Erinna à Sappho (1863) par Eduard Mörike (1804-1875)

traduit de l'allemand par Raymond Dhaleine (1947)

 
 

Eduard Mörike naquit à Ludwigsburg le 8 septembre 1804. Très vite orphelin, il devint séminariste, vicaire, pasteur de l'Eglise luthérienne et démissionna avant ses quarante ans pour vivre chichement de différentes fonctions pédagogiques. Son oeuvre poétique fait état de ses amours impossibles avec l'Etrangère. Néanmoins il se maria sur le tard en 1851 sans jamais quitter sa région natale, la Souabe, entre le lac de Constance et la Forêt Noire. Il mourut à Stuttgart le 4 juin 1875 reconnu par ses pairs écrivains. Son récit consacré nouvelle "Mozart auf der Reise nach Prague" (1856, "Le Voyage de Mozart à Prague" trad. par A. Béguin, Paris, 1948) demeure une oeuvre majeure de la littérature allemande. Sa poésie entre lyrisme et romantisme s'inspire de Goethe mais aussi de la poésie antique : épigrammatique, anacréontique ou lyrique.

Ci-dessous entoilée la traduction par Raymond Dhaleine du poème Erinna à Sappho [Poésies, (Gedichte), 1947, Paris et 1967, collection bilingue des classiques étrangers)]. Cette traduction - n'est-elle pas trahison ? - est loin de donner, me semble-t-il, toute la puissance poétique évoquée par les admirateurs germanistes du poète.

Le fragment 170 de Sappho dit :

La mort est un mal. Les dieux en jugent ainsi, car, sinon, ils choisiraient de mourir.

 
	  

ERINNA À SAPPHO

Erinna était, vers l’an 600 avant J.-C., une jeune et célèbre poétesse de l’antiquité grecque, amie et disciple de Sapho à Métylène dans l’île de Lesbos. Elle mourut à dix-neuf ans. Son œuvre la plus connue était un poème épique Le Fuseau dont on ne sait rien de précis. De toutes ses poésies, seuls des fragments de quelques vers et trois épigrammes ont été conservés. Deux statues lui ont été édifiées, et l’anthologie comporte plusieurs épigrammes de différents auteurs consacrés à sa gloire.

Divers sont les chemins qui conduisent chez Hadès, dit
un poème ancien, et tu marches sur l’un de ces chemins,
N’en doute pas. Qui en douterait, Sapho bien-aimée ?
Chaque jour qui passe ne le dit-il pas ?
Mais les vivants portent avec légèreté cette sentence
en leur cœur, et, habitué dès son enfance à la mer,
un pêcheur fait la sourde oreille au fracas des vagues.
Pourtant, mon cœur fut pris aujourd’hui d’une étrange peur. Ecoute !

Un soleil resplendissant dès le matin dans le jardin,
répandu autour de la cime des arbres,
avait très tôt tiré de la chaleur accablante de sa couche
Erinna la dormeuse (ainsi m’ont nommée dernièrement tes reproches).
Mon cœur était tranquille, mais dans mes veines,
le sang battait irrégulièrement, et mes joues étaient pâles.
Lorsque ensuite, devant ma toilette, je défis mes nattes,
Et que de mon peigne parfumé de nard, je partageai sur mon front
Le voile de mes cheveux, mon image dans le miroir me regarda étrangement
dans les yeux. O, regards, dis-je, regards, que voulez-vous ?
Et toi, mon esprit, aujourd’hui encore, tu habites tranquillement mon corps,
familièrement uni à mes sens vivants,
Et, avec une gravité troublante, à demi souriant, tel un génie,
tu me fais un signe, présage de la mort.
Ah ! soudain il me sembla qu’un éclair me traversait,
comme si une flèche mortelle aux plumes noires
passait tout contre mes tempes,
de sorte que, couvrant mon visage de mes mains,
je restai longtemps étonnée, regardant le gouffre mortel, horrible et vertigineux.
— Puis je pesai mon propre destin de mortelle,
d’abord l’œil sec,
et je pensai alors à toi, Sapho,
à toutes les amies,
et à l’art gracieux des Muses.
Et tout de suite, les larmes coulèrent de mes yeux.

Là-bas, sur la table, brillait mon beau filet, un cadeau de toi,
précieux tissu de Byssos , avec l’essaim des abeilles dorées.
Je voudrais, quand bientôt nous célébrerons
la fête fleurie de la belle fille de Démèter,
le lui consacrer en ton nom et au mien,
pour que la déesse nous reste favorable (car elle est puissante)
afin que tu ne coupes pas trop tôt pour Erinna
les boucles brunes de ta tête bien-aimée.*

 

* La tradition antique voulait que les femmes se coupent les cheveux en signe de deuil.

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Bibliographie :
- Anthologie bilingue de la poésie allemande édition établie par Jean-Pierre Lefebvre nrf Gallimard, 1995 (pp. 661 à 677 contient 13 poèmes de Mörike mais non Erinna à Sappho).
- Les poésies d'Eduard Morike traduites par Raymond Dhaleine, (1947, Paris et Ed. Montaigne chez Aubier, collection billingue des classiques étrangers, 1967).

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02/09/2005 et mise à jour le 25/01/2008


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