DU LESBIANISME DANS LE CONTE DES MILLE ET UNE NUITS TRADUIT PAR LE DOCTEUR MARDRUS : HISTOIRE DU KHALIFE ET DU KHALIFAT  

  Kamaralzamân et la princesse Boudour

  Ibn Al-Mansour et les deux adolescentes

  Le Khalife et le Khalifat

  Hassân Al-Bassri

  La Jouvencelle, lieutenante des oiseaux

  Baïbars et les douze Capitaines de police

 

Histoire du Khalife et du Khalifat traduite par le Docteur Mardrus (1868 -1949) :

Mais il est temps de savoir ce qui s'est passé au palais, pendant l'absence du khalifat Haroun Al-Rachid. Eh bien ! il s'y est passé des choses d'une gravité extrême. En effet ! nous savons que le khalifat n'était sorti de son palais avec Giafar que pour aller prendre un peu d'air par les champs, et se distraire pour un moment de sa passion extrême pour Force-des-Cœurs. Or il n'était point le seul que torturât cette passion pour l'esclave. Son épouse et cousine, Sett Zobéida, depuis l'arrivée au palais de cette adolescente, devenue la favorite exclusive de l'émir des Croyants, ne pouvait plus ni manger, ni boire, ni dormir, rien ! tant son âme était remplie par les sentiments de jalousie que ressentent d'ordinaire les femmes pour leurs rivales. Et, pour se venger de cet affront continuel qui la rapetissait à ses propres yeux et aux yeux de son entourage, elle n'attendait qu'une occasion, soit une absence fortuite du khalifat, soit un voyage, soit une occupation quelconque, qui lui permît d'être libre de ses mouvements. Aussi, dès qu'elle eut appris que le khalifat était sorti pour aller à la chasse et à la pêche, elle fit préparer, dans ses appartements, un festin somptueux où ne manquaient ni les boissons ni les plateaux de porcelaine remplis de confitures et de pâtisseries. Et elle envoya inviter, en grande cérémonie, la favorite Force-des-Cœurs, en lui faisant dire par les esclaves : " Notre maîtresse Sett Zobéida, notre maîtresse ! " Et elle se leva à l'heure et à l'instant ; et elle ne savait pas ce que lui réservait le destin dans ses projets mystérieux. Et elle prit avec elle les instruments de musique qui lui étaient nécessaires, et accompagna le chef-eunuque aux appartements de Sett Zobéida.
Lorsqu'elle fut arrivée en présence de l'épouse du khalifat, elle embrassa à plusieurs reprises la terre entre ses mains, puis se releva et, d'une voix infiniment délicieuse, elle dit : " La paix sur le rideau élevé et le voile sublime de ce harem, sur la descendante du Prophète et l'héritière de la vertu des Abbassides ! Puisse Allah prolonger le bonheur de notre maîtresse aussi longtemps que le jour et la nuit se succéderont l'un à l'autre ! " Et, ayant dit ce compliment, elle recula au milieu des autres femmes et des suivantes. Alors Sett Zobéida, qui était étendue sur un grand divan de velours, leva lentement les yeux vers la favorite et la regarda fixement. Et elle fut éblouie de ce qu'elle voyait...
A ce moment de sa narration, Shahrazade vit apparaître le matin et, discrète, se tut.
Mais lorsque fut la cinq cent soixante-quatrième nuit. Elle dit :

... Et elle fut éblouie de ce qu'elle voyait de beauté en cette adolescente accomplie qui avait des cheveux de nuit, des joues comme les corolles des roses, des grenades à la place des seins, des yeux brillants, des paupières languides, un front éclatant et un visage de lune. Et, certes, le soleil devait se lever de derrière la frange de son front, et les ténèbres de la nuit s'épaissir de sa chevelure ; le musc ne devait être recueilli que de son haleine durcie, et les fleurs lui devaient leur grâce et leurs parfums ; la lune ne brillait qu'en empruntant l'éclat de son front ; le rameau ne se balançait que grâce à sa taille, et les étoiles ne scintillaient que de ses yeux ; l'arc des guerriers ne se tendait qu'en imitant ses sourcils, et le corail des mers ne rougissait que de ses lèvres ! Etait-elle irritée, ses amants tombaient par terre privés de vie ! Etait-elle calmée, les âmes revenaient rendre la vie aux corps inanimés ! Lançait-elle un regard, elle ensorcelait, et soumettait les deux mondes à son empire. Car, en vérité, elle était un miracle de beauté, l'honneur de son temps et la gloire de Celui qui l'avait créée et perfectionnée !
Lorsque Sett Zobiéda l'eut admirée et détaillée, elle lui dit : " Aisance, amitié et famille ! Sois la bienvenue parmi nous, ô Force-des-Cœurs ! Assieds-toi et divertis-nous de ton art et de la beauté de ton exécution ! " Et l'adolescente répondit : " J'écoute et j'obéis ! " Puis elle s'assit et, allongeant la main, elle prit d'abord un tambourin, instrument admirable ; et on put ainsi lui appliquer ces vers du poète :
" O joueuse de tambourin, mon cœur à t'entendre s'est envolé ! Et tandis que tes doigts battent le rythme profond, l'amour qui me tient suit la mesure, et le contrecoup frappe ma poitrine.
Tu ne prendras qu'un cœur blessé ! Que tu chantes sur un ton léger ou que tu jettes le cri de la douleur, tu pénètres notre âme !
Ah ! lève-toi, ah ! dépouille-toi, ah ! jette le voile, et, levant tes pieds légers, ô toute belle, dans le pas de la délice légère et de notre folie ! "
Et, lorsqu'elle eut fait résonner l'instrument sonore, elle chanta, en s'accompagnant, ces vers improvisés ;
" Les oiseaux, ses frères, ont dit à mon cœur, oiseau blessé : " Fuis ! fuis les hommes et la société ! "
Mais j'ai dit à mon cœur, oiseau blessé : " Mon cœur, obéis aux hommes et que tes ailes frémissent comme des éventails ! Réjouis-toi pour leur faire plaisir ! "
Et elle chanta ces deux strophes d'une voix si merveilleuse que les oiseaux du ciel s'arrêtèrent dans leur vol, et que le palais se mit à danser de tous ses murs, de ravissement. Alors Force-des-Cœurs laissa le tambourin et prit la flûte de roseau, sur laquelle elle appuya ses lèvres et ses doigts. Et on put de la sorte lui appliquer ces vers du poète :
" O joueuse de flûte, l'instrument d'insensible roseau, que tiennent sous tes lèvres tes doigts de souplesse, acquiert une âme nouvelle au passage de ton haleine !
Souffle dans mon cœur ! Il résonnera mieux que l'insensible roseau de la flûte aux trous sonores, car tu y trouveras plus que sept blessures qui s'aviveront au toucher de tes doigts ! "
Lorsqu'elle eut enchanté les assistants d'un air de flûte, elle déposa la flûte et prit le luth, instrument admirable, dont elle régla les cordes, et l'appuya contre son sein en s'inclinant sur sa rotondité, avec la tendresse d'une mère qui s'incline sur son enfant, si bien que c'est certainement d'elle et de son luth que le poète a dit :
" O joueuse de luth, tes doigts sur les cordes persanes excitent ou calment la violence, au gré de ton désir, comme un médecin habile qui, selon qu'il en est besoin, fait à son gré jaillir le sang des veines ou l'y laisse circuler tranquillement !
Qu'il est beau d'entendre parler, sous tes doigts délicats, un luth aux cordes persanes, parler à ceux dont il ne possède pas le langage, et de voir tous les ignorants comprendre son langage sans parole ! "
Et alors elle préluda sur quatorze modes différents, et chanta, en s'accompagnant, un chant en entier, qui confondit d'admiration ceux qui la voyaient et ravit de délices ceux qui l'entendaient.
Ensuite Force-des-Cœurs, après avoir ainsi préludé sur les divers instruments et chanté des chansons variées devant Sett Zobéida, se leva dans sa grâce et sa souplesse ondoyante, et dansa ! Après quoi, elle s'assit et exécuta divers tours d'adresse, jeux de gobelets et d'escamotage, et cela d'une main si légère et avec tant d'art et d'habileté que Sett Zobéida, malgré la jalousie, le dépit et le désir de vengeance ; faillit tomber amoureuse d'elle et lui déclarer sa passion. Mais elle put réprimer à temps ce mouvement, tout en pensant en son âme : " Certes ! mon cousin Al-Rachid ne doit point subir de blâme d'être si amoureux d'elle... "

 

 


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BIBLIOGRAPHIE PERSONNELLE :
- Les Mille et une nuits éd. GF Flammarion traduction par Antoine Galland.
- Les Mille et une Nuits éd. Bouquins Robert Laffont contes traduits par le Dr J.C. Mardrus (éd. originale Revue blanche puis Eugène Fasquelle pour les 4 derniers tomes, 1899 à 1904)
- Les Mille et une Nuits éd. Pocket texte établi sur les manuscrits originaux par René R. Khawam.
- Les Milles et Une Nuits I. Nuits 1 à 327 texte traduit, présenté et annoté par Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel, éd. Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2005.
- 44e Album de La Pléiade : Mille et Une Nuits Iconographie choisie et commentée par Margaret Sironval, éd. Gallimard, 2005
 
- L'érotisme des Mille et une Nuits par Enver F. Dehoï, éd. Jean-Jacques Pauvert, 1961.
- Encyclopédie de l'amour en Islam, érotisme, beauté et sexualité dans le monde arabe, en Perse et en Turquie par Malek Chebel, éd. Payot, 1995, Paris.
- Les Milles et Une Nuits et les enchantements du Docteur Mardrus, par Dominique Paulvé et Marion Chesnais, Musée du Montparnasse, éditions Norma, 2004.
   
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Page entoilée le 28/06/2003 et mise à jour le 17/07/2005

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