D.A.F. DE SADE, SAPHISME ET SADISME,

Donatien Alphonse Fançois Comte de Sade dit le Marquis de Sade (1740-1814)

 

 

 

..........[Ci-dessous essai biographique de Sade]............................................................................ [ici-clic textes de Sade].............

 

 

Une enfance au château familial de La Coste et des études au lycée Louis Le Grand à Paris :

Le marquis D. A. F. de Sade naquit à Paris en 1740 d'une famille noble de Provence à la fortune limitée. Son père, le comte de Sade, seigneur de Saumane et de La Coste et co-seigneur de Mazan fut diplomate et maréchal de camp des armées du roi Louis XV. Sa mère Marie-Eléonore de Maillé de Carman fut nommée dame d'accompagnement de la princesse de Condé, succédant ainsi à sa mère la comtesse de Maillé. L'une des ancêtres de D.A.F., Laure de Noves (Avignon, 1308 - id. 1348), épouse de Hugues de Sade est répertoriée dans les dictionnaires en sa qualité de muse du poète courtois Pétrarque. Après une petite enfance passée dans le château de famille, Donatien fit ses études au collège Louis Le Grand à Paris tenu par les Pères Jésuites. Son précepteur particulier l'abbé Amblet lui sera fidèle toute sa vie. A l'âge de 14 ans, Donatien fut accueilli pendant vingt mois à l'école élitiste des Chevau-Légers.

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Mariage à 23 ans du capitaine de régiment," joueur prodigue et débauché" :

En 1759 à l'âge de 19 ans, grâce à son esprit, à sa noble naissance et à son appartenance à la maison de M. Le prince de Condé par sa mère, il fut nommé capitaine au régiment de Bourgogne Cavalerie. Ainsi il devint militaire et participa à la guerre européenne de Sept ans (1756-1763) où il acquit une réputation méritée de " joueur, de prodigue et de débauché ". Dans une lettre adressée à son précepteur, l'abbé Amblet, Donatien écrivit :
" (...) Ah ! Si je n'avais fait que ce qui me faisait réellement plaisir je me serais épargné bien des peines et j'aurais moins souvent offensé mon père ! Pouvais-je m'imaginer que les filles que je voyais pourraient me procurer réellement du plaisir ? Hélas ! Jouit-on jamais bien d'un bonheur qu'on achète, et l'amour sans délicatesse peut-il jamais être bien tendre ? Mon amour-propre souffre maintenant de m'imaginer que je n'étais aimé que parce que je payais peut-être moins mal qu'un autre. (...) "
A 23 ans, sur les instances de sa famille qui espérait que le mariage lui apporterait davantage de stabilité et de finances, Donatien épousa Renée-Pélagie de Montreuil, fille de M. Claude-René de Launay de Montreuil, président honoraire à la Cour des Aides de Paris, époux fort effacé de Marie-Pélagie Partyet, présidente de Montreuil. La belle-famille, malgré la réputation égratignée du jeune marquis, gagnait un titre de noblesse et s'alliait, par les Condé, au sang royal.

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Première incarcération durant 15 jours du jeune marié suite à l'affaire Testard :

Néanmoins en 1763, quatre mois après son mariage, Donatien fut emprisonné à Vincennes après la déposition de Jeanne Testard, 20 ans, " ouvrière en éventails cependant faisant quelquefois des parties ". Dans la nuit du 18 au 19 octobre 1763, Jeanne Testard déclara que :
" Contre deux Louis d'or elle a été conduite près de la rue Mouffetard (...) dans une petite maison a porte cochère peinte en jaune, avec chardons de fer au-dessus ; qu'étant arrivés, il la fait monter dans une chambre au premier étage, et après avoir fait descendre au rez-de-chaussée son Domestique qui l'avait suivi, il a fermé la porte de ladite chambre à clef et aux verrous ; et (...) il lui a d'abord demandé si elle avait de la religion, et si elle croyait en Dieu, en Jésus-Christ et à la Vierge ; à quoy elle a fait réponse qu'elle y croyait, et qu'elle suivait autant qu'elle le pouvoit la Religion Chrétienne dans laquelle elle avait été élevée. A quoy le Particulier a répliqué par des injures et des blasphèmes horribles, en disant qu'il n'y avait point de dieu, qu'il y en avait fait l'épreuve, qu'il s'était manualisé jusqu'à pollution dans un calice qu'il avait eu pendant deux heures à sa disposition dans une chapelle, que J.C. étoit un J. F. Et la Vierge une B... Il a ajouté qu'il avoit eu commerce avec une fille avec laquelle il avait été communier, qu'il avoit pris les deux hosties, les avait mises dans la partie de cette fille et qu'il avait vu charnellement, en disant : Si tu es Dieu venge toy ; qu'ensuite il lui a proposé de passer dans une pièce attenant ladite chambre en la prevenant qu'elle aloit voir quelque chose d'extraordinaire ; que luy ayant dit qu'elle était enceinte et qu'elle craignait de voir des objets capables de l'effrayer, il a répliqué que ces objets ne l'épouvanteraient pas, et en même temps il la fait passer dans la chambre voisine, et s'y est enfermé avec elle ; qu'en y entrant elle a été frappée d'étonnement en voyant quatre poignées de verge et cinq martinets de différentes formes, dont trois de cordes, un de fil de laiton et un de fil de fer qui estoient suspendus à la muraille, et trois Christs d'yvoire sur leur croix, deux autres Christs en estampes, un Calvaire et une Vierge aussi en estampes, attachés et disposés sur les murs, avec un grand nombre de dessins et d'Estampes représentant des nudités et des figures de la plus grande indécence ; que luy ayant fait examiner ces différents objets, il lui a dit qu'il falloit qu'elle le fouettât avec le martinet de fer après l'avoir fait rougir au feu et qu'il la fouetteroit ensuite avec celui des autres martinets qu'elle voudroit choisir ; qu'elle n'a point consenti à ces propositions, quoiqu'il en ait fort pressée (...) "
En outre, Sade demanda à la jeune fille, sous menaces, de fouler aux pieds le crucifix, de blasphémer, de prendre un lavement afin de déféquer sur le Christ, et il se proposa de la sodomiser. Depuis bien longtemps, l'ordre social ne plaisante pas avec la religion et la sodomie hétérosexuelle ou homosexuelle, considérée contre nature, est passible de mort. Le jeune et noble captif pleura de regrets et de remords, écrivit à Mme de Montreuil sa belle-mère pour que son épouse ne sut rien, demanda la visite d'un prêtre afin de se confesser, réclama la présence de son valet de chambre à ses côtés. Après une intervention éplorée du Comte de Sade à la Cour, Donatien, emprisonné quinze jours, fut libéré sur ordre du roi et assigné à la résidence du Château d'Echaffour.

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Le lieutenant-général pour le roi aux provinces, amateur de théâtre et de courtisanes est père d'un 1er fils

Quelques six mois plus tard, âgé de 23 ans, Sade fut nommé lieutenant-général pour le roi aux provinces. Les rapports de police de l'Inspecteur Marais concernant la chronique scandaleuse mondaine destinée à régaler Louis XV indique que Donatien de Sade fréquentait toujours assidûment des prostitués de luxe : courtisanes appartenant au monde du Théâtre telles Mesdemoiselles Collet ou Beauvoisin avec laquelle en 1765 il fit une escapade au château familial de La Coste. Il y organisa des représentations théâtrales en invitant toute la noblesse des alentours, en contractant des dettes. Ces incartades étaient connues de sa belle-mère qui essayait avec l'aide de l'abbé de Sade, oncle de Donatien, auteur d'une biographie de Pétrarque, de remettre son gendre débauché dans le "droit chemin". En 1767 naquit le premier fils du jeune couple.

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Deuxième incarcération suite à l'affaire à sa maison d'Arcueil avec Rose Keller :

Le 3 avril 1768, le marquis accosta Rose Keller, fileuse de coton chômeuse et mendiante qui le suivit dans sa maison d'Arcueil contre la promesse d'un écu. Là elle y subit un psychodrame sexuel : il lui demanda de se dénuder et elle obtempèra sous menace de mort. Elle subit liens et flagellations, cris affreux et orgastiques du marquis qui, son plaisir assouvi, lui donna à manger et lui dit qu'elle pourra s'en retourner le soir. Mais Rose Keller s'enfuit par une fenêtre, le valet du marquis tenta de la rattraper pour la payer mais elle refusa toute bourse et rencontra des villageois à laquelle elle confia sa mésaventure. Les notables et la justice se mêlèrent de l'affaire d'Arcueil qui choquent les esprits. Deux procédures judiciaires se suivirent parallèlement : celle du baillage d'Arcueil et celle du Parlement de Paris dont l'un des juges dénonça à ses collèges " l'horrible crime commis à Arcueil ". Ainsi sur ordre du roi suite à la procédure du bailliage d'Arcueil, le 12 avril 1768, Donatien est amené sous escorte policière à la prison de Saumur. Cependant; le 20 avril, le Parlement de Paris décrète une prise de corps et une assignation à comparoir à quinzaine. Sur ordres successifs du roi, l'inspecteur Marais transféra le 30 avril de Saumur à la prison de Pierre-Encise puis le 3 juin à la conciergerie du Palais de Paris puis le 12 juin le reconduit à Pierre-Encise. Ces différents ordres sont dus à de nombreuses et multiples interventions favorables à Donation des familles Montreuil et de Sade. Enfin, le marquis bénéficie des lettres royales d'abolition des procédures judiciaires. Mme de Sade toujours fidèle à son mari séjourne à Lyon pour se rapprocher de son mari incarcéré.

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Après intervention familiale, Donatien est assigné à La Coste, père d'un 2e fils et d'une fille, Donatien quitte l'armée :

Enfin toujours sur ordre royal, le 16 novembre 1768, Donatien est libéré et tenu de séjourner dans son château de La Coste et de s'y tenir honorablement. Tandis que Mme de Montreuil espère que cette seconde incarcération aura donner de meilleures intentions à son gendre, Donatien reprend ses loisirs dispendieux adultérins et théâtraux. En mai 1769, Donatien fut autorisé à rejoindre son épouse à Paris qui accoucha de leur second fils Donatien-Claude-Armand. L'année suivante, Donatien tenta de reprendre du service dans l'armée mais l'accueil qu'il y reçut sembla l'en dissuader. En 1771 naquit Madeleine-Laure, troisième enfant du couple Sade et Donatien vendit sa charge de mestre de camp de cavalerie.

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Donatien noue une relation amoureuse avec sa belle-soeur chanoinesse

Si Mme de Montreuil pardonne à son gendre ses relations extra-conjuguales avec des prostituées de luxe ou mendiantes, pratique courante des hommes nobles ou roturiers, antiques ou modernes, elle ne lui pardonnera jamais ses relations incestueuses avec Mlle Anne-Prospère de Launay (1745 ? - 1781) chanoinesse et sœur de l'épouse du marquis. En effet dès 1771, l'épouse Renée-Pélagie de Sade et sa sœur Anne-Prospère résidèrent à La Coste et très vite amitié, attachement, séduction, amour et relations charnelles lient le beau-frère et la belle-sœur. Tandis que ce scandale étalé par toutes les gazettes déshonore la famille Montreuil, Renée Pélagie de Sade, amoureuse ou respectueuse de son marquis, d'une bonté extrême envers sa sœur et son mari, ne semble témoigner d'aucune rancœur.

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Suite à l'affaire des bonbons de Marseille, Sade et son valet sont condamnés par contumace à mort :
Le 30 juin 1772, M. de Mende, procureur du roi à Marseille, " vient d'apprendre qu'après avoir mangé avec excès des pastilles sucrées qui lui ont été données par un étranger, Marguerite Coste - prostituée de son état - est travaillée depuis quelques jours de douleurs internes et de vomissements continuels de matières noires et sanguines. " Il requiert une enquête. En fait, résidant à La Coste, le marquis de Sade et son valet Latour se rendirent à Marseille pour retirer de l'argent. Là le 25 juin 1772, son valet lui recruta quatre filles " bien jeunes " pour une partie de libertinage. Flagellations avec martinet du marquis sur les filles et des filles sur le marquis, masturbation du valet par le maître et pénétration du pénis dans l'anus des filles et du valet, irrumation du laquais sur les filles, pénétration vaginale du laquais sur les filles, obligation pour les filles de regarder les actes de flagellation et de pénétration; offrande de bonbons destinés à provoquer des gaz humés avec délectation par le marquis. Les prostitués devant la couleur sanguinaire du martinet voulurent s'enfuir mais elles furent séquestrées par leur client. En sus de la sodomie et de l'homosexualité que l'on ne classe plus dans les perversions sexuelles, l'ensemble des " déviances " telles qu'elles sont décrites dans les Cent vingt journées de Sodome sont pratiquées : sado-masochisme, voyeurisme-exhibitionnisme, coprophilie. Dans leur déposition, les femmes affirmeront que l'étranger a voulu les sodomiser mais qu'elles s'y sont toujours refusées mais que le maître et le valet eurent des rapports contre nature, ce qu'ils contestèrent. Prévenu qu'une enquête judiciaire est en cours, Sade accompagné de son valet Latour et de sa belle-sœur Anne-Prospère de Launay qu'il fit passer pour son épouse s'enfuya de La Coste vers l'Italie plus de trois mois. Tandis que deux apothicaires conclurent à l'absence de poisons dans les matières examinées, les juges condamnèrent le 3 septembre 1772 le marquis à avoir la tête tranchée et Latour son domestique à être pendu et étranglé, leurs corps brûlés et leurs cendres jetées au vent pour crime d'empoisonnement en sodomie. Les condamnés à mort par contumace furent exécutés et brûlés en effigie à Aix le lendemain.

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Emprisonnement de Sade pendant cinq mois à la forteresse de Miolans d'où il s'évade :

:L'affaire de Marseille et des bonbons " mais plus encore l'inceste par alliance détermineront Mme Montreuil à user de toutes ses relations pour que son gendre maudit fût emprisonné. Le 8 décembre 1772, le marquis est arrêté sur ordre du roi de Sardaigne, à Chambéry et détenu avec tous les égards dus à sa naissance suite à la demande de Mme de Montreuil à la forteresse de Miolans d'où il s'évade cinq mois plus tard, le 30 avril 1773. Toujours fidèle à son époux, Renée-Pélagie tenta des démarches en vue de la cassation de la condamnation à mort du Parlement d'Aix et se brouilla avec sa mère Mme de Montreuil " la Hyène " fâchée de son attachement indéfectible et manifestement non soumis à la pression ou à la présence de ce mari dont l'autoportrait réaliste inviterait à quelques détachements :
" Impérieux, colère, emporté, extrême en tout, d'un dérèglement d'imagination sur les moeurs qui de la vie n'a eu son pareil, athée jusqu'au fanatisme, en deux mois me voilà, et encore un coup, tuez-moi ou prenez-moi comme cela, car je ne changerai pas. "

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En 1774 et 1776, deux nouvelles plaintes ancillaires pour débauche et fuite en Italie :

Après les affaires Jeanne Testard à Paris en 1763, Rose Keller à Arcueil en 1768, de Marseille et des bonbons à la cantharide en 1772, après l'inceste par alliance, l'affaire des petites filles de Lyon et celle de Trillet grossissent encore le dossier délictueux sadien. Ces deux affaires demeurent plus obscures à cause de l'absence d'archives. Néanmoins en décembre 1774, Sade engagea cinq jeunes filles de quinze ans originaires de Lyon et de Vienne ou les enlevèrent à leur famille dont trois déposèrent une plainte. Le couple Sade et pour le moins le Marquis commit sur elles des orgies à La Coste. L'une des enfants hébergées précipitamment à Saumane chez l'abbé de Sade accusa fortement Donatien. Les enfants déclarèrent que Madame Sade " est la première victime d'une fureur que l'on ne peut regarder que comme folie ". Ainsi la marquise amoureuse de son mari paraît consentir par ascendant, par soumission, par érotisation, par amour aux écarts lubriques de son époux. " Quelles horreurs cette créature peut-elle dire sur moi ! " écrira-t-elle à l'abbé de Sade en parlant de l'enfant hébergée à Saumane. Pour minimiser sa responsabilité, Sade accusera Nanon, une maquerelle en titre à Lyon, comme la pourvoyeuse d'enfants et ces derniers de calomnie. Une fois de plus, grâce à son entregent, madame la Présidente de Montreuil permit l'étouffement de l'affaire et dut encore s'occuper de neutraliser une certaine " Nanon ", domestique des Sade qui pouvait bien à nouveau exciter les juges. Néanmoins l'abbé de Sade, oncle jusque là bienveillant, est impressionné par les confidences de l'enfant. Menacé épistolairement par le couple Sade à cause de ses propres écarts de chasteté, et sans doute affligé des écarts pathologiques de son neveu, il sollicita par écrit l'emprisonnement de ce neveu " dément " et sans scrupule. En juillet 1775, durant presque une année Sade s'enfuit de la Coste pour Florence Rome Sienne Naples sous le nom de Comte de Mazan. Dès son retour en France, il rédige son Voyage d'Italie.
En 1776 une nouvelle plainte est déposée par Monsieur Trillet, tisseur de couvertures analphabète, pour enlèvement de sa fille Catherine. En effet, en octobre 1776, le marquis et son épouse, malgré de sérieuses difficultés financières, les 40 000 livres de sa charge de lieutenant général de Bresse et Burgey héritée de son père étant sous séquestre, n'hésitèrent pas à engager, par l'intermédiaire du Père Durand sis à Montpellier, de jeunes domestiques. Arrivées au Château de La Coste, dès le premier soir les jeunes servantes sont invitées à une partie de débauche. Effrayées les jeunes femmes retournèrent dès le lendemain avec le Père Durand à Montpellier. Seule Catherine Trillet qui est majeure demeura au Château. Informés par les domestiques fuyards, Monsieur Trillet porta plainte. En janvier 1777, ce père furieux tenta à deux reprises de tirer des coups de pistolet sur le Marquis à Lacoste sans l'atteindre, convaincu que sa fille ne devait pas demeurer chez un débauché. Cependant Catherine appelée Justine désirait demeurer au service des Sade et les accompagna même à Paris. Alors que le couple est aux abois financiers, madame de Sade demanda de l'argent à sa mère qui le fit transiter par un notaire. Furieux de ce fait, le couple Sade - Madame Sade écrivit, sans doute sous la dictée de son mari, une longue lettre de récriminations à madame de Montreuil. Lasse et sans doute découragée par si peu de reconnaissance, madame la Présidente n'intrigua plus pour défendre la liberté de son gendre.

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Emprisonnement de Sade dès 1777 suite à l'affaire de Marseille :

Le 13 février 1777 lors d'un séjour à Paris où il apprit le décès de sa mère la Comtesse douairière de Sade âgée de 65 ans; Donatien fut arrêté, à propos de l'affaire de Marseille, par lettre de cachet par l'inspecteur Marais rue Jacob et enfermé au donjon de Vincennes. Enfin l'oncle et la belle-mère de Sade étaient soulagés tandis que son épouse "atterrée" fut laissée dans l'ignorance environ trois mois du lieu de sa détention. Enfin le 24 septembre 1777, la belle-mère du prisonnier écrivit au ministre en faveur de l'annulation du jugement de l'affaire de Marseille de 1772 :
" Une branche de cette famille ne vous est pas inconnue, et le chef d'escadre du même nom, qui a eu l'honneur de vous ramener de Constantinople sur son bord, son frère, prévôt du chapitre de Saint-Victor de Marseille, réclameraient avec moi vos bontés dans une affaire qui les touche infiniment. Absents, ils m'ont remis leurs intérêts comme celui de leur nom, qui est celui de ma fille et de mes petits-fils. Qui, plus qu'une mère, est touché de leur malheur et intéressé de travailler à les terminer autant qu'il est possible ? Leur âge, leur innocence, leur naissance, leurs alliances augustes avec les princes du sang, tout parle en leur faveur : plus encore l'injustice du jugement qui a été porté contre leur père. "
En effet, " l'injustice du jugement " n'est pas un euphémisme. Quelques années après la condamnation, le dossier juridique de défense adressé au garde des Sceaux et au Roi s'élève contre la disproportion de la sentence et contre des irrégularités de procédure. Comme dans l'affaire d'Arcueil, le chancelier Maupeou ennemi juré du président de Montreuil s'est appliqué à précipiter et à alourdir la peine infligée aux inculpés. Si le marquis est un " grand criminel devant l'Histoire ", si la presse informe et la rumeur publique déforment les faits, si D.A.F. de Sade se compromet à être le complice de sa réputation, par ses agissements, par ses épîtres de prisonnier et ses oeuvres littéraires, il n'est en rien un criminel " car le crime a ses degrés ". A son épouse il écrivit le 20 février 1781 :
" Oui, je suis un libertin, je l'avoue : j'ai conçu tout ce qu'on peut concevoir dans ce genre-là, mais je n'ai sûrement pas fait tout ce que j'ai conçu et ne le ferai sûrement jamais. Je suis un libertin, mais je ne suis pas un criminel ni un meurtrier. (...) En un mot qu'on m'examine depuis ma plus tendre enfance. Vous avez près de vous deux personnes qui l'ont suivie, Amblet et Mme de Saint-Germain. Que passant de là à ma jeunesse, qui peut avoir été observée par le marquis de Poyanne sous les yeux de qui je l'ai passée, (...) qu'on voie, qu'on consulte, qu'on s'informe et si quelques mauvaises actions ont servi d'annonce aux crimes que l'on me prête : cela doit être ; vous le savez, le crime a ses degrés . "
En 1778, sa condamnation à mort est commuée en une amende mais il reste prisonnier car soumis à une lettre de cachet. De sa prison il lisait de nombreux ouvrages qu'il commandait à son épouse, il écrivait à sa femme et rédigeait ses manuscrits : le Prêtre et le Moribond, Les cent vingt journées de Sodome, son épouse fut sa première lectrice, il devenait obèse et notait ses pratiques onanistes :
" J'y ai acquis, faute d'exercice, une corpulence si énorme qu'à peine puis-je me remuer ".
Son valet La Jeunesse recopie ses pièces de théâtres. Des crises de mari jaloux et de père autoritaire gangrenaient ses relations épistolaires. Des obsessions de " signaux mathématiques " le tourmentaient. Gilbert Lély commente : " En réalité les bizarres opérations arithmétiques du marquis tendant à deviner la date de sa sortie de prison constituent une sorte de réaction de défense de son psychisme, une lutte inconsciente contre le désespoir où sa raison aurait pu sombrer sans le secours d'un tel dérivatif. " Ainsi bien avant le comte de Lautréamont, précurseur du surréalisme, le marquis de Sade emploie des images et des tropes inconnus à son époque :
" Il faut que ta mère soit exactement ivre ou folle à enchaîner, de risquer les jours de sa fille pour former un 19 et 4 ou 16 et 9, et de ne pas être lasse de tout cela depuis douze ans. Oh quelle indigestion de chiffres elle avait, cette vilaine femmes ! Je suis persuadé que si elle était morte avant l'irruption et qu'on l'eût ouverte, il serait sorti des millions de chiffres de ses entrailles. Il est inouï, l'horreur que ça m'a donnée pour les chiffres et les entortillages ! "
De même dans sa lettre du 7 avril 1782, par un " signal ", le marquis crut à l'infidélité de son épouse avec le " polisson " M. Lefèvre :
" Elle est devinée votre odieuse énigme. Le jour de ma sortie est le 7 février ou 82 ou 84 (...).° Le détestable et imbécile jeu de mots est le nom du saint de ce jour, qui se trouve être saint Amand, et comme dans février on trouve Fèvre, vous avez lié le nom de ce polisson aux chiffres 5 et 7. Et de là votre jeu de mots, aussi plat que bête, que ma sortie étant au bout de cinq ans (ou 57 mois), le jour de saint Amand, 7 février, Le Fèvre, lié au 5 et 7, était votre amand. "

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En 1789 Sade est transféré à l'hospice pour aliénés de Charenton jusqu'en 1790, année de l'abolition des lettres de cachet :
Le 2 juillet 1789, de sa cellule de la Bastille, il hurla que l'on assassinait les prisonniers. Il fut transféré à l'hospice pour fous de Charenton tenus par des religieux. Son épouse attendit dix jours de trop pour retirer ses affaires, les révolutionnaires avaient entre temps pillés la prison. Ainsi il perdit, écrivant sa rage contre son épouse, sa bibliothèque - plus de six cent livres - et de nombreux manuscrits dont celui des " 120 journées de Sodome ". En 1790, Sade fut libéré car les lettres de cachet furent abolies. Le divorce fut institué et son épouse si fidèle tant d'années le réclama. Comment expliquer cette séparation, non exempte de conflits financiers, après l'envoie de missives comme celle du 30 juillet 1785 ?
" Il n'y a pour moi qu'un véritable bonheur dans ce monde, c'est d'être réuni à toi, et que tu sois content et heureux. Tu me verras toujours d'accord avec tes volontés, pourvu qu'elle ne puisse te nuire. Nous vivrons et mourrons ensemble. "
ou comme celle du 22 mai 1786 ?
" Tu crains ma conduite. Que veux-tu que je fasse, quand je n'aime que toi au monde ? Je pense perpétuellement à toi. Je fais mille châteaux en Espagne pour le moment de ta sortie, pour nos occupations, enfin pour tout ce qui pourra contribuer à ton bonheur. Du reste, la société m'ennuie et je me reprocherais la plus petite satisfaction que je prendrais sans toi. " ?
Missive hypocrite et diplomatique pour calmer la douleur et les furies du détenu ? Lassitude de femme âgée après tant de querelles avec sa mère pour défendre son époux ? Retour vers Dieu et la religion après bien des sentiments de culpabilité ? Le 7 juillet 1786, suite à la requête de Mme de Sade de rendre plus souvent visite à son mari, M. de Launay, gouverneur de la forteresse de La Bastille, s'adressa en ses termes à son supérieur :
" Il est vrai que, dans les premiers temps que son mari est venu de Vincennes ici, elle a eu de M. Le Noir la permission de le voir une fois par semaine. Mais le prisonnier qui est extrêmement difficile et violent, lui faisait sans cesse des scènes, et notamment le jour qu'il n'a pas voulu se conformer à l'usage qui est de parler haut. Et il s'emporta avec la plus grande violence contre M. de Losme. Les bureaux de la police sont remplis de lettres pleines d'horreur sur sa femme, sur sa famille et sur nous. Lorsqu'il se promenait, il insultait à propos de rien les sentinelles. C'est en raison de sa méchanceté, qui semblait augmenter lorsqu'il avait reçu des visites de sa femme, que M. Le Noir avait jugé à propos de l'en priver, au moins pendant quelque temps. Je pense, Monsieur, que c'est un service à rendre à sa femme et à sa famille de n'accorder cette permission que pour une fois par mois. S'il n'en abuse pas, on pourrait par la suite rendre les visites plus fréquentes. Depuis qu'il ne voit plus personne, il est plus sage. La bonté et l'honnêteté de Mme la marquise de Sade lui font demander de le voir, mais presque toujours elle ne recevait que des torrents d'injures et des sottises. La vérité est qu'elle craint pour sa vie, s'il venait à avoir un jour sa liberté. Voilà, Monsieur, ce que j'ai eu lieu d'observer, ainsi que l'état-major. "

Qui ne deviendrait pas " méchant " jugeant que la justice lui vole injustement sa liberté ?

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Ultime incarcération dès 1801 jusqu'à sa mort en 1814 pour publication immorale

Elle lui avait écrit mais il se consola avec Marie Constance Quesnet actrice avec qui il conserva une liaison jusqu'à sa mort. L'année suivante il publia anonymement Justine ou les malheurs de la Vertu. Il milita dans la section des Piques issue de la Révolution. En 1793 son roman Aline et Valcour fut publié mais Sade fut de nouveau incarcéré momentanément pour son esprit révolutionnaire trop modéré. En 1801, il fut incarcéré jusqu'à sa mort à cause de la publication des Crimes de l'amour jugé immoral. A l'intérieur de l'hospice de la prison de Charenton, il organisa des fêtes et des pièces de théâtres. Il rédigea encore l'Histoire secrète d'Isabelle de Bavière. En 1814, il fut enterré religieusement malgré sa demande et selon son vœu, aucune trace de sa tombe ne fut constituée.
Sade passa 25 années en prison et son éditeur Pauvert fut condamné en 1957 pour avoir édité
La philosophie dans le boudoir, la Nouvelle Justine, l'Histoire de Juliette et les Cent vingt journées de Sodome.


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Tout et Rien sur Sappho de Lesbos

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sexualité et saphisme. Ici dessin d'Ange et Damnation

 
   
Bibliographie :
- Heine, Maurice : Le Marquis de Sade, texte établi et préfacé par Gilbert Lély, Gallimard, 1950
- Blanchot, Maurice : Lautréamont et Sade, Les éditions de Minuit, 1963.
- Brochier, Jean-Jacques : Le marquis de Sade et la conquête de l'Unique , Eric Losfeld, terrain vague, 1966
- Marquis de Sade : oeuvres complètes V-VI Aline et Valcour ou le roman philosophique - La nouvelle Justine ou les malheurs de la vertu suivie de l'Histoire de Juliette, sa soeur ou les prospérités du vice, 1966.
- Marquis de Sade : oeuvres complètes supplément "lettres et mélages littéraires écrits à Vincennes et à la Bastille avec des lettres de Madame de Sade, de Marie-Dorothée de Rousset et de diverses personnes. Recueil inédit publié sur les manuscrits autographes de l'Arsenal par Georges Daumas et Gilbert Lély, éditions Borderie, 1980.
- Lély, Gilbert : Vie du marquis de Sade , Mercure de France, 1984
- Le Brun, Annie : Soudain un bloc d'abîme, Sade, édition Pauvert, 1986.
- Lever, Maurice: Donation Alphonse François, marquis de SADE, Fayard, 1991
- Sade : Oeuvres, Gallimard, La Pléiade, édition établie par Michel Delon (3 tomes, 1995)
- Sade en procès, film réalisé par Pierre Beuchot, scénario et dialogues de Jean-Jacques Pauvert et Pierre Beuchot, réalisation arte Editions, Editions mille et une nuits, 1999.


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