La poésie lesbienne

in Alcée-Sapho texte établi et traduit par Théodore Reinach membre de l'Institut avec la collaboration de Aimé Puech membre de l'Institut - 1ère éd. 1937 - cinquième tirage 1989 - © Les Belles Lettres  

 
Saphisme.com entoile ci-dessous les pages 10 à 14 empruntées à l'introduction de l'ouvrage Alcée-Sapho (Les Belles Lettres, 1937)

LA POESIE LESBIENNE

Par Théodore Reinach et Aimé Puech (1937)

 

Lesbos a été très anciennement un des foyers principaux de la musique et de la poésie. C’est de Lesbos que Terpandre et Arion sont partis pour répandre dans toute la Grèce l’art du citharède. C’est à Lesbos même qu’il faut chercher les origines de cette forme de lyrisme qui prend pour interprète non pas un organe collectif, le choeur, mais un chanteur individuel, et pour matière, non pas des thèmes d’intérêt social ou religieux (ode triomphale, hymne, péan, etc., mais l’effusion des sentiments personnels. Ce que nous avons dit du caractère des Eoliens explique le goût qu’ils ressentirent pour cette sorte de poésie, qui obtient plus aisément l’audience des modernes que le lyrisme de Pindare ou de Bacchylide. Il faut ajouter quelle a trouvé pour s’exprimer une langue et des rythmes très heureusement en accord avec le naturel, avec la sincérité qui la caractérisent.
Les poètes lesbiens parlent le dialecte local, qui est une forme de l’éolien. Ils ne s’en servent sans doute pas sans y faire un choix, et sans trahir parfois l’influence de leurs lectures, en particulier celle de l’épopée. Mais entre tous les genres de la poésie grecque, le lyrisme d’Alcée et de Sapho est un de ceux qui ont le moins usé d’une langue artificielle. De l’examen minutieux auquel leur dernier et leur meilleur éditeur, Lobel (Oxford, 1925), a soumis leur vocabulaire et leur syntaxe, il résulte que la langue d’Alcée est un peu moins strictement conforme au parler indigène que celle de Sapho, et que, chez Sapho elle-même, il faut distinguer deux catégories de poèmes, les uns qui ne sont en quelque sorte que des cris de passion, - et ce sont naturellement les plus simples et les plus fidèles au langage populaire, - les autres, qui comme le fragment sur les noces d’Hector et d’Andromaque, permettent, vu la valeur du thème traité, plus de liberté.
Les mètres que les poètes lesbiens ont employés présentent certains caractères particuliers qui ont permis de les considérer comme des témoins du plus ancien état de la métrique grecque, et même comme capable de nous éclairer sur la métrique indo-européenne . L’hexamètre dactyle, et les autres vers des Hellènes peuvent grâce à l’équivalent de la longue et de deux brèves, varier notablement pour le nombre de syllabes qui les composent. Dans le vers lesbien, le nombre de syllabes est fixe. De plus, le premier pied reste libre, relativement à la quantité des syllabes. Il se peut qu’il y ait là des vestiges d’une époque plus ancienne, et que l’exigence prosodique, ayant commencé par porter sur la fin du vers, se soit étendue progressivement à ses autres parties .
Les vers syllabiques des Lesbiens s’associent dans des strophes assez courtes, dont la contexture est très simple, si on la compare à celle des grandes strophes pindariques. Les deux principales portent le nom d’alcaïque et de saphique, quoiqu’on les trouve toutes deux également chez l’un et l’autre des poètes dont elles ont pris le nom, et qu’elles n’aient été inventées sans doute par aucun des deux. Toutes deux comptent, dans la division devenue traditionnelle, quatre vers : la strophe saphique, trois hendécasyllabes (vers de 11 syllabes) suivis d’un adonique (de 5 syllabes) ; la strophe alcaïque, un peu plus compliquée, deux hendécasyllabes (11 syllabes), un ennéasyllabe (9 syllabes) et un décasyllabe (de 10). A l’époque où l’on parlait, dans un sens où l’antiquité ne paraît pas l’avoir connu, de vers logaédiques, c’est-à-dire qui associaient, dans une même série rythmique, l’iambe ou le trochée, mesure de 3 temps, et un dactyle que l’on appelait cyclique, pied de 4 temps, en apparence, tout au moins, l’hendécasyllabe saphique était analysé comme formé d’un dactyle entre dipodies trochaïques, l’adonique, comme formé d’un dactyle et d’un spondée (trochée). Le système de scansion, que l’on trouvera représenté notamment par M.P. Masquerey, place au centre de l’hendécasyllabe un choriambe, précédé de la dipodie trochaïque, et suivi d’une dipodie iambique catalectique (= dix-huit temps ; en trois mesures ou dipodie de 6 temps ; le troisième hendécasyllabe, accru de l’adonique, comprend ainsi trente temps, en 5 mesures, et la strophe combine les 3 groupes 3+3+5). Les deux vers initiaux de la strophe alcaïque (2 hendécasyllabes = 11 syllabes), scandés dans un dactyle, se décomposent en une dipodie iambique hypermètre (deux iambes plus une syllabe ; ou comme l’on disait aussi, une dipodie trochaïque catalectique ; le troisième est une dimètre iambique hypermètre, et le quatrième comprend deux dactyles suivie d’une dipodie trochaïque. Dans le système adopté par M. Masqueray, les deux premiers vers sont, comme dans la strophe saphique, des hexapodies iambiques catalectiques (18 temps) ; le troisième et le quatrième doivent être réunis (comme le troisième de la strophe saphique et l’adonique) ; l’ensemble se compose de deux dipodies iambiques, suivies d’un ionique majeur, d’un choriambe et d’une dipodie iambique catalectique (trente temps) ; la strophe représente encore, mais dans une combinaison différente, le groupement 3+3+5.
Outre ces deux strophes, les poètes lesbiens ont employé d’autres combinaisons, formées de deux ou de trois vers ; parmi ces vers, on trouve notamment des ioniques et des asclépiades ; il est inutile de les indiquer tous. Th. Reinach a pris soin de les définir, à mesure qu’ils apparaissent au cours de l’édition.
Le poète lesbien s’accompagnait lui-même, en chantant, sur un instrument à cordes, de la famille de la lyre. Celui qui paraît avoir été propre à Alcée et à Sapho, c’est le barbitos « le compagnon de la chanson lesbienne, qui paraît n’avoir été qu’une lyre très allongée (d’un diapason très grave ?) » . On trouve mentionnées chez eux la pectis et la magadis, dont on doute s’il faut les ranger parmi les lyres ou les harpes ; le seul fait certain, c’est que chacune de leurs cordes fondamentales était doublée d’une corde sonnant son octave aiguë, qu’on ébranlait en même temps qu’elle, comme dans certains clavecins et dans le nouveau piano octaviant de Pleyel » .

in Alcée-Sapho Les Belles Lettres par Théodore Reinach et Aimé Puech 1937

 
	  

 

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