AMOUR SEXUALITE ET LESBIANISME CHEZ CHRISTINE ANGOT (1959-)  

 

Pourquoi présenter une si longue "dissection" d'une relation sexuelle entre un homme et une femme sur un site consacrée au lesbianisme ? Tant pour pointer de la souris les fantasmes lesbiens des hommes que pour rendre sa part de vénusté et de lesbianisme à cet amant angotien manipulateur et pervers :

Christine Angot, Rendez-vous, Roman, © Flammarion 2006, pages 14 à 18

(...)

"Quand il jouissait, son visage se délitait comme si les pièces qui le composaient ne tenaient plus ensemble. Comme si la peau lâchait, et révélait qu’à l’intérieur tous les bouts de chair étaient désaccordés et retombaient en lambeaux déphasés, dans une grimace de souffrance terrible. C’était laid et surtout étrange. J’allais tomber amoureuse d’un homme de soixante ans, tant mieux, ça me ferait sortir de la fusion et de l’envahissement. Il n’y avait pas ce risque, à son âge il avait déjà organisé toute sa vie de manière précise.
Un soir, on avait dîné au restaurant, et dès le premier regard, à travers la vitre, on avait commencé à se regarder dans les yeux au point de devoir le cacher par intermittence, pour en jouer plus longtemps. On se connaissait depuis environ un mois. Il me prenait la jambe sous la table, il me caressait la cheville. Il remontait sur les mollets. Donne-moi ta petite jambe. Il me fixait dans les yeux. Je le regardais sans dire un mot non plus. Je me sentais tellement bien quand il me regardait comme ça que je ne pouvais plus rien faire. Son regard était un ordre auquel j’allais me plier. Je n’avais éprouvé ça qu’avec mon père, c’était un souvenir qui me ramenait très loin en arrière. Une référence troublante. Et à double tranchant. Donne-moi ta petite jambe. Il avait les yeux très bleus, il me fixait. Comme si il avait planté un crochet dans mon ventre et qu’il n’avait plus qu’à remonter le moulinet de sa canne à pêche. J’étais au bout, désarticulée, n’importe quand, n’importe où, il pouvait m’avoir, comme si j’étais son objet, sa chose, sa victime. Plus le poisson fuyant. Un rapport sado-maso était en train de se nouer. Il n’avait qu’à se servir et à faire ce qu’il voulait. Il lâchait ma jambe et la reprenait. J’étais en jupe. Il caressait ma cheville par-dessus le collant. Quand j’étais en pantalon il passait sa main directement sur la peau en relevant la jambe du pantalon. Le naturel de ses gestes m’impressionnait. Il se disait timide, mais quand il me plaquait contre un mur pour me faire sentir sa queue bien dure et qui me fascinait, il n’en donnait pas l’impression. La première fois qu’il m’avait embrassée, j’avais été sidérée par sa façon de faire, sa manière autoritaire de m’attraper le cou. Quand il se retrouvait comme ce soir-là, dans mon lit, en train de me caresser depuis une bonne demi-heure, il voulait que je jouisse et ne comprenait pas que je n’y arrive pas. Sauf si j’étais une grande comédienne, vu mon attitude au restaurant. Il bandait depuis deux heures déjà, et ça ne venait pas, il n’arrivait pas à me faire jouir, il était à moitié énervé contre moi, à moitié énervé contre lui, son visage se durcissait. L’expression devenait presque méchante tellement la contrariété nouait ses traits. J’avais l’habitude de jouir dessus, en me frottant sur l’autre, il n’aimait pas lui cette inversion des rapports, ça le faisait débander. Il aimait être dessus et essayait de me faire jouir à sa manière habituelle. Avec son sexe tellement plus gros que la moyenne, ça vient d’elle se disait-il. Ce n’était pas son genre de perdre espoir. Il m’avait léchée, il était du genre obstiné, volontaire, il le faisait bien, il baladait sa langue sur mon clitoris délicatement, peu d’hommes me l’avaient fait aussi bien. J’avais juste été surprise quand il m’avait demandé de relever mes poils, pour que sa langue ne soit pas encombrée, de les tenir avec ma main. Mais j’aimais cette autorité, cette exigence comme si ç’avait été un jeu. Dont il édictait les règles seul. Je pensais que ça m’amusait. Il disait aimer mon goût, aimer me lécher, il m’embrassait après ou me fourrait ses doigts entre les lèvres, dans la bouche, après les avoir plongés en bas. Il ne voulait pas me pénétrer maintenant, il aurait joui tout de suite et il voulait me faire jouir avant. Il m’avait branlé le clitoris. Le rythme me convenait aussi bien que la place qu’il avait trouvé pour son doigt. Ce n’était pas à côté, c’était là, c’était tellement énervant ceux qui s’acharnaient sur un endroit juste à côté, un bout d’os où rien ne pouvait se passer. Puis il m’avait dit de le faire moi-même, pendant ce temps il me caressait les seins. Puis il m’avait pénétrée en me disant de continuer. Toujours un peu angoissé de voir que ça ne venait pas, et impatient, pour lui, d’en finir, de se libérer. Il donnait la marche à suivre pour tout, naïvement ça me plaisait ce côté directif, qui était pourtant le signe du pervers et de son scénario autoritaire. J’avais un regard extatique. Mais sentant qu’il allait décharger, il était aussitôt ressorti. Il s’était remis à me caresser avec le doigt, tout en me gardant entourée dans son bras droit. Il fallait faire attention à son bras gauche, il s’était fait mal en jouant au golf. Il me faisait part de ses fantasmes. Ça ne me gênait pas, je rentrais dans le jeu. Il n’y avait qu’avec les putes qu’il pouvait d’habitude. Je riais beaucoup. Alors qu’à la première rencontre il m’avait trouvée sinistre. Mais la contrariété commençait à le défigurer, que je n’arrive pas à jouir malgré tous ses efforts, tout ce talent. Ça faisait une demi-heure. Je le laissais dire toutes les saloperies qu’il avait dans la tête. Il ne s’en privait pas. C’était peut-être ça qui me bloquait et qui retardait. Il avait décidé de faire attention. J’adorais qu’il me parle, je n’avais pas envie qu’il arrête, mais pour jouir j’avais besoin de concentration, d’un peu de silence. Il avait des images de moi avec une grande fille blonde, très jeune, qui me léchait le clitoris, et me caressait les seins. Le cul parfois aussi, il décrivait à haute voix. Une jeune blonde qui était folle de moi. Qui me léchait dans tous les sens. Et lui, à un moment donné, il venait, et c’était moi qu’il choisissait. Je lui avais dit : tu adores les lesbiennes, hein toi ? Il avait juste répondu : tous les hommes aiment les lesbiennes. (J’avais mieux compris quand j’avais vu en photo dans sa maison du Var sa mère, une grande brune, en maillot, à côté d’une grande blonde en maillot aussi, des belles femmes toutes les deux, sur un bateau, avec des lunettes noires.) Tout cet écheveau de pensées, de mépris, de désirs, de faiblesses m’intéressait. Avec ses call-girls il pouvait décharger en deux minutes, à l’heure du déjeuner, se rhabiller et les renvoyer. Il reconnaissait qu’il avait probablement un fond d’égoïsme. Il aimait bien parfois décharger tout de suite aussi, avec moi il n’avait jamais pu. Au point que de temps en temps il ne réprimait pas quelques mouvements d’impatiente. Ça ne m’aidait pas. Ça m’obligeait à redémarrer tout mon processus mental à zéro. Une ou deux fois, j’avais fini par lui dire de jouir sans moi, ce n’était pas grave. J’étais bien de toute façon, c’était vrai. J’étais heureuse d’être dans ses bras. Je le regardais toujours extatique, comme si en le regardant je voyais quelque chose d’hallucinant. C’était un homme, pas un jeune homme, pas un garçon, un homme plus âgé que moi, un homme déjà vieux, je me sentais libre. Ce n’était pas le genre que j’avais eu avant. Mais cette jouissance qui ne venait pas, ça faisait deux fois de suite.


Tout d’un coup, il m’avait dit : et avec ton précédent ami tu jouissais vite ? J’avais dit : oui, très vite. Il avait ajouté tout de suite après : et avec ton père ?… »

 


"L'INCESTE" Éditions Stock, 1999

"No man's land

 J'ai été homosexuelle pendant trois mois. Plus exactement, trois mois, j'ai cru que j'y étais condamnée. J'étais réellement atteinte, je me faisais pas d'illusions. Le test s'avérait positif. J'étais devenue attachée. Pas les premières fois. A force de regards. J'amorçais un processus, de faillite. Dans lequel je ne me reconnaissais pas. Ce n'était plus mon histoire. Ce n'était pas moi. Dès que je la voyais, le test donnait pourtant pareil. J'ai été homosexuelle dès que je la voyais."

 

 

sont les premières lignes du neuvième roman de Christine Angot née à Châteauroux en France... mais elle aurait "pu naître ailleurs".


"POURQUOI LE BRÉSIL ?" Éditions Stock, 2002

"J'étais tellement fatiguée, et je n'en pouvais tellement plus, que j'en étais arrivée à la conclusion, qu'il fallait que j'organise ma vie en fonction d'un bien-être physique. Et que j'évite tout le reste, c'est-à-dire l'amour."

Ci dessus les deux premières phrases du roman (2002) de Christine Angot. Pour moi, Christine E., le Brésil c'est la mort d'un Père et l'avion que j'ai raté pour avoir confondu Orly et Roissy... par peur de voyager seule, par panique, par.... Pour Ruffin et ses lecteurs,"Rouge Brésil", c'est la gloire du Prix Goncourt. Pour Christine Angot, c'est l'amour, c'est l'écriture sauf Ruffin, sauf un avion raté, sauf la mort d'un père... Même morts, certains pères, beaux-pères ou inconnus vivent toujours en vous... La preuve par neuf : en page de couverture et en page 11 du roman "Pourquoi le Brésil ?", la Romancière cite son Père qui aurait pu être le Vôtre ou le Mien : "Pourquoi le Brésil ? Peut-être parce que c'est un pays dont toute la richesse est dans l'avenir, comme toi à qui le globe était destiné."

Le mensuel Tétu N° 70 de septembre 2002 couvre la rentrée littéraire française avec Garréta, Honoré, Angot et l'histoire littéraire du XXe siècle avec Virginia Wolf et Vita Sackville-West.

Voir le site autorisé par l'écrivaine Christine Angot : http://eva.domeneghini.free.fr et l'article de Tétu N° 38 (octobre 1999) sur Angot.

Sans autorisation aucune, je ne résiste pas à recopier deux pages de "Pourquoi le Brésil ?" Me pardonnerez-vous, Auteur et Éditeur (http://www.editions-stock.fr) ? Mesdames et Messieurs les Lecteurs et Lectrices Internautes, si vous désirez mirer votre âme et celle de vos contemporains avec lucidité, lisez ou écoutez Madame Angot de la première à la dernière ligne (18,05 euros chez votre libraire) :

"J'avais passé tout le printemps et tout l'été à dire que je n'en pouvais plus. Je faisais un bilan négatif de presque tout ce que j'avais vécu. Je voyais que Claude s'en sortait, je voyais que Marie-Christine s'en sortait, et moi j'étais toujours au fond du trou. Je n'avais que l'écriture qui marchait à ce moment-là. À peu près. Ce qui très vite n'allait plus être le cas. J'avais prévenu Jean-Marc que bientôt ça allait s'arrêter aussi. Il me disait : ne t'inquiète pas, il va venir. Mais il ne venait pas, et chaque fois qu'il venait ce n'était jamais lui. Je le voyais de loin dès qu'il débouchait, je le voyais à trente mètres que ça ne pouvait pas être lui. Ni elle. Parce que ça aurait pu être une femme aussi, je n'étais plus à ça près, qu'est-ce que ça me faisait ? Elle aurait été la bienvenue. Quoique dans ce cas-là, je craignais les rapports de force encore plus, donc c'était une probabilité que j'avais plutôt éliminée. Parce que je n'en pouvais plus, même pour un temps, même provisoirement, et puis ce n'était pas ma sexualité, j'avais essayé avec une autre fille, ça ne donnait rien, beaucoup plus jolie pourtant que Marie-Christine, qui était moche objectivement, mais qui m'avait séduite, et je ne voulais plus de séduction. Aujourd'hui je me dis que j'ai peut-être tort, j'ai peut-être eu tort, d'avoir peur des rapports de force, de m'en méfier autant. À Paris j'allais vite comprendre qu'il n'y avait que ça partout. Ici tous les rapports, ce n'est que ça. Je me disais même parfois : pourquoi je ne retournerais pas avec Claude ? Je n'avais plus de désir pour lui, ce n'était peut-être plus grave, et puis d'autres fois je me disais que je ne pouvais quand même pas brider ça. Je l'avais fait, je n'avais pas envie de recommencer. Je ne voulais rien revivre de ce que j'avais déjà vécu, je n'avais pas de paradis perdu. J'avais aimé Claude, j'en étais sûre, mais le voir arriver, le voir monter l'escalier, et se dire, comme je me le disais " je ne pourrais plus ", ou " je n'aime pas tel détail ", je ne voulais pas le revivre. Et d'autre fois, je me disais, pourquoi pas, quelle importance ça a, aucune. Marie-Christine aussi, elle se fripe, pour une femme j'avais plus d'indulgence. Ce n'est pas dégoûtant une peau fripée. Mais ce dos voûté que Claude a toujours eu. J'étais injuste. C'était ridicule, je faisais table rase du passé, après je l'ai regretté. C'était l'angle sous lequel je regardais. Si j'avais trouvé beau quelqu'un je ne pouvais changer d'avis le surlendemain, c'est ce qui s'était passé avec Hervé. Je l'avais d'abord trouvé très beau, très très beau, et ensuite repoussant, je ne pouvais donc plus avoir aucune confiance en moi. Je ne pouvais même pas compter sur mes goûts. J'étais la reine de l'ambivalence, au point que quand quelqu'un ne me plaisait pas, j'y allais. Rien ne m'intéressait, rien ne m'attirait, tout ça c'était la même logique. Mais je n'en pouvais plus. De toute façon quand on ne peut plus, on ne peut plus, et je ne pouvais plus. Je faisais des efforts. Par moments ça lâchait. Ça ne tenait plus, heureusement que Léonore n'était pas là pour voir ça."

(Pages 33-34-35-36 de "Pourquoi le Brésil ?" par Christine Angot, Éditions Stock, 2002)

 


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