Hommage de Béranger à Adélaïde Dufrénoy " Sapho française"   

 

D’après A. Jay auteur d’observations sur sa vie et ses ouvrages, Madame Dufrenoy (1765-1825) « avouait que l’une des jouissances les plus vives qu’elle eût éprouvées dans sa vie était d’avoir fourni à Béranger le sujet d’une de ses chansons les plus gracieuses. » Dans la troisième strophe, le chansonnier use de la coutumière et banale comparaison à Sapho pour flatter la poétesse. Néanmoins piquant et liciencieux, il offre au lecteur une figure de rhétorique au conditionnel passé 2e forme qui pourrait laisser planer un doute sur la sexualité d’Adélaïde Dufrénoy, épouse et mère à l’égal de la Lesbienne. Dans son Anthologie de textes érotiques féminins (1799-1984), Claudine Brécourt-Villars cite la strophe saphique de Béranger et fait référence à l’identité de Saint-Huberty, actrice de l’académie royale de Musique, muse et héroïne de l’élégie Le premier moment de l’Amour pour en déduire : « Mais l’aveu d’homosexualité dans l’œuvre de Mme Dufrénoy n’est, bien sûr, jamais direct. » Lors de l’incarcération du chansonnier en 1821, Adélaïde Dufrénoy offrira des Stances élégiaques à M. Béranger.

 

Veille encore, ô lampe fidèle,
Que trop peu d’huile vient nourrir !
Sur les accents d’une immortelle
Laisse mes regards s’attendrir !
De l’amour que sa lyre implore,
Tu le sais, j’ai subi la loi.
Veille, ma lampe, veille encore,
Je lis les vers de Dufrenoy.

Son livre est plein d’un doux mystère,
Plein d’un bonheur de peu d’instants.
Il rend à mon lit solitaire
Tous les songes de mon printemps.
Les dieux qu’au bel âge on adore
Voudraient-ils revoler vers moi ?
Veille, ma lampe, veille encore,
Je lis les vers de Dufrenoy.

Si, comme Sapho, qu’elle égale,
Elle eût, en proie à deux penchants,
Des amours, ardente rivale,
Aux Grâces consacré ses chants ;
Parny près d’une Eléonore
Ne l’aurait pu voir sans effroi.
Veille, ma lampe, veille encore,
Je lis les vers de Dufrenoy.

Combien a pleuré sur nos armes
Son noble cœur, de gloire épris !
De n’être pour rien dans ses larmes
L’Amour alors parut surpris.
Jamais au pays qu’elle honore
Sa lyre n’a manqué de foi.
Veille, ma lampe, veille encore,
Je lis les vers de Dufrenoy.

Aux chants du nord on fait hommage
Des lauriers du Pinde avilis ;
Mais de leur gloire sois l’image,
Toi, ma lampe, toi qui pâlis :
A ton déclin, je vois l’aurore
Triompher de l’ombre et de toi ;
Tu meurs ; et je relis encore
Les vers charmants de Dufrenoy.


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