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Table
I - ESSAI
BIOGRAPHIQUE
II - COMMENTAIRES
POÉTIQUES
III - QUATRE
POÈMES
IV
- EXTRAIT DE "MES MÉMOIRES"
V - "NOS
SECRÈTES AMOURS"
VI - Drame : "SAPHO DESESPEREE,
PHAON VICTORIEUX"
ESSAI BIOGRAPHIQUE
ma source, Hélène Plat : Lucie Delarue-Mardrus
Une femme de lettres des années folles. Grasset, 1994
Marie Jazet, jeune veuve de 21 ans épousa en 1863 Georges Delarue,
jeune avocat, fils lui-même d'un avocat rouennais. En 1874 à
Honfleur, Marie accoucha de son septième enfant, Lucie Delarue,
sixième et dernière fille du couple de notables Delarue.
Jeune fille amoureuse des rimes, Lucie Delarue rendit visite à
François Coppée, poète quasi officiel de la bourgeoisie
et lui montra ses vers. Celui-ci lui conseilla d’apprendre à
coudre... Cependant, elle organisa une conférence sur les écrivains
du Vieux-Honfleur et vivra toute sa vie de sa plume : journaliste, romancière,
poète. Encore vierge, elle essuya des refus lorsqu'elle adressa
sa flamme par sonnets interposés à une baronne dénommée
Impéria. Elle collabora au journal La Fronde,
sans en connaître le ton dreyfusard incompatible avec les idées
de son père. Elle rencontra lors d’un dîner mondain
l’excentrique docteur Mardrus. Né au Caire en 1868, le
traducteur des Mille et Une Nuits (1899) épousa aussitôt
Lucie Delarue âgée de 26 ans et choisit ses meilleurs poèmes
afin de les publier. Parut en 1901 le recueil Occident en opposition
au conte des Mille et une Nuits..., Ferveurs en 1902,
l’année où Renée Vivien lui expédia
son recueil de poèmes : Cendres et Poussières.
Ainsi grâce à Renée Vivien, Lucie rencontre Natalie
Barney. Autant l’«Insaisissable» vit ouvertement son
homosexualité sans remords ni culpabilité, autant Lucie
comprend André Gide (1869-1951), l’un de ses amis et L'immoraliste
(1902). Lucie Delarue-Mardus décrit dans son roman l’Ange
et les Pervers (Ferenczi, 1930) la vie à laquelle
Natalie Barney l’initia. Les compagnons mi père, mi frère,
mi amant et surtout agent littéraire comme Willy ou Mardrus sont
tolérants face aux penchants de leurs jeunes femmes. En 1904,
le recueil Horizons est mieux accueilli par le critique Charles
Maurras. Lucie Delarue écrit un drame Sapho
désespérée qu’elle joue elle-même
au théâtre Fémina avec un titre plus moral
à l’affiche : Phaon Victorieux. (Le texte de cette
pièce est malheureusement inédit à ce jour de septembre
2008. Le manuscrit — qualifié de "probablement perdu"
par Joan Dejean in Sapho Les Fictions du désir Hachette
1994, p. 282— est conservé à la bibliothèque
du Musée Calvet d'Avignon (Patricia Izquierdo in Inverses 2008).
Lucie Delarue-Mardrus écrit des comptes-rendus de voyages, des
biographies, environ quarante romans qui décevront les critiques
littéraires mais recevront un succès populaire. Les lectrices
sans doute se retrouvent-elles dans la description de leurs rôles
et de leurs sentiments. L'ex-voto (Fasquelle, 1922) et Graine
au Vent (Ferenczi, 1926) furent adaptés au cinématographique.
1914 : Lucie a quarante ans, un monde s’achève, Mardrus
quitte son épouse d’abord pour la mobilisation, ensuite
pour un remariage. Dans l’entre-deux-guerres, elle « collabore
à quarante neuf périodiques. Lucie passe de l’état
de princesse à celui de femme seule, vivant de son travail »
. Elle s’amourache saphiquement de la voix de Germaine Castro,
cantatrice qu’elle tente de faire remonter sur les planches et
avec qui, à défaut, elle monte un restaurant « vite
passé de mode une fois tous les amis invités ».
En 1938, elle publie « Mes mémoires » (lire
sur saphisme.com ses rencontres avec Barney et Vivien) Petit scandale
des prix littéraires, la même année, à cours
d’argent, elle sollicite le prix Renée Vivien
dont la vocation est d’encourager les jeunes poètes. Avec
l’amertume de ne pas avoir le don d’une Colette ou d’un
Gide , la « princesse Amande » , la « Duchesse
de Normandie » qui n’écrivait de la prose que
par nécessité alimentaire, amoureuse des femmes mais néanmoins
opposée tant à la maternité qu’au droit de
vote de la moitié du genre humain (!!!) meurt oubliée
en 1945.
COMMENTAIRES POÉTIQUES
Dans l'Histoire
de la poésie française, Robert Sabatier commente :
« Pas plus que ses amies, Lucie Delarue-Mardrus
n’apporte un renouvellement de la forme. Par rapport à l’hardie
Marie Krysinska , il y a même un recul, mais tel qu’il
existe l’instrument classique lui convient et la ravit. Elle
en jouera fort bien et son vers est solidement charpenté et
musclé tout en donnant une impression de bonne santé et
de parfait naturel... Les meilleurs de ses poèmes sont ceux
que traverse la fureur dionysiaque ou ceux qui chantent le pays natal
et les vastes horizons... Elle sait être un peintre marin comme
elle est un peintre d’images venus d’Orient. Un de ses
plus beaux poèmes, dans une œuvre inégale où souvent
le verbalisme et la déclamation prennent le pas, est "la
Figure de proue" à laquelle elle s’identifie ».
Dans Femmes poètes
du XIXe siècle (1998), Merete Stistrup Jensen commente à son
tour :
«Si son œuvre poétique a été moins
lue de son vivant [que sa prose], elle reste pourtant intéressante,
non seulement comme témoignage d'une époque, mais aussi,
pour sa tonalité hardie, directe, apportant une diction de prose à la
forme plutôt classique de ses vers. Depuis le début, qui
chante les pommiers de Normandie et l'exostisme de l'Orient, jusqu'aux
derniers vers sur la fuite du temps, en passant par des complaintes
sur le sort féminin, on retient surtout une poésie rythmée
par les images de l'enfance : lieu sauvage, libre et sans sexe -" Ô temps
! Je redeviens poétique et sans sexe/Comme aux jours merveilleux
du premier souvenir" (Les sept Douleurs d'Octobre,
1930). Aventurière, dont la critique regrette la dispersion
d'un talent incontestable, Lucie Delarue-Mardrus reste - en poésie
- surtout associée à son recueil La Figure de proue.»
Les anthologies poétiques féminines retiennent L’odeur
de mon pays, Femmes, Les esclaves, Races,
Réveil, Avenir, Les Adorées,
Refus, Lucidité, Au pas, Le Petit
Sphynx, Intérieurs. Jean-Paul Goujon dans son Anthologie
de poésie érotique (Fayard, 2004) choisit Furieusement
et Énervements du recueil posthume et anonyme Nos
secrètes Amours (1951) publié par Natalie Clifford
Barney.
QUATRE POÈMES DU
RECUEIL "Occident"
Saphisme.com publie ici L'étreinte marine, Litanies
Féminines, Quelqu'une, Belle Nuit poèmes
extraits de son premier recueil de poésie Occident (1901).
Sous L'étreinte marine se cache une étreinte
féminine où la sirène est une amante idéalisée...
à rapprocher de l'Amante marine
du recueil Nos secrètes amours.
L'ÉTREINTE
MARINE
Une voix sous-marine enfle l'inflexion
De ta bouche et la mer est glauque tout entière
De rouler ta chair pâle en son remous profond.
Et la queue enroulée à ta
stature altière
Fait rouer sa splendeur au ciel plein de couchant,
Et, parmi les varechs où tu fais ta litière,
Moi qui passe le long des eaux, j'ouïs
ton chant
Toujours, et, sans te voir jamais, je te suppose
Dans ton hybride grâce et ton geste alléchant.
Je sais l'eau qui ruisselle à ta
nudité rose,
Visqueuse et te salant journellement ta chair
Où une flore étrange et vivante est éclose
;
Tes dix doigts dont chacun pèse
du chaton clair
Que vint y incruster l'algue ou le coquillage
Et ta tête coiffée au hasard de la mer ;
La blanche bave dont bouillonne ton sillage,
L'astérie à ton front et tes flancs gras d'oursins
Et la perle que prit ton oreille au passage ;
Et comment est plaquée en rond
entre tes seins
La méduse ou le poulpe aux grêles tentacules,
Et tes colliers d'écume humides et succincts.
Je te sais, ô sirène occulte
qui circules
Dans le flux et le reflux que hante mon loisir
Triste et grave, les soirs, parmi les crépuscules,
Jumelle de mon âme austère
et sans plaisir,
Sirène de ma mer natale et quotidienne,
O sirène de mon perpétuel désir !
O chevelure ! Ô hanche enflée
avec la mienne,
Seins arrondis avec mes seins au va-et-vient
De la mer, ô fards clairs, ô toi, chair neustrienne
!
Quand pourrais-je sentir ton cœur
contre le mien
Battre sous ta poitrine humide de marée
Et fermer mon manteau lourd sur ton corps païen,
Pour t'avoir nue ainsi qu'une aiguille
effarée
A moi, dans le frisson mouillé des goëmons,
Et posséder enfin ta bouche désirée ?
Ou quel soir, descendue en silence des
monts
Et des forêts vers toi, dans tes bras maritimes
Viendras-tu m'emporter pour, d'avals en amonts,
Balancer notre étreinte au remous
des abîmes ?...
Occident, poèmes,
Éd. de la Revue Blanche, 1901, p.63. |
À QUELQU'UNE
Si vous aimez encore une petite âme
Que vous avez eue en mains au temps passé,
Qui n'était alors qu’un embryon de femme
Mais dont le regard était déjà lassé,
Si vous aimez encore une petite âme,
Laissez-la quelquefois revenir encor
A vous, que charmaient ses yeux mélancoliques.
Vous vouliez, songeant déjà sa bonne mort,
La refaçonner dans vos doigts catholiques,
Laissez-la quelquefois revenir encor.
Elle n'est pas devenue une chrétienne,
Elle est même à présent, comme qui dirait,
Sans foi, sans loi, ni joie, une âme païenne
Des temps de décadence où tout s'effondrait.
Elle n'est pas devenue une chrétienne.
Sa fantaisie a la bride sur le cou.
C'est un bel hippogriffe qu'elle chevauche,
Qui de terre en ciel la promène partout
Sans plus s'arrêter au bien qu'à la débauche.
Sa fantaisie a la bride sur le cou.
Elle a l'œil triste et la bouche
taciturne
Et quoique parfois ses essors soient très beaux,
Comme elle a bu le temps présent à pleine urne,
Elle se meurt de spleen, lambeaux par lambeaux.
Elle a l'œil triste et la bouche taciturne.
Son dos jeune a le poids du siècle
à porter
Comme une mauvaise croix, sans coeur d'apôtre
Et sans assomption future à monter.
Voilà ce qu'elle est devenue et rien d'autre.
Son dos jeune a le poids du siècle à porter.
Mais le souvenir parmi d'autres lui reste
De vos mains qui la soignaient comme une fleur ;
Et si vous vouliez lui rendre votre geste,
Elle pleurerait son mal sur votre cœur,
Car le souvenir parmi d'autres lui reste.
Laissez-la quelquefois revenir encor
A vous, que charmaient ses yeux mélancoliques.
Vous vouliez, songeant déjà sa bonne mort,
La refaçonner dans vos doigts catholiques,
Laissez-la quelquefois revenir encor.
Occident, poèmes,
Éd. de la Revue Blanche, 1901, p. 121. |
LITANIES FÉMININES
O Dame souveraine, O Vierge entre les
vierges,
Pudique aux bras croisés chastement sur les seins,
Triomphante aux cheveux glorieusement ceints
Vers qui montent l'encens et le frisson des cierges !
Puisque tant, les doigts joints et les
genoux ployants,
Viennent pleurer leur mal aux plis de votre robe,
Moi je ne serai pas qui raille et se dérobe,
Je lèverai vers vous mes regards incroyants,
Afin de vous prier, ô refuge des
âmes,
O source ! aube ! vesprée et mystère des nuits,
- Pour que Dieu veille mieux le sexe dont je suis -
D'avoir des oraisons spéciales aux femmes.
O Dame !regardez tout ce monde si cher,
Cette féminité dont vous fîtes partie
Et voyez son enfance honteuse et pervertie
Déjà frôlée aux sens et pêchant
en sa chair ;
O Dame ! regardez la prime adolescence,
Les vierges aux pensers troubles, aux cils menteurs,
Chastement abaissés sur de fausses pudeurs,
Et qui savent déjà la presque jouissance ;
O Dame ! regardez celle qui tournent mal
Les épouses en qui la chair ne peut se taire,
Qui trahissent sans honte et pour qui l'adultère
Finit par n'être plus qu'un passe-temps normal ;
O Dame ! regardez ces reines captieuses
Qui dans leurs manteaux d'or emportent les raisons,
Les courtisanes dont absorbent les poisons
Tous ceux qu'ont prix aux nerfs leurs lèvres vicieuses
;
O Dame ! regardez au fond des lupanars
Ces rebuts de pavé dites filles de joie
Marchandant au passant que le hasard envoie
Leur peau triste et fanée où luisent tous les fards
;
O Dame ! regardez enfin ces raffinées,
Celles qui vont fuyant les baisers masculins
Pour entre elles unir par des gestes câlins,
Leurs féminines chairs de l'homme détournées...
Regardez ! Et qu'un peu de votre chasteté
Tombe de front étoilé de couronnes
Sur ce monde d'enfants, de femmes, de matrones
Qui vivent dans le mal et l'impureté !
O Dame souveraine, O Vierge entre
les vierges,
Pudique aux bras croisés chastement sur les seins,
Triomphante aux cheveux glorieusement ceints
Vers qui montent l'encens et le frisson des cierges !
Occident, poèmes,
Éd. de la Revue Blanche, 1901, p. 96. |
BELLE NUIT
La lune était aux cieux à
l'heure de minuit
Comme une grande perle au front noir de la nuit.
Tout dormait et j'étais comme seule sur terre.
Tout dormait et j'étais comme seule sur terre.
J'ai regardé la lune étrange et solitaire.
Sur laquelle, Sapho, se sont fixés tes yeux
Aux temps antiques quand, de ton pas orgueilleux,
Tu hantais par les nuits l'île coloniale,
Toute seule, levant ta tête géniale
Vers le ciel où mettait l'astre son pâle jour.
C'est alors qu'à ta lyre, ô Muse de l'amour !
O Muse du désir et des folles tendresses,
Frissonnaient tes beaux doigts habiles aux caresses
Et que chantait parmi la marée et les vents
Ta bouche ivre aux baisers complexes et savants...
Oh ! de songer tout bas qu'à cette lune blême
Tes yeux s'étaient rivés, grande Sapho, de même
Que les miens quand, parmi le sommeil de la nuit,
Je veillais seule avec mon éternel ennui !
Prêtresse de l'amour qu'ils appellent infâme,
O Sapho ! qu'a donc pu devenir ta grande âme ?
Sous la lune qui vit ta joie et ta douleur,
Je t'ai chantée, aimée, admirée en mon coeur,
Moi poétesse vierge, ô toi la poétesse
Courtisane, ô toi l'aigle orgueilleuse, l'Altesse !
Occident, poèmes,
Éd. de la Revue Blanche, 1901, p. 248. |
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Bibliographie personnelle
:
Lucie Delarue-Mardrus : Occident Editions de la Revue Blanche
1901.
Anonyme : nos secrètes Amours, "Les
Iles", Paris, Imrimerie Nicolas - Niort, 1951, n° 14 sur 700
exemplaires. 48 pages.
Lucie Delarue-Mardrus : Mes Mémoires, Gallimard, 10e édition,
1938, 328 pages.
Hélène Plat : Lucie Delarue-Mardrus Une femme de lettres
des années folles. Grasset, 1994
Lucie Delarue-Mardrus Nos secrètes amours, texte établi
et annoté par Mirande Lucien En collaboration avec la revue Inverses
Editions ErosOnyx, 87 pages, n° 22 sur 50 exemplaires, 2008.
Revue annuelle N° 8/2008 Inverses Littératures, Arts, Homosexualités
édités par l'Association des Amis d'Axiéros Dossier
Lucie Delarue-Mardrus comprenant les articles de :
- Cécile Barraud et Rafael Garcia-Pérez : Lucie Delarue-Mardrus
et la Revue Blanche
- Christophe Dauphin : Portrait de Lucie Delarue-Mardrus
en Princesse Amende
- Nicole G. Albert : Coeur double ou l'écriture
de l'ambivalence chez Lucie Delarue-Mardrus.
- Patricia Izquierdo : Nos secrètes amours de
Lucie Delarue-Mardrus.
- Dominique-Joëlle Lalo : Une interprétation
psychalytique de la création artistique dans Le roi des
Reflets de Lucie Delarue-Mardrus.
- Mirande Lucien : Lucie Delarue-Mardrus et L'immoraliste.
- Samuel Mine : Amours maudites et amitiés sublimes : Lucie
Delarue-Mardrus biographe d'Oscar Wilde.
- Anne-Marie Van Bockstaele : La quête de l'identité
chez Lucie Delarue-Mardrus.
Liens lesbiens :
- Association
des Amies de Lucie Delarue-Mardrus présidée par Patricia
Izquierdo, Universitaire.
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