Catherine Millet chez Saphisme.com :  La vie (homo) sexuelle de Catherine M. (2001)

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Catherine Millet
La vie sexuelle
de Catherine M.
récit
Seuil

Catherine Millet, critique d'art, directrice de la rédaction de Art Press, auteure d'essais sur l'art comtemporain et de monographies d'artistes de ce siècle a reçu le prix Sade 2001 pour son récit La vie sexuelle de Catherine M. édité au Seuil en 2001. Je vous invite à lire la totalité de son récit (220 pages, 16,77 euros) et pour vous mettre en appétit érotique "millétienne", je me permets de vous présenter les rares extraits saphiques.

Le récit commence ainsi : " Enfant, j'ai beaucoup été préoccupée par des questions de nombre. "

Les questions de nombre sont celles des amants de sa mère, des siens et de l'activité orgasmatique de la femme.

Aux pages 48 à 50, Catherine Millet conte son "exception" saphique, son unique expérience homosexuelle avec Léone au "nom magnifique " qui frappa Catherine. Cette expérience se fit lors d'une partouze. Léone est le féminin de Léon issu du latin léo, lion, roi des forêts. Léone est lionne et reine de la partouze léonine où tout le plaisir de faire jouir l'autre au féminin revient, malgré tout et malgré tous les autres partenaires masculins à Catherine :

"Par une curieuse inversion de la sensibilité, alors que je suis relativement aveugle aux manœuvres de séduction d'un homme - tout simplement parce que je préfère qu'on en fasse l'économie, mais je vais bientôt traiter de ce sujet -' je sais au contraire très bien quand je plais à une femme, sans pourtant n'avoir jamais attendu qu'aucune d'entre elles me procure la moindre sensation. Oh, je n'ignore pas l'anéantissante suavité qu'il y a à effleurer une peau délicate sur une étendue sans bords, ce qu'offrent presque tous les corps de femmes et beaucoup plus rarement des corps d'hommes ! Mais je ne me suis prêtée à ces étreintes, et aux gougnottages afférents, que pour ne pas contrarier la règle du jeu. De plus, un homme qui ne me proposait que ce genre de triangulation était à mes yeux un pépère dont je pouvais vite me lasser. Pourtant, je me repais de la contemplation des femmes. Je pourrais dresser l'inventaire des garde-robes, deviner le contenu des trousses de maquillage, et même dépeindre la conformation de celles avec qui je travaille mieux que l'homme qui partage leur vie. Dans la rue, je les suis et je les observe avec plus de tendresse qu'un dragueur; je sais associer un plissement particulier des fesses avec telle coupe de culotte, tel dandinement avec une hauteur d'escarpins. Mais tout mon émoi s'arrête à la satisfaction scopique. Au-delà, je n'éprouve qu'une sympathie communautaire pour les bosseuses, pour la vaste confrérie de celles qui portent le même prénom que moi (un des plus donnés après la guerre) et pour les vaillantes de la libération sexuelle. Comme me déclara un jour l'une d'entre elles, d'ailleurs authentique et affectueuse gouine et néanmoins partouzeuse sans parti pris, si être copains, c'était partager le pain, alors nous étions bien de vraies copines.
Il y eut une exception, dans une partouze improvisée où une moitié des participants avait entraîné l'autre, néophyte. Je me suis trouvée un long moment isolée avec une blonde, ronde de partout, des joues, du cou, de la poitrine et des fesses bien sûr et jusqu'aux mollets, affalée sur l'épaisse moquette noire de la salle de bains. j'avais été frappée par son nom rnagnifique, elle s'appelait Léone. Léone s'était modérément fait prier avant de se décider à suivre le mouvement. Maintenant, elle était complètement nue, comme un bouddha doré dans son temple. J'étais un peu en dessous d'elle, parce qu'elle s'était posée sur la marche qui entourait la baignoire surélevée. Comment avions-nous échoué dans cette encoignure alors que l'appartement était vaste et confortable ? Peut-être en raison de son indécision et du rôle que je me croyais obligée encore une fois de tenir, d'initiatrice attentionnée? Toute ma figure barbotait dans son épaisse vulve. Je n'avais jamais gobé un ourlet aussi gonflé qui remplît en effet la bouche, ainsi que l'expriment les Méridionaux autant qu'un gros abricot. Je me collais à ses grandes lèvres comme une sangsue après quoi je lâchais le fruit pour étirer la langue à en déchirer le frein, profiter le plus en avant possible de la douceur de son entrée, une douceur à côté de laquelle celle du dessus des seins ou de l'arrondi des épaules n'est rien. Elle n'était pas du genre à se trémousser, elle laissait échapper de petits gémissements brefs, aussi doux que le reste de sa personne. Leur résonance était sincère et j'en retirais une terrible exaltation. Comme je m'employais bien alors à têter le petit nœud de chair en saillie, comme je me laissais aller à l'écoute de cette pâmoison ! Quand nous nous sommes tous rhabillés dans la gaieté et l'agitation d'un vestiaire de club de sport, Paul, qui disait les choses plus franchement que tous les autres s'adressa à elle : Alors ? Çà avait été bon, non ? Est-ce qu'elle n'avait pas eu raison de se laisser faire ! Elle répondit, en baissant les yeux et en appuyant sur la première syllabe, qu'une personne lui avait fait de l'effet. Je pensai : " Mon Dieu, faites que ce soit moi.
"

 

Au moins par deux fois, aux page 58 et 76, Catherine Millet affirme que les gestes entre femmes, même dans un rapport d'ordre vénal, " portent moins à conséquence ".

 

"Avec le temps, à la timidité que j'éprouvais en société s'est substitué l'ennui. Même lorsque je me trouve avec des amis dont la compagnie m'est agréable, même si, au début, je suis la conversation et que je n'ai plus peur d'y prendre part, arrive toujours le moment où, brusquement je m'en désintéresse. C'est une question de durée : tout à coup, c'est assez ; quels que soient les sujets abordés, il me semble que je m'ankylose comme devant ces feuilletons de télévision qui éprouvent de trop près la pesanteur de la vie domestique. C'est irréversible. Dans ce cas, des gestes muets et quelquefois aveugles constituent une échappée. Bien que je sois peu entreprenante, j'ai souvent improvisée une pression de la cuisse ou un croisement de chevilles avec mon voisin de table, (ou de préférence avec ma voisine (cela porte moins à conséquence) dans le but de me sentir enfin spectatrice lointaine, affairée ailleurs, de l'assemblée qui poursuit."

 

Catherine Millet, la Vie sexuelle de Catherine M, p. 58, Seuil, 2001

 

 

Page 76, elle réitère cette idée. Alors que Catherine Millet manque d'argent, une amie lui propose de se prostituer auprès d'une femme car " cela porte moins à conséquence " :

 

(…) " Pourtant j'en manquais. Une ancienne amie de lycée voulut me rendre service. Une relation lui avait proposé de rencontrer une femme à la recherche de très jeunes femmes. Elle n'osait pas y aller mais pensait que ça pouvait m'intéresser. Elle avait l'idée que faire ça avec une femme " portait moins à conséquence " qu'avec un homme. J'ai obtenu un rendez-vous dans un café de Montparnasse, avec un intermédiaire méfiant, un homme de trente-cinq ans environ qui ressemblait à un agent immobilier. Par précaution, un copain m'accompagnait de loin. Je n'ai aucun souvenir de la discussion, de l'arrangement envisagé ; le type prenait beaucoup de soin, me semblait-il, à parler de la femme que nous devions retrouver, pendant que moi, n'arrivant sans doute pas à m'imaginer à la place de la prostituée, j'inversais les rôles et me représentait cette femme sous les traits d'une call girl vieillissante, les cheveux décolorés, une lingerie qui n'adhère pas à la chair, renversée sur un dessus-de-lit pelucheux, silencieusement autoritaire. En dépit de ma naïveté, j'ai tout de suite compris, quand il m'a entraînée dans un des petits hôtels de la rue Jules-Chaplain que je connaissais, que je ne verrai jamais cette femme. Peut-être que d'en avoir tant parlé l'avait immédiatement rejetée dans l'espace de l'imaginaire. "

 

Catherine Millet, la Vie sexuelle de Catherine M, p. 76. Seuil, 2001

 

 

 


 
Bibliographie :
Catherine Millet : La vie de Catherine M. , éditions Seuil, 2001.

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Page entoilée le 8/06/2003 et mise à jour le 25/10/2009
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