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Vivien. La préface et la biographie de Psappha de l'ouvrage
Sapho Traduction nouvelle avec le texte grec (1903, Lemerrre)
ici entoilées sont bien sur écrite par Renée Vivien.
TABLE
PREFACE...................................................I
BIOGRAPPHIE
DE PSAPPHA.........................VII
Première Partie :
ODES................................I
Ode
à l'Aphrodita........................3
Ode
à une Femme aimée..............11
Deuxième Partie :
EPITHALAMES................131
Troisième Partie
: FRAGMENTS..................139
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PRÉFACE
L’œuvre
du divin Poète fait songer à la Victoire de Samothrace,
ouvrant dans l’infini ses ailes mutilées.
Comme elles s’allient profondément avec l’ombre
et le silence, ces paroles trempées dans le parfum des
nuits mytiléniennes :
« Les étoiles, autour de la belle lune, voilent aussitôt
leur clair visage, lorsque, dans son plein, elle illumine la terre
de lueurs d’argent. »
… Voici la langueur des vergers où les fruits et
les verdures s’imprègnent de soleil :
« Alentour [la brise] murmure fraîchement à
travers les branches du pommier, et des feuillages frissonnants
coule le sommeil. »
Mais l’enchantement est rompu par un cri de détresse
:
« Car ceux à qui je fais du bien, ceux-là
m’outragent le plus. »
De quelles blessures envenimées ces mots ont-ils coulé,
comme de brûlantes gouttes de sang ? A quelles ingratitudes,
à quelles trahisons songeait-Elle ? Et qui jamais apprendra
les douleurs secrètes de ce cœur si magnifiquement
humain ?
« Venez, Grâces délicates et Muses aux beaux
cheveux. » Telle fut jadis l’invocation de la Tisseuse
de violettes, tandis qu’auprès d’elle Eranna
de Télos, la plus ardente et la plus inspirée de
ses disciples, la Musicienne qui mourut trop jeune pour atteindre
au sommet de sa gloire, accompagnait vaguement d’une note
errante du paktis* le chant souverain. L’air du large gonflait
les cheveux nocturnes de Psappha**, et, au loin, dans les pauses
du rythme, montait le soupir de la mer. Dika tressait de ses mains
souples les roses de Mytilène entrelacées de fenouil.
Damophyla de Pamphylia, qui devait plus tard composer une ode
sur le modèle de cette parfaite harmonie, écoutait,
pareille à une statue de l’Extase ; Gorgô,
un peu à l’écart, se souvenait avec mélancolie
des heures fanées ; Gurinnô contemplait le «
sourire de miel » que célèbrent les vers d’Alcée
; Atthis, l’ondoyante et l’incertaine, cherchait le
regard d’Androméda, et, sous l’ombre des pommiers
du verger, s’attardaient, ivres de musique et de souvenirs,
Télésippa, Mégara, Anagora de Milet, Gongyla
de Colophon, Anactoria et Euneika de Salamine…
… En évoquant, à travers les brumes du Temps,
les ardeurs sacrées de l’immortelle Amoureuse, ma
pensée vers Atthis, la moins fervente des Amies, peut-être,
et la plus aimée. Car c’est pour elle que s’éleva
ce divin soupir :
« Je t’aimais, Atthis, autrefois… »
Je me plais à croire qu’elle fut la Beauté
fugitive de l’Ode à l’Aphrodita et de l’Ode
à une Femme aimée, à laquelle de tradition
attache le nom d’Anactoria.
Psappha s’éprit de toutes les magnificences de la
nature : elle aima les fleurs, l’étoile du soir,
l’hyacinthe meurtrie qui se fane sur la montagne, la pomme
qui s’épanouit sur les plus hautes branches et que
la convoitise des passants n’a pu atteindre, semblable à
l’inaccessible et désirable virginité, et
le duvet de l’herbe du printemps, que foulent en dansant
les femmes de la Crète.
L’incomparable Amante fut aussi l’incomparable Amie.
Recueillons avec piété cette larme très pure
donnée au souvenir d’une petite morte virginale.
« C’est ici la poussière de Timas, que l’azur
sombre du lit nuptial de Perséphoné reçut,
morte avant l’hymen. Lorsqu’elle périt, toutes
ses compagnes, d’un fer fraîchement aiguisé,
coupèrent la force de leurs désirables chevelures.
»
*Harpe inventée
par Psappha, instrument dont la forme nous est peu connue, mais
qui était très différente de la lyre et ne
comportait pas l'emploi de l'archet.
** Forme dorienne
et exacte du nom de Sapho.
Sapho Traduction
nouvelle avec le texte grec (Alphonse Lemerre, 1903, pages
I-V)
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BIOGRAPHIE DE PSAPPHA
(in Sapho Traduction nouvelle avec le texte grec par
Renée Vivien, 1903, Lemerre)
De la femme
qui atteignit jusqu’aux purs sommets de la gloire nous ne
savons presque rien, les siècles ayant trop impénétrablement
embrumé la splendeur de son lointain visage. Les vers ardents
d’Alcée attestent qu’elle fut belle et qu’elle
fut aimée :
« Tisseuse de violettes, chaste Psappha au sourire de miel,
des paroles me montent aux lèvres, mais une pudeur me retient.
»
Cet hommage lyrique fut, d’ailleurs, peu favorablement reçu
de celle à qui il fut adressé. Psappha répondit
:
« Si tu avais eu le désir des choses nobles et belles,
et si ta langue n’avait proféré une phrase
vile, la honte n’aurait point fait baisser tes yeux, mais
tu aurais parlé selon la justice. »
… L’Aède de Lesbos dut naître vers 610
avant Jésus-Christ. Hérodote nous apprend que son
père se nommait Skamandronymos et sa mère Kléis.
Elle eut deux frères, Larichos et Charaxos. Larichos était
l’échanson en titre des cérémonies
publiques de Mytilène, et ce privilège était
réservé aux éphèbes de noble naissance,
on en conclut que Psappha devait appartenir à l’opulente
aristocratie de la ville. Charaxos, étant allé vendre
en Egypte le vin célèbre de Lesbôs, s’éprit
d’une esclave de Naucratis, Doricha, surnommée par
ses amants Rhodopis. Il la libéra au prix d’un trésor
et dissipa avec elle ses richesses. Elle devint ainsi l’illustre
courtisane aux joues roses. Psappha, dans une de ses odes, la
raille amèrement. « Une faveur publique, »
dit-elle, en parlant de l’hétaïre égyptienne.
Une inscription sur un marbre de Parôs nous apprend que,
pendant le règne d’Aristoclès à Athènes,
Psappha s’enfuit de Mytilène et se réfugia
en Sicile. Nous ignorons la cause de son exil. Ce ne fut assurément
point la poursuite de Phaon ; comme l’assurent certains
auteurs, qui détermina la Tisseuse de violettes à
quitter les musiques et les sourires de Mytilène. Car Phaon
n’est qu’un mythe créé par quelques
écrivains d’après la tradition populaire.
Phaon, suivant la légende, était un passeur de bac
fort honoré par les habitants de l’île pour
son intégrité. « La Déesse »
(comme disaient les Lesbiens en parlant de l’Aphrodita),
ayant revêtu l’aspect d’une vieille mendiante,
pria Phaon de la transporter dans payer l’obole. Il acquiesça
immédiatement à sa demande, et l’Immortelle
le récompensa par une jeunesse et une grâce renouvelées.
« Ce Phaon, ajoute Phalacphatos, fut chanté par l’amoureuse
Psappha. » Cette erreur grossière a été
mise en crédit par plusieurs autres historiens, peu soucieux
de vérifier l’exactitude de leurs affirmations. Pline
écrit : « Phaon fut aimé de Psappha, parce
qu’il avait su trouver la racine mâle de la plante
éryngo, qui avait le pouvoir magique d’inspirer la
passion. »
On voit quelles incertitudes fabuleuses entourent la tradition,
aussi erronée qu’universelle, de l’amour de
Psappha pour Phaon.
En face de l’insondable nuit qui enveloppe cette mystérieuse
beauté, nous ne pouvons que l’entrevoir, la deviner
à travers les strophes et les vers qui nous restent d’elle.
Et nous n’y trouvons point le moindre frisson tendre de
son être vers un homme. Ses parfums, elle les a versés
aux pieds délicats de ses Amantes, ses frémissements
et ses pleurs, les vierges de Lesbôs furent seules à
les recevoir. N’a-t-elle point prononcé cette parole
si profondément imprégnée de ferveur et de
souvenir :
« Envers vous, belles, ma pensée n’est point
changeante. »
Elle traduit son mépris pour le mariage par ce vers : «
Insensée, ne te glorifie point de l’anneau, »
et repousse avec dédain l’offrande poétique
d’Alcée. Elle a le calme des êtres immortels,
à qui la contemplation de l’éternité
est familière : « …j’ai l’âme
sereine. »
La terre d’où jaillit une fleur sans pareille est,
en vérité, la patrie de la volupté et du
désir, une île amoureuse que berce une mer sans reflux,
au fond de laquelle s’empourprent les algues.
Les Lesbiens avaient l’attrait bizarre et un peu pervers
des races mêlées. La chevelure de Psappha, où
l’ombre avait effeuillé ses violettes, était
imprégnée du parfum tenace de l’Orient, tandis
que ses yeux, bleus comme les flots, reflétaient le sourire
limpide de l’Hellas. Ses poèmes sont asiatiques par
la violence de la passion, et grecs par la ciselure rare et le
charme sobre de la strophe.
Des vierges et des femmes, délaissant leur pays et oubliant
leurs tendresses, venaient des contrées lointaines apprendre
d’Elle l’art des rythmes et des pauses. Elles entendirent
dans toute leur plénitude et tout leur orgueil les poèmes
dont nous ne possédons que de rares fragments, pareils
à des lambeaux de pourpre royale…
La vie harmonieuse, ardente et sincère de Psappha, se résume
en ces vers : « J’aime la délicatesse, et pour
moi la splendeur et la beauté du soleil, c’est l’amour.
» Nous ne savons comment ni quand elle mourut : le saut
de Leucade n’est qu’une fable : mais peut-on douter
de la beauté de sa mort lorsqu’on se souvient de
cette parole magnifique et solennelle : « Car il n’est
pas juste que la lamentation soit dans la maison des serviteurs
des Muses, cela est indigne de nous. »
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