La Foutromanie, poème lubrique en six chants (1778)

attribué à Gabriel Sénac de Meilhan (1736-1803)

 

 

Publié en 1778 de manière anonyme, La Foutromanie, poème lubrique en six chants est attribué le plus souvent à Gabriel Sénac de Meilhan (1736-1803) ; cependant le catalogue Soleinne l'attribue à Mercier de Compiègne. Fils d'un savant notable : premier médecin de Louis XV, conseiller d'Etat, auteur d'écrits scientifiques, Gabriel Sénac de Meilhan entra dans l'administration royale : maître de requête, puis intendant. Disgrâcié par Necker, il attaqua le ministre des finances de Louis XVI dans les Considérations sur la richesse et le luxe (1787). Dès 1789, il parcourut l'Europe, obtint une pension de Catherine II de Russie. Il écrivit son chef-d'œuvre, L'Emmigré (1797), roman historique ; se fixa à Vienne et y mourut en 1803 à l'âge de 67 ans.

Dans la Foutromanie point de lyrisme, point de Sapho de Lesbos. Dès l'inciput, l'auteur anonyme prévient que, prenant exemple sur Voltaire, ses rimes seront ordurières. Dès le chant second, notre souilleur d'assonances attaque notre sujet. Alors que la vérole est très prégnante dans ce poème, sans autre maladie, les corps des "Tribades lubriques", des "amantes anti-physiques", des "Ganymèdes femelles" sont promis au feu et à la destruction. L'acte tribadique (du grec tribein, frotter) est affublé des expressions couramment usitées en la matière : "passe-temps de novice", "plaisirs tronqués" et "pauvres plaisirs", "insipides erreurs" et "sots ébats", "vains artifices" et "art faux", "étranges efforts" et "byzarres goûts", "amours transfuges rebelles (aux) vits", "penchants infâmes" et "propres affronts". "Tour à tour, agente et plastron" s'abandonnent, se brandouillent, s'usent, se grattent, se pavanent, éprouvent les combats d'un "vit factice". L'emploi des participes présents pour ces six derniers verbes accentue les caractères dévarolisé et méprisé de cet acte sexuel, qui par frottements, détruit les corps féminins. Ici ce n'est pas la vérole tant vilipendée tout le long du poème qui aboutit à la destruction des corps mais bien ce "fatal usage" dépourvu d' "utiles hommages" procéateurs. La promesse de la crudité des vers est assurée par le recours à l'anatomie des tribades : "triste Index", "Lèche-cons" et "con contre con" choquent l'œil et l'ouïe pudiques pour mieux récuser la beauté de l'acte d'amour fait par ces "Beautés sans cœur".

La Foutromanie poème lubrique en six chants s'inscrit évidemment dans la manie du foutre, liqueur séminale de tous les sexes, manie qui se décline savamment dans les dictionnaires érotiques. Si le verbe foutre et ses dérivés foutimacer, foutiner, foutrasser, foutrailler, foutriller, le substantif foutre et ses acteurs fouteur, fouteuse, foutinette, foutographe, et ses lieux fouterie, foutoir et son étude la foutologie et ses images : foutre à couillons rabattus, foutre à cul nu, foutre à la bouche, à la papa, à la paresseuse, à la dragonne, foutre comme un dieu, comme un âne débâté, foutre en aisselle, en artilleur, foutre en con, en cuisses, en cul, en cygne, foutre en espalier, en épicier, foutre en levrette, en main, en téton, foutre par l'oreille, par les yeux, être mal ou bien foutu, et si enfin foutre la muse amusent les lecteurs, l'extrait ci-dessous de la Foutromanie n'invite pas les lectrices "à foutre par Sappho" !

 

LA FOUTRO-MANIE
poème lubrique en six chants

Chant premier

Vous le voulez... Je vais souiller mes rimes,
Poétiser en jargon ordurier,
Des Cons, des Culs, diviniser les crimes
Chanter des Vits les combats magnanimes
Du Dieu Priape embellir le laurier,
Et dans mes vers, impurement sublimés,
Du grand Voltaire enfiler le sentier...

(...)

Chant second

Avoir recours a de vains artifices,
Au triste Index, a de froids branlotteurs,
Aux lèches-cons, aux vils Gamahucheurs ;
Ce sont, hélas ! passe-temps de novices,
Plaisirs tronqués, insipides erreurs,
Bizarres goûts, impuissantes ressources,
Des voluptés qui réveillent les sources,
Sans apaiser de funestes soupirs,
Sans contenter d'impérieux désirs.
Pourquoi vouloir par la froide imposture,
Par un art faux, remplacer la nature ?
Elle triomphe, elle dicte des lois,
Sur tous les cœurs lève de justes droits
Du Bougre hideux, du pervers Socratique,
Elle condamne et trompe les efforts,
Voit à regret la Tribade lubrique,
D'un même sexe amante anti-physique,
Con contre Con, dans d'étranges efforts,
Se consumer et détruire son corps.
Pauvres plaisirs que vont goûter ces femmes,
S'abandonnant à des penchants infâmes,
Se brandouillant, s'usant en sots ébats,
D'un Vit factice éprouvant les combats,
Des camps d'amours transfuges infidèles
Beautés sans cœur, Ganymèdes femelles,
Qui, tour à tour, agentes et plastrons,
Sans sel, sans nerf, vont se grattant les Cons,
Se pavanant de leurs actes rebelles,
Contre les Vits, de leurs propres affronts !
Non ! Ce n'est point pour ce fatal usage
Que Prométhée arma le genre humain
De Cons, de Vits, fabriqués de sa main,
Bravant les vits, faisant les esprits forts,
Le créateur veut un utile hommage !

Fourbir les cons, des Vits est le destin,
Le seul emploi légitime est certain.(...)


 

 


II

DICTIONNAIRE DES ŒUVRES EROTIQUES

DOMAINE FRANCAIS

Mercure de France, 1976

(page 195)

FOUTROMANIE (La)
Poème lubrique attribué à Gabriel Sénac de Meilhan (1736-1803). Publié en 1778. - C’est une assez pesante apologie de l'énergie virile dirigée contre les voies de la bonne nature. Avant de chanter en décasyllabes, "des Vits les combats magnanimes", l'auteur donne à son propos l'ampleur majestueuse d'un projet cosmologique. Il assigne le commencement de la Foutromanie "à l'instant de la création" qui a déposé "les Atomes séminaux à une attraction réciproque" ; écho certain de la Vénus physique. Après pareille caution, il ne lui reste plus qu'à justifier la verdeur de sa langue ; les "minutieuses modesties ne réussissent plus aujourd'hui", alors que, jusque chez les béguines, directeurs et jardiniers donnent des "leçons utiles de langue et de Physique expérimentale". Sénac de Meilhan vante par-dessus tout la joyeuse vigueur au déduit ; il loue "le train de la Canaille" qu'il oppose aux "tons des gens de qualité" ; d'où ses reproches aux dépravés qui égarent leurs ardeurs : "Bien vite au con rentrez par gratitude" ; il récuse la complaisance italienne à "livrer l'endroit et l'envers... goût du terroir". Sa géographie érotique donne la préférence aux saines Teutones contre les "cons latins" infectés trop souvent de la vérole. Celle-ci tient une grande place dans le poème. S'il dénonce "toute crainte frivole" des maux vénériens, Sénac avoue qu' "on est bien sot quand on souffre du Vit" ; il préfère les spécifiques végétaux aux traiments mercuriels qui "sont des poisons autant que des secours, / Rendent les vits ineptes aux amours / Et des Fouteurs abrègent les jours". Son apologie de la santé ne s'embarrasse pas d'adages moraux ; il tolère fort bien que le grand seigneur délègue à ses valets "le soin d'aimer, de foutre son épouse", cependant qu'il fait son plaisir de duchesses frivoles et de filles de l'Opéra, gratifiées par la nature de conventionnels "reins d'yvoire" et "fesses de marbre".

J.G.

(Jacques Guillerme)

 

 

 

accueil

Tout et Rien sur Sappho de Lesbos

bibliothèque lesbienne par auteurs

musée lesbien

sexualité et saphisme. Ici dessin d'Ange et Damnation

 
Bibliographie :
???

Liens lesbiens :
???

 

© Copyright www.saphisme.com 1999-2010

pour écrire à la webmastrice : contact@saphisme.com


Page entoilée le

11/12/2004 et mise à jour le 00/00/0000


Édition sur le web :
- des traducteurs et commentateurs francophones de Sappho de Lesbos
- de textes par des auteurs qualifiés "lesbiens" par abus de langage dans
www.litterature-lesbienne.com
- d'une iconographie et d'une pinacothèque dénommées pompeusement "musée lesbien"
par passion livresque, sapphique, lesbienne, littéraire et pour tuer le temps.