s’évanouit insensiblement. Sapho emploie sept fois la même particule. Le discours plus traînant, plus mou, plus languissant, exprime merveilleusement la situation de ceux qui tombent en foiblesse."


EPITAPHE

DU PECHEUR PELAGON.

Ménisque, père du pêcheur Pélagon, a fait placer sur le tombeau de son fils, une Nasse & une Rame, monumens de sa vie dure & pénible.


EPITAPHE

DE LA JEUNE TIMAS.

Les cendres de la charmante Timas reposent dans ce tombeau. Les Parques cruelles tranchèrent le fil de ses beaux jours, avant que l’Hyménée eut allumé pour elle ses flambeaux. Toutes ses compagnes ont coupé courageusement sur sa tombe leur belle chevelure (I).

 

(I) Les Grecs mettoient sur les tombeaux les instrumens de l’art que l’on avoit exercé : c’étoient des Epitaphes parlantes. Ils coupoient encore leurs cheveux sur la tombe de ceux qu’ils regrettoient.


FRAGMENS.

I.
SUR LA ROSE.

Si Jupiter voulait donner une Reine aux fleurs, la Rose seroit la Reine de toutes les fleurs. Elle est l’ornement de la terre ; l’éclat des plantes, l’œil des fleurs ; l’émail des prairies ; une beauté éclatante. Elle exhale l’Amour ; attire et fixe Vénus : toutes les feuilles sont charmantes, son bouton vermeil s’entr’ouve avec une grâce infinie, & souvent délicieusement aux zéphirs amoureux.


    Semblable en son printems à la Rose nouvelle,
Qui renferme en naissant sa beauté naturelle ,
Cache aux vents amoureux les trésors de son sein,
Et s’ouvre aux doux rayons d’un jour pur & serein.

VOLTAIRE.


Aimable rose, au lever de l’Aurore,
Un essain de Zéphirs badine autour de toi ;
Chacun d’eux jure qu’il t’adore,
Chacun d’eux te promet une éternelle foi.

Mais le soleil en se couchant dans l’onde,
Voit à leurs tendres soins, succéder le mépris ;
La troupe ingrate & vagabonde
Déserte sans scrupule avec ton coloris.

Telle est le sort de la belle jeunesse,
Mille cœurs enchaînés s’offrent à tes désirs ;
Mais bientôt survient la vieillesse,
La fleur tombe, & l’Amour cherche ailleurs les plaisirs.

Les Amours de Leuc. & de Clit.


II.

Lorsque vous serez dans le tombeau, votre nom ne vous survivra point et ne parviendra jamais à la postérité. Vous n’avez point cueilli des Roses sur le mont Piérus ; vous descendrez donc obscure, ignorée dans le sombre palais de Pluton ; on vous oubliera entiérement, quand vous serez descendue chez les Ombres.

III.


Viens dans nos repas délicieux, Mère d’Amour, viens remplir d’un nectar agréable nos coupes d’or ; que ta présence fasse naître la joie au milieu de tes convives & des miens.

 

IV.

L’amour vainqueur de tous les obstacles, me trouble & m’agite. C’est un oiseau doux et cruel ; on ne peu lui résister. Athis, je vous fuis maintenant odieuse, tandis que toutes vos pensées sont pour la belle Andromède.


Paissez, chères brebis, les herbettes naissantes :
Ces prés & ces ruisseaux ont de quoi vous charmer ;
Mais si vous désirez vivre toujours contentes,
Petites innocentes
Gardez-vous bien d’aimer.

Mme DESHOULIERES.

L’Abbé Desportes définit l’Amour bien singulièrement.

Breuvage empoisonné, serpent couvert de fleurs ;
Sophiste injurieux, Artisan de malice,
Passagère fureur, exemple de tout vice,
Plaisir mêlé d’ennuis, de regrets & de pleurs….
Loue Amour qui voudra, c’est une frénésie,
Que les fous ont fait Dieu selon leur fantaisie,
Un mal, une fureur, un fort enchantement,
Par ses charmes cruels troublant l’entendement :
Il le faut dire, Amour, tu n’es rien que misère,
Travail, perte de tems, fureur, trouble, souci…

V.

La Lune & les Pléïades sont déjà couchées : la nuit a fourni la moitié de sa carrière ; & moi, malheureuse, je suis seule dans mon lit, accablée de chagrin.


Tyran dont tout se plaint, tyran que tout adore,
Amour, impitoyable amour ;
Donne quelque relâche au mal qui me dévore
Et la nuit & le jour.
Fais pour me soulager, que mon aimable Alcandre
Devienne un peu plus tendre :
Va porter dans son sein cette bouillante ardeur,
Ces violens transports, cette langueur extrême
Dont tu remplis mon triste cœur.
Mme Deshouilières.

VI.

O ma tendre mère, je ne puis, hélas ! manier la navette, ni l’aiguille ! la redoutable Vénus m’a soumise à son joug impérieux, & mon violent amour pour ce jeune homme m’occupe toute entière.


Coulez tranquilles eaux, volez charmans zéphirs,
Ne vous arrêtez point ; ma voix n’a plus de charmes :
Mon cœur, depuis qu’il aime, éprouve trop d’alarmes ;
L’écho ne répond plus qu’à mes tristes accens.

La Motte.


FRAGMENS DIVERS.

Comment cette femme rustique & grossière peut-elle charmer ton esprit, & enchaîner ton cœur : elle ne sait pas laisser tomber avec grace sa robe flottante.

Le deuil & la consternation ne doivent point regner dans la maison d’un Poëte : c’est une faiblesse indigne d’un Elève d’Apollon.

Celui qui n’a de beauté qu’à l’extérieur, la conserve seulement pendant qu’on le regarde ; mais l’homme rempli de justice & d’équité acquiert bientôt à nos yeux des charmes & des attraits durables.

Pour moi j’aime une vie molle, voluptueuse ; & mon amour pour les plaisirs présens, ne m’empêche pas de faire des actions brillantes & honnêtes.

Je ne suis point d’un naturel colère & bouillant ; mon esprit au contraire est tranquille & rassis.

Les richesses sans la vertu ne sont jamais irréprochables ; mais l’heureux accord de la vertu & des richesses, voilà le comble du bonheur.

L’or est le fils de Jupiter ; la rouille ni les vers ne rongent ce métal, qui aiguise si merveilleusement l’eprit des Mortels.

Heureux époux, tes nôces sont terminées au gré de tes désirs ; tu possèdes la jeune beauté que tu souhaitois.

Architectes, donnez plus d’élévation aux portes ; un époux égal au Dieu Mars s’avance : il est beaucoup plus haut qu’un homme d’une grande taille.

Ils tenoient tous ensemble des vases, offroient des libations, & faisoient des vœux pour le bonheur du nouvel époux.

Jamais une jeune fille ne fut égale en beauté à celle-ci, ô mon gendre !

Hespérus, tu apportes avec toi tous les avantages ; tu nous annonces l’heure de vuider les coupes : tu ramenes les Troupeaux à la Bergerie , & la jeune Bergère auprès de sa mère. Hespérus, tu rassembles tous les êtres que l’Aurore avoit dispersés par le retour de sa lumière.

Virginité, virginité, où t’envoles-tu, après m’avoir abandonnée ?… Je ne reviendrai pas davantage vers toi, je ne reviendrai plus.

Venez ici, Muses, abandonnez votre brillant séjour !…. Venez maintenant, Graces délicates, & vous Muses à la belle chevelure !…. Venez chastes Graces, au bras de rose, venez, Filles de Jupiter !…..

Luth divin, réponds à mes désirs, deviens harmonieux !…. C’est toi-même Callioppe……

Les dédains de la tendre & de la délicate Gyrine, ont enfin déterminé mon cœur pour la belle Mnaïs ….. L’amour agite mon ame, comme le vent agite les feuilles des chênes sur les montagnes…. Je volerois sur le sommet élevé de vos montagnes, & je t’enlacerois entre mes bras, toi, pour qui je soupire…. Tu m’enflammes…. Tu m’oublies entièrement, où tu en aimes un autre plus que moi…… Mets des couronnes de roses sur tes beaux cheveux ; cueille avec tes doigts délicats les branches de l’aneth…. La jeune beauté qui cueille des fleurs, en paroît encore plus charmante & plus belle…. Les victimes ornées de fleurs sont agréables aux Dieux, & ils dédaignent toutes celles qui ne sont point parées de guirlandes….. Je vais chanter maintenant des airs mélodieux qui feront des délices de mes Amantes…. Le rossignol annonce le Printems par ses doux sons…. Plusieurs guirlandes, & plusieurs couronnes de fleurs environnoient son col …. L’Amour est fils de la terre & du ciel… La Persuasion est fille de Vénus…. Réjouissez-vous, jeune épouse ; réjouissez-vous, époux respectable ? …. Ami, tenez-vous vis-à-vis de moi ;; déployez tout le feu, toute la grace de vos yeux ?…. L’eau fraiche d’un ruisseau murmure doucement dans ces Vergers sous les branches des pommiers (I)…. J’ai dormi délicieusement, pendant mon songe, dans les bras de la charmante Cythérée .… Le bruit des feuilles agitées a dissipé mon sommeil…. Ses chants étoient beaucoup plus doux que le son de la Lyre , & elle étoit bien plus précieuse que l’or le plus pur…. Amour, ministre charmant de Vénus…. Ces colombes timides sentoient leur courage se réfroidir ; elles laissoient tomber languissamment leurs aîles fatiguées… Saluez de ma part la fille de Polyanacte… L’Aurore, dont la chaussure est d’or, paroît déjà …. Les étoiles cachent leurs feux brillans dans le voisinage de la Lune ; sur-tout, lorsque parfaitement arrondi, ce bel astre éclaire la terre…. Le sommeil étoit étendu sur ses paupières (I)…… Que les vents emportent ceux qui frappent les autres …. Ceux à qui je procure des emplois importans, me font les plus profondes blessures….
Charmante Vénus, je vous ai envoyé des ornemens de couleur de pourpre ; ils sont très précieux : c’est votre Sapho qui vous offre ces agréables présens…. Je ne vous estime pas autant que vous le voudriez…. Vos présens m’ont rendue respectable…. Ne vous occupez pas à des choses aussi minutieuses…. Certainement c’est un mal de mourir : si ce n’eût pas été un malheur, les Dieux seroient morts eux-même…. Dans la colère rien ne vonvient mieux que le silence ; lorsque les transports sont calmés, il faut encore enchaîner sa langue, & ne point se livrer à des discours futiles & emportés…. Les parens de cette jeune beauté gardée avec tant de soin, prétendoient qu’elle détestoit, plus que la mort, les discours sur l’Hymen…

accueil

Tout et Rien sur Sappho de Lesbos

bibliothèque lesbienne par auteurs

musée lesbien

sexualité et saphisme. Ici dessin d'Ange et Damnation

 
   

Bibliosapphisme francophone :

index des auteurs anciens - bibliosapphisme des XVI au XVIIIe s. - bibliosapphisme à partir du XIXe siècle

- Le Larousse du XXe siècle en six volumes (1932)

- Anacréon, Sapho, Bion et Moschus, Traduction nouvelle en Prose, suivie De la Veillée des Fêtes de Vénus, Et d’un choix de Pièces de différens Auteurs. Par M. M***C**. – Paphos, Paris : Le Boucher, 1773

Liens lesbiens :
???

   
www.saphisme.com
Page entoilée le 07/08/2005 et mise à jour le 13/03/2010

© Copyright 1999-2010

pour écrire à la webmastrice : contact@saphisme.com

Édition sur le net :

- des traducteurs et commentateurs francophones de Sappho de Lesbos
- de textes littéraires ou scientifiques qualifiés de lesbiens par abus de langage
- d'une iconographie et d'une pinacothèque dénommées pompeusement "musée lesbien".


Par passion livresque, sapphique, lesbienne, littéraire et pour tuer le temps.