"Sapphiques" poème du poète anglais anglais Swinburne traduit par Gabriel Mourey

 

Dans la collection Lecture d'une œuvre, Les Fleurs du Mal entre "fleurir" et "défleurir"" aux éditions du Temps, 1988, Pierre Brunel, professeur à la Sorbonne (Paris IV) introduit son chapitre "Saphiques" en ces termes :

"Epigone de Baudelaire, Charles Algernon Swinburne a voulu dans ses Poems and Ballads de 1866, restaurer la "Laus Veneris" (c'est le titre d'un long poème). Il s'est attardé aussi sur le conflit qui a opposé Aphrodite et Sapho dans un poème dont le titre "Sapphics" ne désigne pas seulement les vers ou les strophes saphiques : il veut être l'équivalent des "Lesbiennes", premier titre prévu par le poète des futures Fleurs du Mal."

Pierre Brunel clot le chapitre "Saphiques" en nous offrant un extrait de Sapphics de Swinburne avec sa traduction :

Ah the singing, ah the delight, the passion
All the Loves wept, listening ; sick with anguish,
Stood the crowned nine Muses about Apollo ;
Fear was upon them,
While the tenth sang wonderful things they knew not.
Ah the tenth, the Lesbian ! the nine were silent,
None endured the sound of her song for weeping ;
Laurel by laurel,
Faded all their crowns [...]
Ah le chant ! ah le délice ! la passion !
Tous les Amours pleuraient à l'entendre ; malades d'angoisse
Se tenaient les neuf Muses couronnées, autour d'Apollon ;
La crainte planait sur elles,
Tandis que la dixième chantait des choses merveilleuses
Qu'elles ne connaissaient pas.
Ah la dixième, la Lesbienne ! Les neuf autres gardaient le silence,
Aucune ne supportait son chant sans pleurer ;
Feuille à feuille les lauriers
Se fanaient dans leurs couronnes [...]

 

Ci- dessous la traduction de Gabriel Mourey (Poèmes et Ballades de A.G. Swinburne, Stock, 1922, 4e édition). Les strophes 3 à 6 en version originale anglaise furent publiées par Renée Vivien à la suite de Ode à l'Aphrodita dans son recueil Sapho traduction nouvelle avec le texte grec (Lemerre, 1903).

SAPPHIQUES

Toute la nuit le sommeil ne se posa pas sur mes paupières, - ne versa pas la rosée, ne secoua ni n'agita une plume,- mais les lèvres étroitement fermées et les yeux d'airain, - se tint en me regardant.

Alors vers moi qui gisais ainsi éveillé, une vision vint sans sommeil par-dessus les mers et me toucha, - doucement toucha mes paupières et mes lèvres et moi aussi - plein de cette vision,

Je vis la blanche implacable Aphrodité, - je vis les cheveux déliés et les pieds sans sandales briller comme un feu de soleil couchant sur les eaux de l'ouest ; - je vis les pieds reluctants,

Les pieds, les ailes fatiguées des colombes qui la traînaient, - regardant toujours, le cou renversé, - vers Lesbos, vers les collines au pied desquelles - brillait Mitylène ;

J'entendis les pieds fuyants des Amours derrière elle - faire un tonnerre soudain sur les eaux pareil au tonnerre jeté par les fortes et fermées - ailes d'un grand vent.

Ainsi la déesse s'enfuit de sa place, au terrible - bruit de pieds et au tonnerre d'ailes autour d'elle ; - tandis qu'au loin une clameur de femmes - déchirait le crépuscule.

Ah le chant, ah le délice, la passion ! - Tous les Amours pleuraient en écoutant ; malades d'angoisse - se tenaient les neuf Muses couronnées autour d'Apollon ; - la crainte était sur elles,
Pendant que la dixième chantait des choses merveilleuses inconnues. - Ah la dixième, la Lesbienne ! les neuf étaient silencieuses, - aucune n'entendait le son de son chant, de ses pleurs ; - feuille à feuille les lauriers

Se fanaient dans leurs couronnes ; mais autour de son front, - autour de ses tresses et de ses tempes couleur de cendre, - blanches comme la neige morte, plus pâles que l'herbe en été, - ravagées par les baisers,

Brillait une lumière de feu comme une couronne éternelle. - Oui, presque l'implacable Aphrodité - s'arrêta et p1eura, si fort était ce chant, - oui, et par son nom aussi

L'appela disant : " Tourne-toi vers moi, ô ma Sappho ; " - cependant elle détourna sa face des Amours, ne vit pas - que les larmes au lieu des rires assombrissaient les paupières immortelles, - n'entendit pas autour d'elle

Les ailes craintives, capricieuses des colombes qui partaient, - ne vit pas comme le sein d'Aphrodité - était secoué par les pleurs ; ne vit pas son vêtement déchiré, - ne vit pas ses mains se tordre ;

Vit les Lesbiennes se briser à travers leurs luths - brisés avec des lèvres plus douces que le son des cordes des luths, - bouche sur bouche, main dans la main, ses élues, - plus belles que tous les hommes ;

Vit seulement les belles lèvres et les doigts - pleins de baisers et de chansons et de doux murmures - remplis de musique ; vit seule entre elles - s'élever, comme s'élève un oiseau

Nouvellement emplumé, son chant visible, une merveille, - fait de son parfait et de passion débordante, - doucement formé, terrible, plein de tonnerres, - revêtu des ailes du vent.

Alors elle se réjouit, riant d'amour, et sema - des roses, roses terribles de floraison sacrée ; - alors les Amours entourèrent tristement, le visage caché, - Aphrodité.

Alors les Muses, frappées au cœur, se turent ; - oui, les dieux devinrent pâles, tel était ce chant. - Toutes à contre-cœur, toutes avec une nouvelle répulsion - s'enfuirent devant elle.

Toutes se sont retirées depuis longtemps et la terre était stérile, - pleine de femmes infécondes et de musiques seules. - Maintenant, peut-être quand les vents se calment au couchant, - assoupis par la rosée,

Près du bord gris de la mer, inassouvis, non entendus, - pas aimés, invisibles au reflux du crépuscule, - des fantômes de femmes bannies reviennent pleurant, - non purgés dans le Léthé,

Revêtues de flammes et de larmes et chantant - des chansons qui touchent le cœur du ciel ébranlé, - des chansons qui brisent de pitié le cœur de la terre, - en les écoutant.

 

     

 

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