De l'homosexualité féminine GIRL-FRIENDS par Claudia Weil, cinéaste

 

GIRL-FRIENDS est un film écrit et réalisé en 1978 par Claudia Weill. Le texte suivant qui retrace le scénario du film est paru dans le numéro de Juillet 1978 Des Femmes en Mouvement, revue émanant du Mouvement de Libération des femmes des années 1970-80.

GIRL-FRIENDS

Girlfriends,
deux femmes,
l'une veut écrire
l'autre veut vivre de son art,
nourri de son désir d'inscrire, de photo-graphier
le corps de l'autre femme
de l'autre,
l'une blonde sérieuse,
l'autre brune, boucles folles,
corps rond et généreux,
elles visitent l'appartement
qu'elles vont partager...
c'est l'euphorie, trois photos ont été vendus
dont l'une de l'amie blonde au réveil
dans la langueur des premiers gestes du matin,
à l'extrême pointe de cette joie,
de cette effusion tendre
l'une apprend que l'autre se marie
soudain,
qu'elle s'en va,
qu'elles n'habiteront plus ensemble...
l'une aménage seule, désemparée un peu,
dans cet espace choisi par elles deux
s'applique à peindre son mur rouge
comme elle en avait fait le projet
avec elle
maintenant il y a dans sa maison
une chambre d'ami(e)
une place, un creux, un vide, un blanc,
...
non-lieu d'amour à naître
entre deux femmes
comme un en-trop
comme un pas-assez
je l'aime bien mais
d'amitié
je l'aime bien
mais la toucher
c'est l'impossible...
de cet impossible, de ces peurs
le corps de l'homme
trouve sa place,
une place
hors lieu de passion
tenant-lieu de désir
corps borné-blindé de certitude
d'où repousser la jouissance
pour un plaisir coté
aux valeurs d'un marché de dupes.
elle deviendra quand même photo-graphe
elle enfin ex-pose, im-pose, pose
qui ? quoi ? pour qui ? pour quoi ?
tous ses amis sont là sauf une
l'amie chère
elle roule dans la nuit à sa rencontre
et, dans la maison de campagne
enfin elles deux, enfin elles,
vont se dire leur amour, croit-on
mais il s'agirait d'un autre film

girl friends,
une femme filme amoureusement une autre femme,
une femme dont on ne saura rien sinon la tendresse
du regard posé sur l'autre femme,
rien sinon un non-dit d'amour entre deux femmes...

 

Ce film-poème soulève la distinction entre l'amour et l'amitié, le non passage à l'acte homosexuel qui serait sous-tendu par "ces peurs".Notons l'orthographe volontairement différencié de l'anglicisme : le trait d'union s'impose dans le titre commun du film et du texte.
En effet, cette orthographe est la norme anglaise : le Dictionnaire des anglicismes du Robert écrit girl-friend et propose le mot américain girlfriend (1906) !!!
En revanche, jeune fille et amie sont attachés au début du poème : le désir d'union, de fusion s'impose à l'une des girlfriends. Dans la dernière strophe, alors que l'une d'entre elles décide de se marier avec un homme, les jeunes filles deviennent girl friends. La distance, le détachement des mots n'est que le symbole de la distance entre les êtres, et donc leur différenciation.
Ceci rappelle le thème du livre Entre elles (Albin Michel 1995) de Michelle Coquillat où l'auteur tend à penser que l'amour homosexuel tombe trop souvent dans le piège de l'amour miroir, de l'amour fusion, où "l'autre est soi-même et n'existe pas hors de soi".

accueil

Tout et Rien sur Sappho de Lesbos

bibliothèque lesbienne par auteurs

musée lesbien

sexualité et saphisme. Ici dessin d'Ange et Damnation

 

Bibliosapphisme :

- index des auteurs anciens
- bibliosapphisme des XVI au XVIIIe s.
- bibliosapphisme à partir du XIXe siècle

Bibliographie :
???

Liens lesbiens :
???

 

© Copyright www.saphisme.com 1999-2011

pour écrire à la webmastrice : contact@saphisme.com


Page entoilée le

31/03/2009 et mise à jour le 10/03/2010


Édition sur le web :
- des traducteurs et commentateurs francophones de Sappho de Lesbos
- de textes par des auteurs qualifiés "lesbiens" par abus de langage dans
www.litterature-lesbienne.com
- d'une iconographie et d'une pinacothèque dénommées pompeusement "musée lesbien"
par passion livresque, sapphique, lesbienne, littéraire et pour tuer le temps.