LESBIANISME ET POÉSIES ÉROTIQUES PRÉFACÉES ET INTRODUITES

PAR L'ANTHOLOGISTE JEAN-PAUL GOUJON

 

 

 

Jean-Paul Goujon, universitaire, biographe de Renée Vivien et de Pierre Louÿs, auteur d'articles du Dictionnaires des cultures Gays et Lesbiennes (Larousse, 2003) a publié chez Fayard en 2004 une Anthologie de la poésie érotique française à classement thématique agrémentée d'une Histoire de la poésie érotique française. J.-P. Goujon nous offre un chapitre intitulé "Homosexualités" riche de quarante deux œuvres ainsi préfacées (I) et introduites (II) :

I

Préface

(...)

Faisons une autre remarque importante : cette Anthologie est également, dans sa quasi-totalité, l'oeuvre d'auteurs masculins. Ce n'est pas que nous n'ayons tenté d'y inclure des poétesses (quel mot affreux !) ni que nous n'ayons fait des recherches en ce sens ; mais nous n'avons guère trouvé qui répondent aux critères que nous nous étions fixés, à savoir ne retenir que des poésies libres. Comme nous l'ont confirmé diverses spécialistes (au féminin pluriel) que nous avons consulté à ce sujet, il n'existe pratiquement pas, sauf à l'époque contemporaine, de poésie franchement érotique écrite par des femmes. Là aussi, il faut insister : Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, Renée Vivien, et bien d'autres encore, ont certes écrit des vers brûlants, et quels ! mais qui ressortissent de la grande poésie amoureuse bien plus qu'à la poésie érotique. Doit-on penser que le lyrisme féminin dédaigne le mot cru, l'allusion franche, l'évocation physique trop précise ? Rares, très rares, sont en tous cas les femmes poètes qui s'y sont risquées, alors que la prose semble les avoir tentées parfois davantage. Ce n'est finalement qu'à partir de la seconde moitié du XXe siècle que l'on trouve chez des femmes le genre de poésie qui nous intéresse. Mais les bornes chronologiques strictes que nous nous sommes assignées ne nous permettraient point de les inclure dans ce livre. Ainsi les voix que l'on y entend sont-elles, presque par force, des voix masculines.

Il ne nous échappe point, à ce propos, que nombre de poésies transcrites ici attestent justement des sentiments, un état d'esprit et une image de la femme typiquement masculins, sinon machistes. Faut-il souligner que c'est hélas la loi du genre ? Le plus souvent, l'homme s'y réserve le rôle actif et conquérant, tandis que la femme, passive (lorsqu'il ne s'agit point, bien sûr, d'une professionnelle tarifée), ne demanderait qu'à succomber et à goûter sans mélange le plaisir qui lui est dispensé par son partenaire. Celui-ci est invariablement aussi vigoureux qu'invariable, et rares sont les poètes qui consentent à avouer une limite à leurs forces, voire une incapacité. Ou bien s'ils le font, c'est pour confesser aussitôt que la femme est insatiable... On oscille ainsi de la castration à l'impuissance, double fantasme assez gênant et dont le poète se délivre généralement par le sarcasme ou la dérision, tel Rémy Belleau dans son Jan qui ne peult. Tout cela reste, au fond, tributaire du vieux courant misogyne médiéval, qui parcourt notre première littérature, des Quinze Joyes de Mariage au Roman de la Rose de Jean de Meung. Aussi nous a-t-il paru indispensable de consacrer une section de notre livre à la misogynie.

L'homosexualité ne pouvait non plus être ici laissée de côté, qu'elle soit masculine ou féminine. Cette dernière eut d'ailleurs, si l'on ose dire, plus de chance que la première, car elle fut traitée ouvertement dès le XVIe siècle ; toutefois, et c'est là un point curieux sur lequel nous reviendrons, elle ne le sera que par des hommes, dont elle bénéficia surtout de l'indulgence, tantôt amusée, tantôt émoustillée. Il en alla bien autrement de l'homosexualité masculine, vouée aux anathèmes les plus furibonds de certains poètes, ou bien considérée avec pitié comme "égarement" ou "perversion". Ce n'est guère qu'au XVIIe siècle qu'elle commencera à s'affirmer en poésie, et encore ne le fera-t-elle que dans de rares pièces qui resteront manuscrites, leurs auteurs (Blot, Saint-Pavin) se gardant bien de les publier. La littérature restait, sur ce point, en retard sur les moeurs : les mignons d'Henri III ne se cachaient point, pas plus que les compagnons de Gascon d'Orléans ou du chevalier de Lorraine.

(...)

II

Introduction au chapitre

"Homosexualités"

de l'Anthologie de la poésie érotique française

par Jean-Paul Goujon (Fayard, 2004)

Homosexualités

Au Moyen-Age, l'homosexualité était diabolisée et passait pour l'apanage exclusif des Cathares, des Templiers et des sorcières, tous gens maudits. La situation changea au XVIe siècle, avec l'influence italienne, qui culminera sous Henri III. Les résistances demeuraient cependant vives : accusé de sodomie, l'humaniste Marc-Antoine de Muret, commentateur et ami de Ronsard, dut fuir la France et s'établir à Rome, où il mourra en 1585. Les règnes de Louis XIII et de Louis XIV verront de nombreuses figures d'aristocrates ouvertement homosexuels, certains tous puissants à la Cour, comme Cinq-Mars ou Philippe d'Orléans. Trois poètes homosexuels remarquables se distinguèrent au XVIIe siècle : Blot, Saint-Pavin et Le Petit. On a vu la fin tragique de ce dernier. La réprobation se faisait toujours sentir. La répression s'installa de nouveau sous Louis XV, pour ne plus se relâcher jusqu'à la fin du XXe siècle. Plus audacieux que Cocteau, Genet créera une sorte de précédent, en publiant en 1942 son chant d'amour à Maurice Pilorgue, Le Condamné à mort.

C'est assez discrètement que le saphisme apparaît en littérature, au XVIe siècle (Pontus de Tyard), puis au XVIIe, sans trouver toutefois de grand représentant féminin en poésie avant Renée Vivien, en 1901. Et ce n'est qu'en 1951 que seront publiés, hors commerce, les vers passionnés où Lucie Delarue-Mardrus, en 1902-1905, criait son amour pour Nathalie Barney, "avec tous les sanglots de Sapho dans le cœur !".

 

 

Jean-Paul Goujon nous donne à :

- relire l'Abbé Antoine de Torche (1670)

- découvrir Mlle de Morville (1670)

- découvrir Mme de Lauvergne (1680)

- relire Pierre-Jean de Béranger (vers 1821)

- relire Henri-Cantel (1869)

- relire Renée Vivien (1901)

- relire Lucie Delarue-Mardrus (vers 1903, publié en 1951)

- découvrir Jean Pellerin (1909)

- lire Robert de Montesquiou (vers 1910, publié en 1925)

- découvrir "Le Sphinx lesbien" par un Anonyme (1931)

- découvrir "Cantate pour une femme éperdue" par François Fabert (1984).


Grand Merci à Jean-Paul Goujon auquel nous devons également une réédition des œuvres poétiques complètes de Renée Vivien (Régine Deforges, 1986).

 



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Bibliographie :
- Jean-Paul Goujon : Anthologie de la poésie érotique française Choix et présentation par Jean-Paul Goujon Précédé de Une histoire de la poésie érotique française. Fayard 2004. (40 euros, 1006 p.).

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Page entoilée le 22/11/2004 et mise à jour le 28/11/2004

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