L'AMOUR ENTRE MARINA ZVETAIEVA (1892-1941) ET SOPHIA PARNOK (1885-1933), POETESSES RUSSES CHEZ WWW.SAPHISME.COM  

 


À contrario de Sophia Parnok, Marina Zvetaïva, Tsétaïeva, Cvetaeva, Tsvétaeva (dont l'orthographe du nom est multiple comme notre muse Sappho) est honorée d'un article dans le "Dictionnaire des femmes célèbres de tous les temps et de tous les pays" (éd. Bouquins 1992).

Cependant, Marina Zvetaieva est omise dans l'encyclopédie alphabétique Larousse en deux volumes (éd. 1977) alors que, par exemple, monsieur Chirac né à Paris en 1932, Premier ministre de la République française de 1974 à 1976 y est mentionné dès l'âge de 45 ans... Sans commentaire sur la place des femmes et de la poésie dans le savoir officiel !

En fait, Marina Zvetaiveva fut redécouverte au début des années 1980, période où furent éditées plusieurs biographies et études sur sa poésie. L'œuvre de Marina Tsvétaeva intéresse www.saphisme.com pour trois raisons.

D'abord quelques-uns de ces poèmes évoquent, pour qui le sait, sa violente et courte passion homosexuelle affichée avec Sophia Parnok, poétesse russe possédant son "certificat de lesbienne et de lesbiénitude pur sucre, sans colorant et sans matières grasses animales virolées" (!!!!!).

Ensuite certains biographes de Marina Zvetaieva étudient son œuvre en y relevant et en y soulignant l'influence de son parcours saphique. D'autres nient cette influence. D'autres encore rêvent de manuscrits à découvrir puisque ses archives furent fermées au public jusqu'en l'an 2000 (à l'identique de Renée Vivien ! ). Je laisserai donc (plus tard) la page aux exégètes et aux biographes officiels.

Enfin sa lettre à l'Amazone adressée à Nathalie Clifford Barney (1876-1972) écrite en 1932 et corrigée en 1934, éditée seulement en 1979 à Paris sous le titre "Mon frère féminin" traite directement dans la langue française de l'amour entre femmes qui souffre, à ses yeux, de l'impossibilité de procréer :

"C'est le seul point faillible, le seul point attaquable, la seule brèche dans cette entité parfaite que sont deux femmes qui s'aiment. L'impossible, ce n'est pas de résister à la tentation de l'homme, mais au besoin de l'enfant" écrivait elle en 1932.

Ce discours est une réponse aux "Pensées d'une Amazone" (1918) de Clifford Barney, écrivaine et lesbienne qui n'éprouvait aucun besoin de maternité. Marina y traite directement et exclusivement de l'amour entre femmes, de cette "cruelle" stérilité dans un français qu'elle maîtrise parfaitement. Or dans cette longue épître, alors qu'elle aima au moins une femme ; Marina Tsvétaïeva ne nomme dans aucun passage "l'amour entre femmes". Cet amour ne peut se nommer puisqu'il ne peut ni procréer, ni donner ou transmettre un nom. Aucun des termes classiques de saphisme, tribadisme, homosexualité féminine, inversion, lesbianisme ne trouvent nommément grâce sous sa plume. Puni de stérilité, cet amour est condamné à l'innommé.

Quand vous songez que cet amour est dans un tel texte innommé, la femme poète amoureuse d'une autre femme, dactylographe ou auteure, s'interrogera en un doux euphémisme : "d'où vient cette tendresse ?", poème de Marina Tsétaïva traduit de l'anglais au français par Huguette Bertrand. L'interrogation "D'où vient cette tendresse ?", tendresse qui ne dit pas son nom car peut-être trop idéalisée au sein des relations saphiques, revient comme un leitmotiv au sein de notre société hétérosexuée.

Dans sa soif du "besoin d'enfant", si Marina se plie aux lois de son temps et de Mère Nature, qui rappelle-t-elle, n'est pas une Sainte, son texte est d'une actualité saisissante lorsqu'elle imagine le couple féminin avec un enfant sans lui. "Sans lui, mais jamais l'enfant sera d'elle" renforce avec regret la poétesse francophone.

Huguette Bertrand, poétesse québécoise, auteure d'un interstellaire
www.espacepoétique.com nous introduit par le biais de sa section "choix poétiques" dans l'univers de Marina. Une biographique, quelques poèmes dont "d'où vient cette tendresse ?", et une réflexion sur le degré de "lesbianitude" de la poétesse russe sont traduits de l'anglais au français : "Tsvetaeva est-elle une poète lesbienne ? : ou son écriture poétique serait-elle profondément influencée par ses expériences homosexuelles ?"

Reprenons et élargissons la question : La vie intimite - toujours unique et particulière - de l'écrivain influence-t-elle son écriture ? La sexualité, l'Éros, le désir, la vie de l'artiste influencent-ils son art ?

Que se cache-t-il derrière ces interrogations posées par les unes, les uns et les autres : "Marina est-elle une poète lesbienne" ? Paul Eluard est-il un poète lesbien ? Montaigne et La Boétie étaient-ils des invertis refoulés ou non ? Quels liens autobiographiques entre l'œuvre sadienne et les incarcérations du jeune Donatien pour agressions sexuelles et blasphèmes ? Apollinaire a-t-il écrit des textes érotiques pour gagner sa vie ou pour exorciser sa vie fantasmatique sexuelle ? Que se cache-t-il derrière ce débat profondément sapphique ? Les uns ne se confrontent-ils pas à l'angoisse, à l'emprise, à la puissance, au pouvoir de rejet, de séduction, d'interrogation, de récupération, d'aliénation des autres ? Qui sont les uns ? Qui sont les autres ? Entre deux sexes, entre deux langues, entre deux pays, entre Esprit, matière, père, mère Qui suis-je ? Que fais-je ? Je baise donc je suis ou je suis donc je baise ?

Huguette Bertrand dans sa traduction introduit : "Les études gays et lesbiennes s'approprient Tsvetaeva, l'a qualifie de "poète lesbienne" ... et une page, lui étant dédiée, est en train de s'élaborer sur le site Lesbian Poetry Page. Puis elle conclut :" je suis tentée de dire non, Marina Tsvétaeva n'est pas une poète lesbienne non elle ne fut pas influencée par ses expériences homosexuelles (...) Il n'est pas évident que la poésie de Tsvetaeva ait été influencée par ses expériences sexuelles ou par une identité lesbienne ou bisexuelle. Au contraire elle semble avoir été davantage influencée par ses relations hétérosexuelles..."

Qui s'aventurerait à classer les homosexuels, Proust et Yourcenar, parmi les écrivains homosexuels ? Qui oserait classer Honoré de Balzac ou Marguerite de Navarre d'auteurs hétérosexuels ? Personne car affirmer que leurs mœurs ou leur sexualité influencèrent leurs écrits seraient réduire leur génie à une parcelle de leur vie, à celles de leurs amours. Parce que ce serait réduire leur Génie à une parcelle de çà, leur moi et sur-moi, à leur organe où se concentrent l'intime masturbatoire, le tabou, l'interdit, le secret, la honte, la puissance ou l'impuissance, la frigidité ou la nymphomanie, les addictions, les manies et les vœux ou les contraintes de chasteté, les chagrins et les joies trop communes et trop ordinaires partagées avec tous les humains. Or le génie est parmi l'humanité mais au-dessus de l'humain.

Alors pourquoi chez d'autres questionner le degré de l'influence de leur sexualité sur leur écriture ?!!! Parce qu'ils n'auraient pas atteint le génie universel des Premiers ? Pourquoi chercher à leur ajouter ou à leur supprimer l'épithète de lesbien ou de gay alors que la classification pratique et répandue de poète baroque, poète maniériste, poète romantique, "poète voyant" ou peintre surréaliste ne chiffonne personne ?

Pourquoi le maniérisme ou le surréalisme apporte un éclairage positif et qualifiant alors que le lesbianisme concentre une connotation réductrice ? Parce que le sexe au-delà de son enveloppe intime de honte, de tabou, d'interdit, de secret est parfaitement réducteur, le sexe sans esprit ou sans âme est flasque. Certaines étiquettes annoblissent et d'autres dérangent et mettent en marge : les écrits pornographes ou érotomanes comme ceux de Sade, Apollinaire ou Pierre Louÿs sont perçus en marge de leur œuvre... Cette étiquette gagnera-t-elle jamais une particule de noblesse ?

Est-ce pour autant illégitime et sans intérêt de poser la question ? Non car nier toute importance à cet organe si odorant serait nier son importance dans la vie or la vie influence l'art. Sans vie, sans désir, sans éros, il n'y a rien : ni art, ni artisanat.




Je pense donc je baise ou je baise donc je pense ?



 


accueil

Tout et Rien sur Sappho de Lesbos

bibliothèque lesbienne par auteurs

musée lesbien

sexualité et saphisme. Ici dessin d'Ange et Damnation

 

   

Bibliographie sommaire :
- Marina Zvetaieva, Mon frère féminin, Lettre à L'Amazone, , note de Ghislaine Limont (Marina écrivit directement ce texte en français en 1932 et le corrigea en 1934),Mercure de France, 1979.

- Après la Russie par Marina Tsvétaïéva traduit du russe par Bernard Kreise Rivages poche/Petite Bibliothèque, 1993.

- Marina Tsétaïeva & Sophia Parnok Sans lui présentation et texte français par Henri Deluy, éditions Fourbis, Paris, 1994.

- Marina Tsvetaieva Mythe et réalité de Maria Razumovsky, traduit du russe en français par Alexandra Pletnioff-Boutin, Les éditions Noir sur Blanc.

- Le ciel brûle suivi de Tentative de jalousie, par Marina Tsvétaïéva, préface de Zéno Bianu, Traductions de Pierre Léon et d'Eve alleret, nrf, Poésie/Gallimard, 1999.

- Marina Tsvétaïéva Comment ça va la vie ? par Linda Lê, éditions jeanmichelplace/poésie, 20002.

- L'offense lyrique & autres poèmes par Marina Tsvétaïeva Présentation et texte français Henri Deluy Editions Farrago Editions Léo Scheer, 2004.

- Vivre dans le feu Confessions Marina Tsvetaeva présenté par Tzvetan Todorov Traduit du russe par Nadine Dubourvieux, Editions Robert Laffont, 2005.

   
www.saphisme.com
Page entoilée le 28/06/2003 et mise à jour le 20/05/2005

© Copyright 1999-2010

pour écrire à la webmastrice : contact@saphisme.com

Édition sur le net :

- des traducteurs et commentateurs francophones de Sappho de Lesbos
- de textes littéraires ou scientifiques qualifiés de lesbiens par abus de langage
- d'une iconographie et d'une pinacothèque dénommées pompeusement "musée lesbien".


Par passion livresque, sapphique, lesbienne, littéraire et pour tuer le temps.