Les pamphlets anonymes tribadiques cités par l'abbé Mulot (1749-1804)

 

François-Valentin MULOT (1749-1804), bibliothécaire et grand-prieur de l'abbaye de Saint-Victor, auteur de traductions d'Anacréon et de Longus, député de Paris à l'Assemblée législative, devint secrétaire général de la préfecture de la Seine. Dans son Journal intime (1777-1782) publié en 1902 par l’érudit Maurice Tourneux (1849-1917), l'abbé Mulot rapporte quelques pamphlets anonymes tribadiques.


 

9 Janvier 1782 : J'ai trouvé dans mes courses quelques-uns des couplets en noëls faits contre la Reine. Ils sont horribles par leur méchanceté. La tournure en est dure et l'esprit ne brille pas...

 

Ces dits couplets ne se trouvent qu’en additif à la fin du volume publié par Maurice Tourneux avec la note suivante :

« En vertu d’un scrupule qu’il serait superflu de motiver, les couplets transcrits par Mulot dans sa note du 9 janvier 1782 n’ont pas été reproduits à cette date, mais on croit devoir les conserver ici, puisqu’ils font partie intégrante du manuscrit original. Mulot ne les avait pas d’ailleurs tous recueillis : on les trouve plus complets dans un rare Supplément à la vie et aux aventures de Mme de La Motte (s. 1, 1793, in-12) et dans une plaquette non moins rare : Satyres ou choix des meilleures pièces de vers qui ont précédé et suivi la Révolution (Paris, l’an Ier de la liberté, in-8e, 32 p.). Les notes et variantes inscrites par Mulot en marge de son manuscrit on été placé ici au bas des pages. »

NOEL

(air des Bourgeois de Châtre)

D'un Dauphin la naissance
Enchanta tout Paris ;
Sa subite existence
Troubla le paradis.

(...)
Madame de Lamballe
Parcourant les appâs
De l’épouse royale,
Dit : « Je ne croyais pas
Qu’un jour sans son époux
L’on put devenir mère. »
Cependant, deux petits bâtards
Qu’elle avoit créés par hazards
Lui prouvoient le contraire.
(...)
Au comble de la gloire
Jules , dictant ses lois,
Dit : « Je sais cette histoire
Sur le bout de mes doigts
La Reine aime à jouir,
C’est l’âge où nous sommes,
Mais pour contenter ses désirs
Et pour varier ses plaisirs
Je lui permets les hommes . »
(...)
Avec grande noblesse
Une femme arriva,
Elle fendit la presse
Et chacun se rangea;
Cette dame messieurs [sic],
En valait bien la peine :
C'était la princesse d'Hénin ;
Comme elle est tribade et putain,
On la prit pour la reine.

20 février 1782. - Mme de Beauharnais m’amène à Mme de Genlis, et tous les auteurs aussi ; il pleut contre elle des épigrammes, et je les crois un peu méritées. Jamais on n’a disputé à Mme de Sévigné, à Mme Dacier, à Mme Des Houllières leurs talens, quoiqu’on ait disputéquelques vers à celle-ci.
Leur mérite étoit universellement reconnu; celui de Mme de Genlis, malgré ses livres, est au contraire combattu; elle laisse trop connoître ses galans porte-plumes. Voici la première épigramme que j’ay eue :

En cessant d’être galante,
En quittant une douce erreur,
Genlis n’est plus gouvernante,
Mais Genlis est gouverneur.
De cette femme charmante,
Plaignez le triste destin.
C’est si sot d’être pédante !
C’est si doux d’être catin !

On a fait ce que l’on m’a assuré une pièce en pendant à celle-ci et sur les mêmes rimes ; cette pièce finit par ces vers :

On peut bien être pédante
Sans cesser d’être catin.

On m’a fait espérer la pièce entière. Cette Mme de Genlis a fait bien des maladresses : lors de la maladie de la petite demoiselle d’Orléans, lorsqu’elle vit que c’étoit la rougeole dont la princesse étoit attaquée, elle accourut bien vite au palais, annonçant que, n’ayant pas eu la rougeole, elle n’étoit pas restée auprès des princesses. Mme de Chartres, aussitôt, lui dit : « Madame, vous tenez ce langage ;vous n’êtes pas leur mère ; je le suis et je vais auprès d’elles,» mot bien digne et pieuse, enhardie par les consolations de la religion et portée par les sentiments de la nature, et l’on peut bien appliquer à Mme de Genlis ce mot de la Bible :


Mercenarius autem fugit, quia mercenarius est. [St Jean, X, 13 : "Le Mercenaire s'enfuit parce qu'il est mercenaire"]

L’application est au masculin, mais Mme de Genlis est gouverneur. (...)

21 février 1782. - Encore de nouvelles découvertes sur Mme de Genlis. Pauvres princes à qui vous confier ! On m’a assuré que ce gouverneur d’un nouveau genre avoit annoncé à Mademoiselle, sœur de Mlle d’Orléans, la mort de celle-cy d’une manière bien étrange :

« Mademoiselle, votre sœur est heureuse ; vous ne la verrez plus; ne vous en attristez pas ; il faut mettre son âme au-dessus des évènements ; cette éclipse de votre sœur ne doit interrompre aucune de vos occupations ; c’est actuellement l’heure de jouer, jouez et oubliez-la. »

Voilà une morale d’un nouveau goût et surtout pleine de sensibilité : la gouvernante gouverneur a voulu faire l’homme ; mais il lui manquoit quelque chose, et elle n’a fait ni l’homme ni la femme. Pauvres princes, à qui êtes-vous confiés ! (...)

22 février 1782. - (...) Tandis que l’on chante Mme de Beauharnais, on déchire Mme de Genlis.

Voici une énigme cruelle dont elle est le mot :

ENIGME

Au physique je suis du genre féminin,
Mais au moral je suis du masculin.
Mon existence hermaphrodite
Exerce maint esprit malin,
Mais la satire et son venin
Ne sauroient ternir mon mérite.
Je possède tous les talens,
Sans excepter celui de plaire ;
Voyez les fastes de Cythère
Et la liste de mes amans,
Et je pardonne aux inconstans
Qui seraient de l’avis contraire.
Je sais assez passablement
L’orthographe et l’arithmétique,
Je déchiffre un peu la musique.
A tous les jeux je suis sçavante,
Au tric-trac, au trente et quarante,
Au jeu d’échecs, au biribi,
Au vingt et un, au reversis,
Et par les leçons que je donne
Aux enfans sur le quinola,
J’espère bien qu’un jour viendra
Qu’ils pourront le mettre à la bonne.
C’est le plaisir et le devoir
Qui sont l’employ de ma journée;
Le matin, ma tête est sensée
Et devient folle sur le soir ;
Je suis Monsieur dans le Lycée
Et Madame dans le boudoir.

Cette petite pièce, apparemment, est bien faite ; j’ignore quel en est l’auteur.


23 février 1782. - J’ay reçu aujourd’hui dans une lettre le couplet en pendant de celui que j’avais eu le 20. Le voici ; on peut le mettre sur l’air : « Ton mouchoir, belle Raimonde »

Etre prude, être galante,
Mêler la gloire à l’erreur,
C’est l’art de la gouvernante
Qu’on doit nommer gouverneur.
De cette femme charmante
Ne plaignons pas le destin :
On peut être pédante
Sans cesser d’être catin.

 

 

 

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