Du saphisme et du lesbianisme chez René Puaux, paraphraseur de Sappho
et Carlègle, illustrateur
 

 
SAPPHO, ODE A LA BIEN-AIMÉE ET AUTRES POÈMES

Ci-dessous un choix de poèmes parmi les 33 fragments extraits de Sappho Ode à la bien Aimée et autres poèmes Paraphrases françaises de René Puaux, avec les vignettes gravées sur bois par Carlègle, 1926.

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est une note explicative, pointez la souris et lisez la note.

N.B. Je me suis astreinte à respecter accents, ponctuations et autant que possible alignements. (De nombreux dieux et déesses antiques, contrairement à l'usage, ne comportent pas d'accents : Déméter est écrit Demeter).


A SAPPHO

Pardonne-moi, Sappho, si, d'une audace extrême,
J'ai voulu remuant la cendre des tombeaux,
De débris de joyaux refaire un diadème
Et retisser le lin sur la trame en lambeaux.

Ton souvenir hantera Mytilène
L'île dont les parfums sont lourds de volupté,
Mêlant les chants divins à la faiblesse humaine
Et les maux de l'amour aux hymnes de l'Été.

Dans le mol abandon des vents chauds d'Ionie
Un peu de déraison est permise, ô Sappho ;
Tu pus aimer Cypris=la déesse Aphrodite serait née de l'écume des flots de l'île de Chypre d'où Cypris (en latin) et la cyprine sécrétion vaginale lors des rapports sexuels, éprise d'harmonie,
Dans la pure splendeur de tout corps sans défaut.

Pèlerin des beautés de l'Helladedésigne La Grèce antique immortelle,
J'ai subi la magie au rivage égéen.
Eratola muse Erato représente la poésie lyrique m'a conduit, amoureux et fidèle,
Près de ton ombre claire aux bois élyséen.

M'était-il interdit, fervent du verbe antique,
De rechercher les mots perdus de la chanson
Et, glanant au jardin de la douceur sapphique,
De fleurir à nouveau le seuil de ta maison ?

Pardonne-moi, Sappho, ma folle tentative,
Ce que dicte l'amour n'est jamais trahison,
Et, si mon pauvre essai rajeunit et ravive
Ton culte, je dirai que mon cœur eut raison.

 

ODE
 A LA BIEN-AIMÉE

Ma bien-aimée, je suis seule et loin de toi, et grande est ma détresse.

Et pourtant, en cette heure, un homme em-
brasse tes genoux, il se grise de tes paroles et
de ton sourire, il respire ton être et le bonheur
de cet homme l'élève au rang des Dieux.
Ma bien-aimée, je suis seule et loin de toi,
et grande est ma détresse.
Ton charme est la plus douce des choses de
ce monde. Entendre ta voix et regarder tes
lèvres s'épanouir de joie est pour moi le ravis-
sement suprême, si grand que mon âme en est
toute bouleversée.
Ma bien-aimé, je suis seule et loin de toi, 
et grande est ma détresse.
Mais devant toi, un trouble immense m'en-
vahit ; une folle angoisse serre mes dents,
ma langue devient inhabile, un feu pénétrant
dévore ma chair et mes yeux se voilent, un
chant confus bourdonne à mes oreilles, mon
corps tremblant se givre à sa surface, une
pâleur semblable à celle des prairies matinales
envahit mon front, mon souffle est plus lent
et je sens que je vais mourir.
Ma bien-aimée, je suis seule et loin de toi,
et grande est ma détresse.
Je souffre loin de toi et j'ai peur d'être près
de toi mais je crie vers toi car j'ai besoin de toi.

PRIÈRE A APHRODITE
Ô toi, dont le trône étincelle, immortelle
Aphrodite, fille de Zeus et de Dioné, ô
toi, qui sais enchaîner les amants et donner à
l'amour des parures toujours nouvelles, je
t'implore. Ne laisse point mon âme succomber
sous le poids de l'amertume et de la douleur,
mais viens à moi, comme tu vins déjà, répon-
dant à ma jeune prière.
 Alors tu quittas le palais de ton père sur le
chariot d'or que tiraient les jolis passereaux. 
Du haut des cieux ils t'amenèrent et les airs
frémissaient au battement précipité de leurs
ailes.
 Ils te laissèrent près de moi et ta lèvre
immortelle me demanda un sourire :
" Pourquoi m'appelles-tu ? Quelle peine res-
sens-tu ? Quel désir égare ton cœur ? Qui
veux-tu enchaîner des liens de ton amour ? 
Sappho ! qui donc ose te faire injure ? Celui-
là qui t'a dédaignée, bientôt te recherchera ; 
celui-là qui a refusé tes dons accumulera les
présents à tes pieds ; celui-là qui ne t'aime pas
t'aimera, - et il t'aimera même si tu ne l'ai-
mes plus. "

 Immortelle Aphrodite, reviens auprès de
moi ! Mes tourments sont cruels, mon cœur
est déchiré. Je n'ai d'espoir qu'en toi.

 

A CELLE QUI N'AIME PLUS
Ô toi qui portes le nom de la fille de Cra-
naüs, ô Atthis, combien t'ai-je aimée !
 L'amour a la douceur des raisins mûrs et
l'amertume des ombelles.terme de botanique : la fleur de la cigüe, plante toxique, est ombellée, càd disposée en forme de parasol
 L'amour est léger comme les fleurs du prin-
temps et tenace comme les lierres ; l'amour
est le tyran implacable de mes sens ; l'amour
m'agite et me trouble.
 Mais, Atthis, j'ai compris que ma tendresse
t'était devenue importune.
 Andromède, aussi belle que la rivale des
Néréïdes, a pris ton cœur et tu m'as dédaignée.

 

JOLIES FILLES
Les festins laissent aux lèvres l'amertume.
J'ai goûté les hymnes d'Alcéepoète contemporain et compatriote de Sappho de Lesbos, mais leur
souvenir s'efface.
 Quand Pittacos fut æsymnetes, sa sagesse
me lassa.tyran de Lesbos, contemporain des poètes lyriques lesbiens Alcée et Sappho
 La gloire que j'avais cherchée perdit de son
attrait quand elle me fut donnée.
 La richesse n'est belle qu'aux déshérités.
 Pour vous, jolies filles, ma pensée ne chan-
ge pas.

 

SOLITUDE
Déjà l'hiver s'annonce. Une à une les blan-
ches compagnes d'Artemis ont quitté
l'horizon. Les sœurs que Zeus aima : ElectraElectra, fille du Titan Atlas condamné à supporter le ciel, enfante Dardanos, l'ancêtre des rois de Troie
que vénèrent les troyens, TaygeteArtémis la métamorphosa en biche pour éviter le harcèlement sexuel de Zeus mais Taygete enfanta malgré tout de l'ancêtre des Lacédémoniens et donna son nom a une chaîne de montagnes en Grèce, que ché-
rissent les fils de Lacedemon, Maïaféconda Hermès en couchant avec Zeus, la plus
radieuse et la plus belle, ont voilé leur éclat.
 Alcyone, dont Neptune a paré la chevelure
de ses roses marines, Celœno et Sterope, fil-
les divines d'Atlas, ont regagné le pays de
l'ombre que ne quitte jamais Merope leur
sœur, la plus douce des Pléiades, honteuse de
ses humaines amours.les 7 soeurs aimées de Zeus sont les 7 filles d'Atlas, les Pléiades, poursuivies par Orion elles sont transformées en 7 étoiles, elles marquent le temps qui passe.
 Sélénédéesse de la Lune, parfois identifiée à Artémis, déesse de la Chasse a quitté l'horizon et le char de la
nuit a parcouru la moitié de sa course.
 L'heure attendue est passée et je languis
seule sur ma couche.

 

COMME LES JACINTHES
Atthis, qu'as-tu fait de mon cœur ?

 Atthis, tu l'as piétiné, comme, sur les colli-
nes, les bergers distraits écrasent en passant
les jacinthes sauvages qui, brisées, noircissent
sur le sol.
 Atthis, ainsi le sang clair qui faisait battre
mon cœur s'assombrit.

 

DEUX FEMMES
Gyrinno est douce et joyeuse. Elle a retenu
 les leçons d'Érato.
 Son front sait refléter les nobles soucis de
Polymnie et, quand elle chante, les colombes
arrêtent leur vol.
 Gyrinno est savante et les philosophes se
plaisent à l'écouter discourir. Elle sait les
mystères divins comme un hiérophanteprêtre qui présidait aux rites appelés les mystères d'Eleusis, institués par Déméter de
Demeter.déesse du Blé(Cérès) et de la Fertilité, soeur de Zeus, fille de Cronos(le temps) et de Rhéa, mère de Perséphone. Adès enlève Perséphone (ou Proserpine pour en faire la Reine des Enfers). Ainsi sa mère Déméter la recherche comme une folle si bien que la terre devient stérile. Zeus la lui rend six mois de l'année. Ce mythe est une allégorie de la Nature, Perséphone doit être ensemencée pour produire les fruits et le Blé de la terre.
 Mais Mnasidica est mieux faite que la ten-
dre Gyrinno.

 

REPOS
La chaleur du jour est extrême. Laisse tom-
ber les nattes de roseaux au dedans des
portiques. Glisse tes mains brûlantes dans
la fraîcheur des vasques et que tes pieds sans
sandales donnent aux dalles leur caresse, dé-
noue ta ceinture, dénoue ta chevelure . Chasse
tes noirs soucis, Andromède ; endors-toi sur le
sein de ta tendre amie.

 

LE RÊVE
En rêve j'ai parlé avec l'Anadyomène.
 Jamais elle n'avait été si caressante et
belle. Mes désirs trouvaient en elle une répon-
se souriante. Elle se penchait vers moi et ses
cheveux frôlaient mon visage. La fraîcheur de
son sein adoucissait ma fièvre. Tout semblait
aisé et proche.
 Mais Cypris m'a dit : " Les roses dont les
épines n'ont point déchiré ta main sont pri-
vées du plus fort parfum ".

 

ÉPITAPHE
Ici a été déposée la cendre de la belle Timas,
qui, avant d'avoir connu l'hymen, descen-
dit au sombre royaume de Perséphone.
 Ses compagnes ont dénoué et coupé leurs
lourdes tresses sur sa tombe.dans la Grèce antique, pour les femmes, les cheveux coupés pouvaient être une marque de deuil

 

 

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BIBLIOGRAPHIE PERSONNELLE :

SAPPHO ODE A LA BIEN-AIMEE ET AUTRES POÈMES Paraphrases françaises de RENE PUAUX avec les vignettes gravées sur bois par CARLÈGLE, A PARIS, Chez l'imprimeur Léon Pichon, 5 rue Christine, 1926. [in-4, 53 pp., tiré à 405 ex. dont 350 ex. sur vélin des Papeteries d'Arches (Vosges), vendu entre 75 et 60 euros sur le web en 2002-2003]

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Page entoilée le 11/06/2002 et mise à jour le 16/03/2010

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Édition sur le net :

- des traducteurs et commentateurs francophones de Sappho de Lesbos
- de textes littéraires ou scientifiques qualifiés de lesbiens par abus de langage
- d'une iconographie et d'une pinacothèque dénommées pompeusement "musée lesbien".


Par passion livresque, sapphique, lesbienne, littéraire et pour tuer le temps.