La mort de Sapho.1817 par Alexandre Barginet de Grenoble (1797-1843)  

 
Souvenirs poétiques de deux prisonniers, par Joseph.-Dominique Magalon (?- ?) et Alexandre Barginet (de Grenoble 1797-1843) aux Editions Masson fils aîné (Paris, in-12, 223 p., 1823) recueille un poème saphiquement leucadien : "La Mort de Sapho. 1817".
Jeunes-hommes liés par l’amitié, « séparés pendant quelques années par des événements particuliers, nous nous sommes retrouvés à Sainte-Pélagie, chargés tous deux d’une longue peine. Les souvenirs de notre première intimité nous rendirent à nous-mêmes ; honteux de l’injustice des hommes, nous n’avons pleuré que les libertés publiques, en jetant sur notre vie passée un regard de tristesse et de regrets. »
Barginet ajoute dans les Notes : « Une société littéraire fut fondée à Aix en 1813, sous le nom de Société des Troubadours réunis de Vaucluse. Une foule de jeunes gens du Midi répondirent à l’appel de MM. Victor Augier et Magalon, et donnèrent quelque éclat à cette société.(…) Les troubadours de Vaucluse ont cependant conservé dans le monde les talens et le patriotisme dont ils étaient animés. Les uns ont pris le parti des armes ; d’autres ont revêtu la toge des magistrats ; le plus grand nombre s’est voué à l’honorable profession d’avocat, et je puis avancet qu’ils sont tous primi inter pares. Quant à M. Magalon et à moi, nous sommes restés poëtes, et nous sommes en prison… »


La mort de Sapho.
1817.

LEUCADE, tout est calme autour de tes rochers;
Le soir de ton rivage écarte les nochers;
Le voile de la nuit lentement se déploie ;
           Le berger revoit avec joie
L'étoile qui le guide auprès de ses amours ;
           Heureux jusqu'au moment où le flambeau des jours
           Éclairera le hameau solitaire
Et la cabane de son frère.


Ravissantes beautés des vallons de Lesbos,
           Vierge de Corinthe et d'Athènes,
           Fille de la riche Mycènes,
           Et de la belle Ténédos,
Bientôt vous chanterez le retour des héros.
           Mais Sapho, triste et malheureuse,
           Appelle en vain son bien-aimé :
           Phaon par une autre est charmé.
           Aussi belle, et plus amoureuse,
           Je lui promettais le bonheur;
           Il fuit et dédaigne mon cœur !
           Hélas ! ma lyre harmonieuse
           N'a plus que des sons de douleur !


           Le vent a fait frémir ma lyre,
           Elle s'anime sous mes doigts.
           Amour, dont j'ai subi les lois,
Reçois mes derniers chants, c'est pour toi que j'expire.
           « Le sombre enfant du nord
           « Souffle sur le rivage ;
           « II apporte la mort
           « Dans les flancs de l’orage
           « Combien je plains ton sort,
           « Jeune fleur du bocage !
           Le sombre enfant du nord
           « Souffle sur le rivage.


           « Il n'est plus de beau jour
           « Pour la rose flétrie;
           « Sa tige, sans retour,
           « Languit dans la prairie ;
           « Et la vierge à son tour,
           « En la voyant, s'écrie :
           « Il n'est plus de beau jour
           « Pour la rose flétrie!


« Si le maître du monde, au milieu de sa gloire,
« Avait de mon amour désiré la douceur,
« Phaon, j'aurais sur lui remporté la victoire,
           « Tu régnais sur mon cœur !


« Oui, j'espérais alors, et mon âme brûlante
« Déjà dans l'avenir s'élançait avec toi...
« Mais je n'ai point vidé cette coupe enivrante,
           « Et tu vis loin de moi... »


           Ciel ! quelle voix à mon oreille
           A retenti comme sa voix?
           Dans mon cœur l'espoir se réveille,
           Phaon, est-ce toi que je vois ?
           Phaon, est-ce bien toi ? ma vie
           .Va donc recommencer son cours...
           Oh ! viens... viens près de ton amie,
           Un seul instant, je t'en supplie,
           Je suis heureuse pour toujours !
O douce illusion! ivresse de mon âme!
Sur mon cœur palpitant je sens battre son cœur
Une fois dans ses traits que le plaisir enflamme
           J'ai pu respirer le bonheur !

Sa bouche avec ardeur se presse sur la mienne,
Et ma tremblante main a frémi dans la sienne...
Repose près de moi, brûle des "mêmes feux;
Laisse-moi sur tes yeux fixer un peu mes yeux...
Pourquoi te détourner?., je t'entends... tu soupires.
Ah ! je voudrais m'unir à l'air que tu respires.

Je triomphe de mes douleurs,
Salut, ô reine de Cythère !
Je vais bientôt couvrir de fleurs
L'autel où tu me fus prospère
O voluptés, grâces, amours,
De Sapho remplissez les jours.
Si du sort la rigueur extrême
M'arrachait encore au plaisir,
Pourrais-je craindre de mourir...
Mon Phaon m'aura dit : je t'aime!

Mes pleurs ne coulent plus, et mes tristes accens
Ont cessé de frapper lés échos de Leucade ;
Déjà je n'entends plus le bruit de la cascade,
Et le froid de la mort se glisse dans mes sens.
Seule, sur ce rocher je vivais exilée;
Comme la tendre fleur, fille de la vallée,
Dont l'affreux aquilon a flétri les couleurs,
Au printemps de mes jours voilà donc que je meurs !
J'aperçois les ciseaux de la Parque cruelle.
O filles de la Nuit, ne vous arrêtez pas,
Les voûtes de l'enfer vont gémir sous mes pas,
J'entends crier les gonds de la porte éternelle.
Lève-toi, malheureuse, il est temps de partir.
Pleurez, jeunes Amours, à mon dernier soupir.

           Salut, ô murs de ma patrie !
Vous ne reverrez pas ma jeunesse flétrie.
Grèce, sois toujours libre, et que de tes guerriers
La Discorde jamais ne voile les lauriers.
Salut, lieux enchanteurs, pays de mon enfance,
Berceau de ma famille, ô fertiles vallons...
Salut ! dans le passé votre Sapho s'élance.
Lyre, sois sur mon cœur ! La mort, c'est l'espérance...
Adieu, mon cher Phaon, je te pardonne... Allons !


accueil

Tout et Rien sur Sappho de Lesbos

bibliothèque lesbienne par auteurs

musée lesbien

sexualité et saphisme. Ici dessin d'Ange et Damnation

 
   

Bibliosapphisme francophone :

index des auteurs anciens - bibliosapphisme des XVI au XVIIIe s. - bibliosapphisme à partir du XIXe siècle

- Souvenirs poétiques de deux prisonniers, par Joseph.-Dominique Magalon ( ?- ?) et Alexandre Barginet ( de Grenoble 1797-1843) aux Editions Masson fils aîné (Paris, in-12, 223 p., 1823)

Liens lesbiens :
???

   
www.saphisme.com
Page entoilée le 0/0/2008 et mise à jour le 01/01/00

© Copyright 1999-2010

pour écrire à la webmastrice : contact@saphisme.com

Édition sur le net :

- des traducteurs et commentateurs francophones de Sappho de Lesbos
- de textes littéraires ou scientifiques qualifiés de lesbiens par abus de langage
- d'une iconographie et d'une pinacothèque dénommées pompeusement "musée lesbien".


Par passion livresque, sapphique, lesbienne, littéraire et pour tuer le temps.