SAPPHO HISTOIRE D'UN POÈTE et traduction intégrale de l'œuvre

par Edith Mora (Flammarion Éditeur, 1966)

 

 

 

 

pp. 79-80 Commentaires d'Edith Mora sur Le vase de Munich, Aristote, Alcée et Sappho de Lesbos

Il existait pourtant un autre homme, normal celui-là, qu’une tradition, sérieuse puisqu’appuyée sur Aristote, donnait à Sappho pour amoureux : le poète Alcée ; tradition à la fois littéraire et iconographique, la première ayant probablement entraîné la seconde. Un bas-relief fort archaïque, en terre cuite, qui fut découvert à Mélos (c’est-à-dire à Milo où fut également trouvée la célèbre statue d’Aphrodite) représente une jeune femme assise, tenant une lyre, ou plus exactement un barbytos ; elle paraît avoir interrompu son jeu musical et peut-être son chant pour écouter un homme qui, debout devant elle, lui parle. Une femme avec une lyre ? Ce ne peut-être, a-t-on dit aussitôt, que Sappho ; et cet homme est Alcée qui lui tient d’amoureux propos. On l’a dit, car on connaissait le très beau vase à figures rouges conservé au musée de Munich, un peu moins ancien, mais datant quand même de 460 avant J.-C., et sur lequel figurent également Sappho et Alcée se faisant face et, cette fois, accompagnés de leurs noms. Et là, la jeune femme, toute droite dans son chiton plissé, se détourne en regardant d’un air peut-être sévère son compagnon qui baisse la tête : ils paraissaient ainsi illustrer très exactement le dialogue (fragment 79 Mora) dont Aristote cite le texte dans sa Rhétorique, en le mettant dans leurs bouches.
Cette interprétation semble cependant infirmée par une scholie ajoutée, en marge du passage d’Aristote, par un critique qui avait certainement sous les yeux une édition de Sappho : il affirme que ce dialogue imaginaire, échangé entre une jeune homme et une jeune fille, est entièrement de la composition de la Mytilénienne, et non pas dû, par conséquent, aux deux poètes qui l’auraient réellement échangé, chacun improvisant les vers qu’il adressait à l’autre. Sappho n’avait donc jamais eu à « remettre à sa place » Alcée qui ne lui avait jamais fait de déclaration d’amour. De ce dernier nous avons bien un vers, que j’ai déjà cité, où il s’adresse à elle avec beaucoup de respectueuse amitié, mais on n’y peut découvrir nulle trace d’amour ; et si un témoignage du second degré ( * celui d’Athénée rapportant qu’un certain Hermésianax avait lu ces poèmes d’Alcée) fait état de nombreux et « délicieux » poèmes où Alcée chantait les louanges de Sappho, rien de parallèle n’est nulle part évoqué, dans son œuvre à elle. Mais, sans doute y exprimait-il essentiellement son admiration pour son talent.

[Commentaire d'Edith Mora sur Jean du Castre d'Auvigny (1712-1743)]

Cette sueur... Il faudra attendre longtemps avant de la voir reparaître sous la plume d'un audacieux traducteur ! Delille (qui copie un peu Boileau) l'écartera de ses strophes à prétention sapphique - par leur seule prosodie, évidemment. Mais elle n'empêchera pas le XVIIIe siècle , sentimental et libertin, de lire la Mytilénienne. On peut compter une dizaine d'éditions et de rééditions diverses mais toujours très incomplètes, dont la dernière de Madame Dacier, quatre ans avant sa mort, la seconde puis la troisième du Poète sans Fard, en 1754 et 1771, et, à Nancy, en 1758, la première d'un volume un petit peu plus riche avec ses dix fragments. Avant que ne finit la Régence, un certain d'Auvigny jugeait le moment venu de satisfaire la curiosité de lecteurs présumés assez nombreux pour leur offrir l'Histoire et les Amours de Sapho de Mytilène : on voit quel glissement s'amorçait...

Edith Mora

SAPPHO HISTOIRE D'UN POÈTE

et traduction intégrale de l'œuvre

(Flammarion Éditeur, 1966, p. 173)

 

 

Portrait de jeune fille, dit « de Sappho », Pompéi, Ier siècle apr. J.-C.

Fresque, diamètre : 29 cm. Musée archéologique national, Naples.

« Aucun portrait grec de Sappho ne nous est parvenu. Mais peut-être s'en souvenaient-ils ces artistes originaires de Grèce pour la plupart , qui l'ont représentée sur des fresques de Pompéi ; l'une d'elles, surtout est pleine de vie et de fraîcheur. A vrai dire, on pense presque à la manière de Mme Vigée Lebrun devant cette jeune femme aux grands yeux pensifs, aux courtes boucles emprisonnées dans une résille, qui mordille, d'une petite bouche en coeur, le bout de son stylet, avant d'écrire un poème sur les tablettes de cire qu'elle tient toutes prêtes dans sa main potelée. »

Sappho histoire d'un poète (Flammarion, 1966, p. 104) par Edith Mora.

 



 


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