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À contrario de Sophia Parnok, Marina Zvetaïva, Tsétaïeva,
Cvetaeva, Tsvétaeva (dont l'orthographe du nom est multiple
comme notre muse Sappho) est honorée d'un article dans le
"Dictionnaire des femmes célèbres de tous
les temps et de tous les pays" (éd. Bouquins 1992).
Cependant,
Marina Zvetaieva est omise dans l'encyclopédie alphabétique
Larousse en deux volumes (éd. 1977) alors que, par exemple,
monsieur Chirac né à Paris en 1932, Premier ministre
de la République française de 1974 à 1976 y
est mentionné dès l'âge de 45 ans... Sans commentaire
sur la place des femmes et de la poésie dans le savoir officiel
!
En
fait, Marina Zvetaiveva fut redécouverte au début
des années 1980, période où furent éditées
plusieurs biographies et études sur sa poésie. L'œuvre
de Marina Tsvétaeva intéresse www.saphisme.com pour
trois raisons.
D'abord quelques-uns de ces poèmes évoquent, pour
qui le sait, sa violente et courte passion homosexuelle affichée
avec Sophia Parnok, poétesse russe possédant son "certificat
de lesbienne et de lesbiénitude pur sucre, sans colorant
et sans matières grasses animales virolées" (!!!!!).
Ensuite certains biographes de Marina Zvetaieva étudient
son œuvre en y relevant et en y soulignant l'influence de son
parcours saphique. D'autres nient cette influence. D'autres encore
rêvent de manuscrits à découvrir puisque ses
archives furent fermées au public jusqu'en l'an 2000 (à
l'identique de Renée Vivien
! ). Je laisserai donc (plus tard) la page aux exégètes
et aux biographes officiels.
Enfin sa lettre à l'Amazone adressée à Nathalie
Clifford Barney (1876-1972) écrite en 1932 et corrigée
en 1934, éditée seulement en 1979 à Paris sous
le titre "Mon frère féminin" traite
directement dans la langue française de l'amour entre femmes
qui souffre, à ses yeux, de l'impossibilité de procréer
:
"C'est le seul point faillible, le seul point attaquable,
la seule brèche dans cette entité parfaite que sont
deux femmes qui s'aiment. L'impossible, ce n'est pas de résister
à la tentation de l'homme, mais au besoin de l'enfant"
écrivait elle en 1932.
Ce discours est une réponse aux "Pensées
d'une Amazone" (1918) de Clifford Barney, écrivaine
et lesbienne qui n'éprouvait aucun besoin de maternité.
Marina y traite directement et exclusivement de l'amour entre femmes,
de cette "cruelle" stérilité dans un français
qu'elle maîtrise parfaitement. Or dans cette longue épître,
alors qu'elle aima au moins une femme ; Marina Tsvétaïeva
ne nomme dans aucun passage "l'amour entre femmes". Cet
amour ne peut se nommer puisqu'il ne peut ni procréer, ni
donner ou transmettre un nom. Aucun des termes classiques de saphisme,
tribadisme, homosexualité féminine, inversion, lesbianisme
ne trouvent nommément grâce sous sa plume. Puni de
stérilité, cet amour est condamné à
l'innommé.
Quand vous songez que cet amour est dans un tel texte innommé,
la femme poète amoureuse d'une autre femme, dactylographe
ou auteure, s'interrogera en un doux euphémisme : "d'où
vient cette tendresse ?", poème de Marina Tsétaïva
traduit de l'anglais au français par Huguette Bertrand. L'interrogation
"D'où vient cette tendresse ?", tendresse qui ne
dit pas son nom car peut-être trop idéalisée
au sein des relations saphiques, revient comme un leitmotiv au sein
de notre société hétérosexuée.
Dans sa soif du "besoin d'enfant", si Marina se plie aux
lois de son temps et de Mère Nature, qui rappelle-t-elle,
n'est pas une Sainte, son texte est d'une actualité saisissante
lorsqu'elle imagine le couple féminin avec un enfant sans
lui. "Sans lui, mais jamais l'enfant sera d'elle"
renforce avec regret la poétesse francophone.
Huguette Bertrand, poétesse québécoise, auteure
d'un interstellaire www.espacepoétique.com
nous introduit par le biais de sa section "choix
poétiques" dans l'univers de Marina.
Une biographique,
quelques poèmes dont "d'où vient cette tendresse
?", et une réflexion sur le degré de "lesbianitude"
de la poétesse russe sont traduits de l'anglais au français
: "Tsvetaeva
est-elle une poète lesbienne ? : ou son écriture
poétique serait-elle profondément influencée
par ses expériences homosexuelles ?"
Reprenons et élargissons la question : La vie intimite -
toujours unique et particulière - de l'écrivain influence-t-elle
son écriture ? La sexualité, l'Éros, le désir,
la vie de l'artiste influencent-ils son art ?
Que se cache-t-il derrière ces interrogations posées
par les unes, les uns et les autres : "Marina est-elle une poète
lesbienne" ? Paul Eluard est-il un
poète lesbien ? Montaigne et La
Boétie étaient-ils des invertis refoulés ou non ? Quels liens
autobiographiques entre l'œuvre sadienne et les incarcérations
du jeune Donatien pour agressions
sexuelles et blasphèmes ? Apollinaire a-t-il écrit des
textes érotiques pour gagner sa vie ou pour exorciser sa
vie fantasmatique sexuelle ? Que se cache-t-il derrière ce
débat profondément sapphique ? Les uns ne se confrontent-ils
pas à l'angoisse, à l'emprise, à la puissance,
au pouvoir de rejet, de séduction, d'interrogation, de récupération,
d'aliénation des autres ? Qui sont les uns ? Qui sont les
autres ? Entre deux sexes, entre deux langues, entre deux pays,
entre Esprit, matière, père, mère Qui suis-je
? Que fais-je ? Je baise donc je suis ou je suis donc je baise ?
Huguette Bertrand dans sa traduction introduit : "Les études
gays et lesbiennes s'approprient Tsvetaeva, l'a qualifie de "poète
lesbienne" ... et une page, lui étant dédiée,
est en train de s'élaborer sur le site Lesbian Poetry Page.
Puis elle conclut :" je suis tentée de dire non,
Marina Tsvétaeva n'est pas une poète lesbienne non
elle ne fut pas influencée par ses expériences homosexuelles
(...) Il n'est pas évident que la poésie de Tsvetaeva
ait été influencée par ses expériences
sexuelles ou par une identité lesbienne ou bisexuelle. Au
contraire elle semble avoir été davantage influencée
par ses relations hétérosexuelles..."
Qui s'aventurerait à classer les homosexuels, Proust et Yourcenar,
parmi les écrivains homosexuels ? Qui oserait classer Honoré
de Balzac ou Marguerite de Navarre d'auteurs hétérosexuels
? Personne car affirmer que leurs mœurs ou leur sexualité
influencèrent leurs écrits seraient réduire
leur génie à une parcelle de leur vie, à celles
de leurs amours. Parce que ce serait réduire leur Génie
à une parcelle de çà, leur moi et sur-moi,
à leur organe où se concentrent l'intime masturbatoire,
le tabou, l'interdit, le secret, la honte, la puissance ou l'impuissance,
la frigidité ou la nymphomanie, les addictions, les manies
et les vœux ou les contraintes de chasteté, les chagrins
et les joies trop communes et trop ordinaires partagées avec
tous les humains. Or le génie est parmi l'humanité
mais au-dessus de l'humain.
Alors pourquoi chez d'autres questionner le degré de l'influence
de leur sexualité sur leur écriture ?!!! Parce qu'ils
n'auraient pas atteint le génie universel des Premiers ?
Pourquoi chercher à leur ajouter ou à leur supprimer
l'épithète de lesbien ou de gay alors que la classification
pratique et répandue de poète baroque, poète
maniériste, poète romantique, "poète voyant"
ou peintre surréaliste ne chiffonne personne ?
Pourquoi
le maniérisme ou le surréalisme apporte un éclairage
positif et qualifiant alors que le lesbianisme concentre une connotation
réductrice ? Parce que le sexe au-delà de son enveloppe
intime de honte, de tabou, d'interdit, de secret est parfaitement
réducteur, le sexe sans esprit ou sans âme est flasque.
Certaines étiquettes annoblissent et d'autres dérangent
et mettent en marge : les écrits pornographes ou érotomanes
comme ceux de Sade, Apollinaire
ou Pierre Louÿs sont perçus en marge de leur œuvre...
Cette étiquette gagnera-t-elle jamais une particule de noblesse
?
Est-ce pour autant illégitime et sans intérêt
de poser la question ? Non car nier toute importance à cet
organe si odorant serait nier son importance dans la vie or la vie
influence l'art. Sans vie, sans désir, sans éros,
il n'y a rien : ni art, ni artisanat.
Je pense donc je baise ou je baise donc je pense ?
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