SAPHISME ET SURREALISME  

 
 

LES ARCHIVES DU SURRÉALISME d'après Les Archives du Surréalisme

& PEINTURE SURRÉALISTE d'après Xavière Gauthier


"LES ARCHIVES DU SURRÉALISME"
publiées sous l'égide d'Actual
RECHERCHES SUR LA SEXUALITÉ
Janvier 1928 - Août 1932
Présenté et annoté par José Pierre (Éditions Gallimard, 1990)
 
MA PRÉSENTATION DES INTERVENTIONS SAPHIQUES DES RECHERCHES SUR LA SEXUALITÉ :
- Le contexte
- Les intervenants
- Projet du questionnaire saphique surréaliste pour les internautes
 
Suivie des séances N° première, septième et neuvième :
 
André Breton (1896-1966) le chantre du surréalisme, ses acolytes Benjamin Péret (1899-1959), Raymond Queneau (1903-1976), Paul Éluard (1895-1952), Louis Aragon (1897-199), Jacques Prévert (1900-1977) -ici tous deux absents-, quelques rares femmes et des inconnus participent à des soirées où sont échangées des questions à La Proust relatives à la sexualité. Ces entretiens datent de l'entre deux guerres et ont bien sûr, pour l'époque, un élan révolutionnaire donc surréaliste mais la révolution sexuelle n'avait pas encore " polluée " tous les esprits dont celui d'André Breton connu pour son aversion pour l'inversion. Néanmoins, les interlocuteurs font montre de spontanéité, de relative franchise, d'impudeur, de forfanterie, de modestie, d'humour ou de rouerie. André Breton fut l'unique participant aux douze séances, organisées entre 1928 et 1932, autant dire qu'il en fut l'instigateur, l'organisateur, le chef d'orchestre et le metteur en scène et acteur. Deux séances furent publiées dans la revue numéro 11 de La Révolution Surréaliste et les rapports des autres soirées furent retrouvées dans les Archives André Breton. Les dialogues pourraient faire l'objet d'une lecture théâtrale qui aujourd'hui encore ne manquerait pas de piquant. Trois séances sur douze abordent le lesbianisme. Les intervenants emploient le terme de "lesbienne".

Qui sont les participants aux séances des recherches sur la sexualité ?
 
La sexualité étant un éternel apprentissage et une activité qui s'effiloche (pour certains) au cours de la vie, j'ai accolé aux noms des participants, entre parenthèses, leur âge lors de leur première intervention.
Les plus célèbres d'entre eux, Breton, Péret, Queneau, Paul Éluard sont déjà des poètes connus. Les femmes seront invitées bien tardivement, aux huitième, neuvième et dixième séances. Ce sont souvent des amantes d'habitués : Nusch compagne d'Eluard, de son vrai nom Maria Benz, Jeannette Tanguy, Madame Unik, Katia Thirion. Certains "dialoguistes" sont inconnus et José Pierre, dans les "notes sur certains participants ", suggère qu'ils étaient "peut-être des militants d'une cellule du Parti communiste, camarades d'André Thirion ". Voici la liste des "intervenants lesbiens" :
- Marcel Duhamel
- Jean Caupenne
- Marcel Noll :
- Jean Baldensperger : est le seul qui raconta ses expériences zoophiles avec une ânesse.
- Madame Léna : inconnue
- Humm : inconnu
- Victor Mayer : inconnu
- Simone Vion : " Peut-être par déduction- compagne d'Albert Valentin".
- Albert Valentin :
- Raymond Michelet : " participe brièvement - et probablement de façon lointaine à l'activité surréaliste, vers 1930-1931, sous la protection de Sadoul et de Thirion (…) "
- Katia Thirion :
- André Thirion :
- Schnitsler : inconu, sans doute un militant communiste
- Pierre Blum n'est pas Léon mais " probablement un membre de l'appareil du Secours Rouge International - une des officines du Kommintern - , signataire, comme tel, de la protestation contre l'inculpation d'Aragon à la suite de la publication de son poème Front Rouge. "
- Schwartz : inconnu, sans doute un militant communiste
- Pierre Unick :
- Baueur : inconnu, sans doute un militant communiste
 
Votre webmastrice s'amuse à poser les mêmes questions lors de rencontres diverses ou inattendues et les réponses valent parfois largement celles des célèbres surréalistes. J'ai donc pour projet de présenter en ligne ce questionnaire surréaliste saphique et les internautes pourront y répondre avec sincérité, réalisme ou fantaisie. Sur les douze séances des Recherches sur la sexualité, trois abordèrent le saphisme. Je vous présente ci-dessous les dialogues lesbiens et la toute première et essentielle question, qui vaut également pour la femme, lorsque l'on sait que l'éjaculation (masculine et féminine) n'est pas une preuve orgasmatique !!!
 

Première séance des recherches sur la sexualité
27 janvier 1928
 
ANDRÉ BRETON (32 ans) : - Un homme et une femme font l'amour. Dans quelle mesure l'homme se rend-il compte de la femme ? Tanguy ?
(…)
BENJAMEN PÉRET (28 ans) : - Queneau, comment imaginez-vous l'amour entre femmes ?
ANDRÉ BRETON : - L'amour physique ?
BENJAMEN PÉRET : - Naturellement.
RAYMOND QUENEAU (25 ans) : - J'imagine qu'une femme fait l'homme et l'autre la femme, ou le 69.
BENJAMEN PÉRET : - As-tu à ce sujet des renseignements directs ?
RAYMOND QUENEAU : - Non. Ce que j'en dis est livresque et imaginatif. Je n'ai jamais interviewé aucune lesbienne.
(…)
 
 
Septième séance des recherches sur la sexualité
6 mai 1928
(…)
ANDRÉ BRETON : ( …) Un imbécile disait dernièrement qu'on pouvait au point de vue sexuel distinguer trois catégories de femmes : les clitoridiennes, les vaginiennes, les utériennes. Admettons cette distinction. Quel pourcentage de femmes Duhamel a-t-il connu dans chacune des trois catégories ?
DUHAMEL : Je n'ai jamais pensé à faire cette distinction
ANDRÉ BRETON : Les clitoridiennes. Il est bien entendu qu'il y a très peu (très très peu) de clitoridiennes pures. 5 %. Les clitoridiennes vaginiennes-utériennes (normales) représentent 60 %. Les vaginiennes 30 %, les utériennes 5 %.
JEAN CAUPENNE : Je répugne à faire cette distinction. Il y a beaucoup plus de clitoridiennes.
MARCEL NOLL : - Oui.
ANDRÉ BRETON : - Sais-tu où est le clitoris ?
JEAN CAUPENNE : - Le pourcentage très fort de femme ne jouissant pas doit venir du fait qu'elles n'ont eu que des rapports normaux, dans lequel le clitoris est laissé de côté. Donc le nombre de clitoridiennes serait beaucoup plus grand puisque beaucoup de femmes ne jouissent que quand la bouche exerce une action sur le clitoris.
ANDRÉ BRETON : - Je crois à la grande rareté de la jouissance de la femme par l'action des lèvres et de la langue sur le clitoris. C'est un moyen très précaire si aucun autre mode d'action n'entre en jeu.
JEAN BALDENSPERGER : - Cette manière de considérer la toute-puissance de l'action sur le clitoris tend à faire de toutes les femmes des lesbiennes. 2° Tous les instruments créés pour la masturbation des femmes ont été créés pour des vaginiennes non des clitoridiennes.
 
 
 
Neuvième séance des recherches sur la sexualité
24 novembre 1930
(…)
MADAME LÉNA : - Quand je me masturbe, je jouis jusqu'au bout et cela en pensant à une femme que j'ai beaucoup aimée - ma sœur.
(…)
HUMM : - Si et combien de fois, après la puberté, on a senti une attirance consciente pour une personne du même sexe ?
VICTOR MAYER : - Oui. Pas souvent. Deux ou trois fois dans ma vie.
PAUL ÉLUARD (35 ans) : - Jamais. Ah ! si, une fois, j'étais très jeune.
SIMONE VION : - Plusieurs femmes, cela a commencé par le sentiment que j'avais que c'est elle qui m'aimait. Amour malheureux pour une fille que j'aimais, amour platonique.
ALBERT VALENTIN : - Jamais, jamais.
RAYMOND MICHELET : - Peut-être une fois, de façon très imprécise.
KATIA THIRION : - Jamais.
ANDRÉ THIRION : - Une fois très nettement, à 17 ans, pour un garçon de 13 ans.
ANDRÉ BRETON : - Jamais.
HUMM : A partir de 15 ans, jamais.
MADAME LÉNA : - Très souvent, avec beaucoup de femmes.
SCHNITSLER : - Trois fois.
PIERRE BLUM : Une fois.
SCHWARTZ : Jamais.
PIERRE UNIK : - Non.
ALBERT VALENTIN : - Dans quelles mesure intéressent et préoccupent les femmes les rapports entre deux hommes, et dans quelle mesure y sont-elles favorables, et de quelle façon imaginent-elles ces rapports ? Et d'autre part, dans quelle mesure sont-elles favorables aux rapports entre deux femmes et s'y sont-elles livrées ?
KATIA THIRION - Entre deux hommes, cette idée me dégoûte complètement. Je ne cherche pas à imaginer ces rapports. Entre deux femmes, je peux l'admettre à la rigueur, je ne m'y suis jamais livrée.
MADAME LÉNA : - Pour les hommes je l'admets très bien et trouve cette pensée très excitante. Deux hommes se caressant, mais pas en train de s'enculer. Je désire très profondément voir. J'admets très bien pour les femmes, je suis tout à fait d'avis (favorable à ces rapports). J'ai eu 16 femmes.
SIMONE VION - Ça ne me dégoûte absolument pas, j'ai eu de très bons amis parmi les pédérastes et cette idée ne me gênerait pas. Indifférente. Aucune représentation. Je me suis refusée littéralement à plusieurs femmes parce que ne les désirais pas, mais cela devrait venir, bientôt. Je ne me suis jamais livrée.
Même question posée aux hommes.
SCHWARTZ : Entre deux femmes, je ne vois aucun inconvénient, ça m'excite un tout petit peu, pas d'une façon précise. Entre deux hommes, cela me laisse froid. Je ne m'y suis jamais livré encore. Une pointe de dégoût.
PIERRE BLUM : - Entre deux femmes, je l'admets très bien. Entre deux hommes, cela ne me choque pas, mais je n'aime pas les hommes efféminés.
SHNITZLER : - J'accepte tout. Pour moi, c'est le même acte, la même chose. Je m'y suis livré trois fois.
HUMM : - Je ne suis pas arrivé à penser sans dégoût aux rapports entre hommes. Entre femmes, cela ne me plaît pas du tout, mais me dégoûte à peine. Jamais livré !
ANDRÉ THIRION : - Idéalement, les rapports entre femmes me plaisent, pratiquement me dégoûtent. Entre hommes, pratiquement cela me semble impossible, bien que j'aie essayé, sans aucun résultat.
RAYMOND MICHELET : La même chose que Thirion.
ALBERT VALENTIN : - Très favorable aux rapports entre femmes. J'aime y assister, même avec la femme que j'aime. Les pédérastes me dégoûtent plus que tout au monde. Jamais livré.
PAUL ÉLUARD : - La plus grand haine pour les lesbiennes mâles, la plus grande faiblesse pour les lesbiennes qui restent femmes. J'exècre les rapports entre hommes, à cause de la déformation mentale qu'ils causent. Jamais livré !
VICTOR MAYER : - Je déteste les lesbiennes qui veulent jouer le rôle de l'homme, les autres m'excitent. Les rapports entre hommes me dégoûtent, je trouve cela ridicule, risible comme le coït entre une étoile un chien. Jamais livré.
ANDRÉE BRETON : - Même réponse que Valentin. Les lesbiennes me paraissent très intéressantes.
PIERRE UNIK :- Les rapports entre femmes m'intéressent beaucoup, et m'excitent beaucoup moins. Je les vois cependant d'un œil favorable. Les rapports entre hommes me dégoûtent au plus haut point physiquement.
Comment vous représentez-vous les rapports entre deux femmes et entre deux hommes ?
BAUER : - Entre deux femmes, rapports érotiques du cercle. Entre deux hommes, je refuse de me représenter quoi que ce soit. Car la pédérastie à 100 % est ce qui isole l'individu de la collectivité.
PAUL ÉLUARD : - De toutes les façons : buccaux, masturbatoires, etc. Entre hommes : j'imagine. J'ai lu des livres. Ca ne m'intéresse pas.
PIERRE UNIK : - Entre femmes : se masturber mutuellement et s'embrasser sur la bouche. Entre hommes : pas de représentation qui prenne le pas sur l'autre.
KATIA THIRION : - Entre hommes : j'imagine tout ce qu'il peuvent faire. Ca ne m'intéresse pas.
ANDRÉ THIRION : - Les femmes se touchant les seins. Pour les hommes aucune représentation.
PIERRE BLUM : - Les femmes : succubes. Pour les hommes, je n'y pense pas.
HUMM : - Pour les femmes : tendresses, caresses - jusqu'à la fellation. Hommes aucune représentation.
MADAME LÉNA : - Homme se caressant. Femmes : sexe sur sexe.
SCHNITZLET : - Les hommes. Masturbation des femmes : masturbation et caresses.
SCWARTZ : - Femmes. Caresses, sur tout le corps et sexe sur sexe. Chez l'homme, caresses sur tout le corps.
ANDRÉ BRETON : - Pour les femmes : rapports érotico-buccaux. Pour les hommes : sodomie intégrale. Cela me dégoûte complètement et je tiens les enculeurs mêmes pour des enculables, des défoncés.
ALBERT VALENTIN : - Pour les hommes : le dégoût l'emporte sur la faculté de la représentation. Pour les femmes, strictement d'ordre bucal (bouche contre sexe) et dans la mesure où je peux y assister.
MADAME LÉNA : À quel âge avez-vous fait l'amour pour la première fois ? [Pour la deuxième fois ?] (…)
 

 
SURRÉALISME ET SEXUALITÉ
 
de XAVIÈRE GAUTHIER
 
© Édition Gallimard 1971
 
§ HOMOSEXUALITÉ FÉMININE
 
"L'homosexualité féminine est ressentie très différemment et ne provoque pas les mêmes réactions que l'homosexualité masculine. Nous avons des tableaux de Picasso, de Masson, où deux femmes font l'amour. Dans Palaestra de Tanning, des petites filles, aux joues rouges et brûlantes de désir, aux vêtements en désordre, déchirés, chemise déboutonnée jusqu'au nombril, s'enlacent, se chevauchent, s'envolent, grimpent les unes sur les autres. Leurs corps sont pris dans un violent tourbillon et leurs cheveux s'érectent parfois jusqu'au plafond. L'une d'elle à cheval sur toutes les autres, complètement nue, fait sa prière.
De l'univers pictural de Fini, le mâle est le plus souvent absent et les femmes sont seules, " entre elles " dans une atmosphère teintée d'homosexualité. D'un jour à l'autre (1939, Léonor Fini) représente un très grand nombre de femmes qui se baignent dans une sorte de piscine. Un vent de folie semble passer sur les visages, tordre les cheveux et les corps. Dans Le radeau (1940, Léonor Fini), ce sont deux femmes seules dans l'eau. Leurs seins sont nus. La plus jeune pose sa main sur la cuisse de l'autre ; ses cheveux sont mouillés et pendent lamentablement. La plus âgée, plus digne, plus " reine ", à la robe majestueuse et à l'abondante chevelure ondulée, n'a pas été atteinte par l'eau, par la sexualité.
Un peu partout dans les dessins de Bellmer, sur un chapeau, dans la tête d'un homme, des couples de fillettes dénudées, l'une agenouillée devant l'autre, se caressent ou pratiquent la fellation. Aragon, dans Le libertinage, fait voir " la petite fille du voisin qui entre pour une bonne raison. Les sœurs l'ont assise entre elles, l'ont caressée. " Les peintures de Svanberg, où l'homme n'apparaît presque jamais, se chargent parfois de corps de femmes qui se mêlent et s'enlacent et dont les longs bras caressent les visages ou les seins fleuris. Le baiser est celui de deux femmes, bouches accolées. Le sein de l'une, au mamelon pointu cille le bec acéré d'un oiseau, pénètre le sein de l'autre, dont le mamelon s'ouvre en forme de bouche. Ces femmes sont si semblables qu'on pourrait croire qu'il y en a une seule, dont le visage se reflète dans un miroir. Plutôt que l'amour lesbien, c'est la duplication de la femme aimée qu'évoque l'œuvre de Svanberg.
De toute façon, les manifestations érotiques entre femmes ne choquent pas autant que la pédérastie. De tout temps, les peintres ont représenté des femmes nues sur un lit, enlacées, sans trop provoquer de scandale. Les hommes trouvent le spectacle charmant, délicieux, attendrissant. C'est que l'excitation manuelle ou linguale n'est pas véritablement considéré comme un acte sexuel : ce n'est qu'un préliminaire au coït. Si celui-ci n'est pas pratiqué, il n'y a qu'une innocente distraction qui montre bien la douceur, la grâce de ces petits êtres " instinctifs " que sont les femmes. Deux objets de désir qui se désirent entre eux, c'est amusant, voire troublant un peu, ce n'est pas sérieux.
Une autre façon de considérer la lesbienne, puisqu'elle se permet de désirer, de choisir, de conquérir, c'est de penser qu'elle essaie de jouer le rôle du mâle. Cette attitude provoque chez Aragon une sorte de sifflement admiratif. " Cette particularité n'a pas été sans contribuer au succès de Victoire. Elle s'est attaché un peuple de filles, qui n'ont d'autre désir que la grandeur de sa maison. On a un certain respect dans la région pour cette singularité qui ne se cache guère et qui semble être une vertu. Elle a fait pas mal pour le prestige de Victoire, que les hommes ont considérée comme une égale et une égale redoutable. " (Le Con d'Irène) Mais l'intérêt de cette " particularité " n'est pas intrinsèque : ce n'est qu'un moyen pour obtenir les hommes.

Chez Joyce Mansour (1928-1986), il semble que les fantasmes homosexuels apparaissent lorsqu'elle est fatiguée, lasse de l'homme à " l'abdomen velu ". De plus, dit-elle,
" …. Ceci me venge enfin
Des hommes qui n'ont pas voulu de moi
. " (Cris in Rapaces)
 

 

La femme aimée est souvent vieille et usée :
" J'aime tes bas qui raffermissent tes jambes
J'aime ton corset qui soutient ton corps tremblant
Tes rides tes seins ballants ton air affamé
Ta vieillesse contre mon corps tendu,
" (Cris in Rapaces)
 

 

Mais aussi, terrible et puissante femme-vampire dans le sordide qui l'entoure :
" Je t'ai vue égorger le coq
Je t'ai vue laver tes cheveux dans l'eau souillée des égouts
Je t'ai vue saoule de la riche odeur des abattoirs,
parfois, innocente enfant, à entraîner et pervertir :
" J'attire les jeunes filles
Au plus fort de mon virage (…)
Là où elles ne peuvent respirer sans haleter et se perdre
(…)
Et s'affairer dans mes génitoires entre les quais déserts et les soleils de banlieue
, "
(L'étranglement d'une vallée in Carré blanc)
 

 

Enfin, dans sa splendeur scandaleuse :
" Femme damnée aux pieds de jade. " (Déchirures in Rapaces)

 

 
L'amour avec la femme est une victoire enivrante, victoire qui balaie tout sur son passage :
" Dans le velours rouge de ton ventre
Dans le noir de tes cris secrets
J'ai pénétré (…)
Et la terre se balance en tournant en chantant
Et ma tête se dévisse de joie,
" (Cris in Rapaces)

 

 
" Je suis le tourbillon de Gomorrhe. " (Le désir du désir sans fin in Damnation)
 
Pierre Molinier a compris l'homosexualité féminine comme une véritable sexualité. Ses femmes ne sont pas des petites filles qui s'attouchent timidement et se procurent quelques sensations, en attendant la véritable satisfaction complète que seul le mâle peut leur donner. Lorsqu'elles font l'amour, ce n'est pas un divertissement, une diversion, un succédané du coït hétérosexuel. L'homme, en voyant les tableaux de Molinier ne peut plus se rassurer en s'attendrissant sur la candeur et l'innocence des caresses féminines : sans lui quelque chose se passe, sans lui le désir existe, sans lui l'amour se fait. Ni amollies, ni " efféminées ", les femmes de Molinier se cherchent, s'étreignent violemment, se mordent, se happent, se déchirent, se font jouir et souffrir ; souffrir de leur trop grande jouissance, jouir de leur souffrance même. Pire (ou mieux), toutes femelles qu'elles soient, elles se pénètrent avec leurs mains, avec leurs seins, avec leurs langues. Et ce n'est pas seulement leur sexe qui s'ouvre et se déchire, ce sont leurs fesses, leurs hanches, leurs cuisses, leurs bouches. Chaque partie de leur corps peut se faire à son tour vagin ou pénis, plaie ou poignard. Les titres de ses tableaux sont déjà très significatifs : L'angoisse révoltée, Holocauste oui, holocauste non, Le temps des assassins, Le temps de la mort. Nous entrons dans le domaine de la violence, du sadisme et du masochisme. "
 

Xavière Gauthier (§ Homosexualité féminine in Surréalisme et sexualité, 1971, Gallimard)

 
 
 
 



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BIBLIOGRAPHIE PERSONNELLE :
 
- Recherches sur la sexualité Janvier 1928 - août 1932 Présenté et annoté par José Pierre (Archives du surréalisme publiées sous l'égide d'Actual) © Éditions Gallimard, 1990.
 
- André Breton, le grand Indésirable, biographie de Henri Béhar, © Calman-Lévy, 1990.
 
- Surréalisme et sexualité de Xavière Gauthier, © Édition Gallimard 1971, collection Idées/Gallimard, 1979.

- Prose et Poésie, Œuvres complètes de Joyce Mansour (1928-1986), © Actes du Sud, 1991.
   
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