MANUEL D'ÉROTOLOGIE CLASSIQUE de FORBERG (1770-1848)

traduit du latin par Alcide Bonneau (1836-1904) et illustré par Paul Avril.

 

 

Grâce à Beccadelli, à Forberg et à tant d'autres dont Pascal Pia, je vous propose le saphisme dans la littérature qui remonte à la nuit des temps. Antonin Beccadelli, littérateur italien du XVe siècle, écrivit Hermaphroditus, recueil d'épigrammes et de fragments érotiques extraits des auteurs latins. Universitaire philosophe et philologue prussien, Friedrich-Karl Forberg (1770-1848), alors conservateur de la Bibliothèque aulique de Cobourg, découvrit un manuscrit de l'Hermaphroditus. En comparant le manuscrit à sa première édition établie à Paris en 1791 par l'abbé Mercier de Saint-Léger (1734-1799), bibliothécaire de Sainte-Geneviève, Forberg établit en 1824 une édition corrigée en latin, agrémentée de commentaires longs et précieux.
Alcide Bonneau (1836-1904), collaborateur de Pierre Larousse l'éditeur du Grand Dictionnaire, en offrit en 1882 une traduction française titrée : Manuel d'érotologie classique, habilement saupoudrée de néologismes respectant l'esprit de Forberg.


Ce Manuel est construit autour de huit chapitres évocateurs : " de la Futution, de la Pédication, de l'Irrumation, de la Masturbation, des Cunnilinges, des Tribades, Du Coït avec les bêtes, des Postures spintriennes ". Le chapitre VI des Tribades commence par une définition très physiologique :

 

" Les tribades, ainsi nommées frictrices, du Grec, je frotte, sont des femmes chez qui cette partie de la nature mulièbre, appelée le clitoris, atteint de telles proportions qu'elles peuvent s'en servir comme d'une mentule, soit pour enfiler, soit pour pédiquer. Le clitoris, qui est une caroncule extrêmement irritable, douée de mouvement, assez semblable à la verge, entre en érection chez toutes les femmes, non seulement durant le coït, dont on dit qu'il augmente singulièrement les délices par un surcroît de titillation, mais par l'effet du simple désir amoureux ; chez les tribades, soit par un jeu de la Nature, soit par suite d'un usage fréquent, il atteint des dimensions démesurées. La tribade bande, défonce une vulve ou un podex, goûte une volupté délicieuse et procure sinon jouissance complète, du moins une certaine jouissance, à la femme qu'elle besogne. Que dire de plus ? elle fait tout comme le fututeur, comme le pédicon, sauf l'émission de semence, et encore le coït de la tribade n'est-il pas toujours complètement sec, les femmes ayant assez coutume d'éjaculer dans la jouissance amoureuse. Cette dépravation de la volupté, qu'elle provint de l'ardeur du climat, d'une singulière vertu du sol ou des sources, ou de toute autre cause, on n'en sait rien, était on ne peut plus familière aux femmes de Lesbos ; toute l'antiquité l'atteste. "
 
En outre, Forberg note le sens élargi du mot tribade, femme se masturbant ou utilisant des accessoires :
" On appelle, en effet, aussi, tribades, les femmes qui, à défaut de la véritable mentule, obtiennent une espèce de chatouillement soit au moyen du doigt, soit en s'introduisant dans la vulve un engin de cuir, et trompent ainsi leurs désirs. (...) Quant à l'engin de cuir, que les Grecs appelaient un olisbos, les Milésiennes, entres toutes les femmes, en faisaient autrefois leurs délices. "

Puis Forberg cite Suidas dans sa définition de l'olisbos :

" Membre viril en cuir dont usent les femmes de Milet, comme tribades et impudiques. Les veuves s'en servent aussi."
 
 
Ce chapitre tribadique du Manuel d'érotologie classique de Forberg cite, dans l'ordre d'apparition du texte ou de ses notes, le nom d'auteurs anciens ou modernes qui traitent de l'amour entre femmes : Hésychius, Luisa Sigea via Nicolas Chorier, Nicolas Venette (médecin français né et mort à La Rochelle au XVIIe siècle, auteur du Tableau de l'Amour conjugal), Aristote, Pline, Columelle (agronome latin du Ier siècle), Lucien de Samosate, Ovide, Suidas, Horace, Martial, Plaute, Sénèque, Juvénal, Apulée, Phèdre, Tertullien, Isodore, Tite-Live, Platon, Léon l'Africain, " l'auteur de la Gynécologie ", Aristophane, Suétone, Boettiger.
 

Certains sites offrent le texte de Forberg en entier. WWW.SAPHISME.COM se donne pour mission, à ce jour inachevée, de copier le texte de Forberg à la page de chaque auteur ancien répertorié.

 

J.-M. LO DUCA dans Histoire de l'Erotisme (éd. La Jeune Parque, 1969) commente l'oeuvre de Forberg :

"La Grèce n'ignorait donc rien de tout ce qui concerne les jeux préliminaires, la réalité et l'évocation des instants de l'amour. L'érotisme positionnel était défini dans une gamme complète, depuis la posture gynécologique jusqu'aux déviations les plus obliques du saphisme, de l'uranisme et du pluralisme. C'est ici qu'intervient l'œuvre de l'historien scrupuleux et génial que fut Forberg. Grâce à sa connaissance admirable de l'antiquité grecque, il nous donne une énumération des postures érotiques qui couvre largement l'antiquité grecque et latine, le moyen âge et la renaissance, et la plus grande partie des temps modernes. Les seules nouveautés qu'on pourra ajouter à cet " érotisme naturel " ne viendront que du culte annexe du diable, du culte conscient de la violence et des derniers moyens extra-naturels quant à leur " mécanisme". Que Forberg soit le texte, nous le démontrons par une référence personnelle : dans toutes nos recherches sur cette mémoire universelle de l'amour qu'on nomme érotologie, nous n'avons qu'une nouveauté, et encore dans les fantaisies saphiques, deux tribades qui s'accouplaient par le sein."

 

 


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Bibliographie :

- Manuel d'érotologie classique illustré de 1 fronstispice et 19 planches de Paul Avril dont 12 coloriées, traduit du latin par Alcide Bonneau, Avertissement de Alcide Bonneau, Postface de Pascal Pia, Editions Joëlle Losfeld, 1994.

- Histoire de l'Erostime, J.-M. Lo Duca, éd. La Jeune Parque, 1969.



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Page entoilée le 28/06/2003 et mise à jour le 28/06/2003

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